Les Adieux de Coriolan à sa famille de Girodet acquis par Washington

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1/11/19 - Acquisition - Washington, National Gallery - Estimée 120 000 à 150 000 dollars, Les Adieux de Coriolan à sa famille d’Anne-Louis Girodet-Trioson (ill. 1) vendu chez Christie’s à New York il y a trois jours, le 29 octobre, faisait déjà sensation avant même qu’il n’atteigne le prix énorme de 2 655 000 dollars avec les frais, soit environ 2 400 000 euros. L’acheteur n’est autre que la National Gallery de Washington, qui l’a emporté sur l’Art Institute de Chicago qui était le sous-enchérisseur. Le musée ne conservait jusqu’à présent aucune œuvre de cet artiste majeur, à l’exception de lithographies.


1. Anne-Louis Girodet-Trioson (1767-1824)
Les Adieux de Coriolan à sa famille, 1786
Huile sur toile - 114 x 146,1 cm
Washington, National Gallery
Photo : Christie’s
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Sidonie Lemeux-Fraitot, la spécialiste de l’artiste et responsable des collections au Musée Girodet, à qui nous avons appris cette vente il y a trois semaines, nous a confié qu’elle recherchait l’œuvre depuis toujours. Il s’agit en effet d’une toile importante de la jeunesse du peintre, sa participation au concours du Prix de Rome de 1786, pour lequel aucun lauréat ne fut finalement désigné. Parmi les finalistes, outre Girodet, on comptait pourtant également plusieurs artistes importants dont Fabre, Wicar et Guillon-Lethière. Si le tableau de Girodet était considéré comme supérieur à ceux de ses concurrents, les ressemblances entre les différentes œuvres des élèves de David étaient si fortes qu’on soupçonna qu’ils avaient reçu l’aide de leur maître.


2. Anne-Louis Girodet-Trioson (1767-1824)
Nabuchodonosor fait tuer les enfants de Sédécias, 1787
Huile sur toile - 115 x 147 cm
Le Mans, Musée Tessé
Photo : VladoubidoOo (CC BY-SA 4.0)
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3. Anne-Louis Girodet-Trioson (1767-1824)
La Mort de Tatius, 1788
Huile sur toile - 111 x 144 cm
Angers, Musée des Beaux-Arts
Photo : VladoubidoOo (CC BY-SA 3.0)
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Girodet dut concourir encore trois fois avant d’obtenir le Grand Prix dont il rêvait. En 1787, il fut éliminé car il avait utilisé des dessins réalisés en dehors de la loge. Le tableau, Nabuchodonosor fait tuer les enfants de Sédécias (ill. 2), se trouve au Musée Tessé du Mans. L’année suivante, il n’obtint que le Second prix avec La Mort de Tatius, qui est conservé au Musée des Beaux-Arts d’Angers (ill. 3). Ce n’est donc qu’en 1789 qu’il fut consacré, avec Joseph reconnaissant ses frères aujourd’hui à l’École des Beaux-Arts.


4. Anne-Louis Girodet-Trioson (1767-1824)
Joseph reconnu par ses frères, 1789
Huile sur toile - 120 x 155 cm
Paris, École nationale supérieure des beaux-arts
Photo : École nationale supérieure des beaux-arts
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La vente de ce tableau pose néanmoins une fois de plus la question du système des trésors nationaux, décidément bien insuffisant. En effet, selon la maison de vente elle-même, cette toile dont l’historique ancien n’est pas connu, est réapparue l’an dernier dans une collection française où elle était conservée au moins depuis le début du XXe siècle. Or, son estimation, 120 000 à 150 000 dollars (soit moins que 150 000 €) ne nécessitait pas l’obtention d’un certificat d’exportation. Celui-ci a-t-il été néanmoins demandé par la maison de vente ? Dans ce cas, pourquoi le grand département n’a-t-il pas alerté le Musée Girodet, qui aurait pu manifester son intérêt pour une œuvre qui aurait pu alors être classée trésor national, lui laissant le temps de l’acquérir (et certainement pour un prix bien moindre). Ou, plus probable, le certificat n’a pas été demandé, et l’on peut alors se poser la question de ce qui doit se passer lorsqu’une œuvre est vendue finalement à un prix qui aurait dû imposer la demande d’un certificat.

Une chose est sûre néanmoins. Après la vente l’an dernier à Nantes d’un tableau de Charles Meynier pour 2,2 millions d’euros, l’adjudication de ce Girodet pour une somme équivalente démontre que les grands tableaux néoclassiques, qui se raréfient sur le marché, ne pourront plus désormais faire l’économie d’une demande de certificat.

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