Un tableau de Josefa de Óbidos acquis par Detroit

1/11/19 - Acquisition - Detroit, Institute of Art - Si, comme le dit Pierre Rosenberg, un musée qui n’achète pas est un musée mort, sans doute faut-il en déduire qu’un musée qui acquiert pour enrichir ses collections est un musée vivant. Lors de l’inauguration de la Tefaf New York dont nous reparlerons rapidement, le Detroit Institute of Art a prouvé qu’après avoir failli disparaître, il est désormais bien vivant. Il a en effet acheté, auprès de la galerie argentine Jaime Eguiguren un très beau tableau de Joséfa de Ayala, dite Joséfa de Óbidos, représentant La lecture du destin du Christ enfant.


Josefa de Óbidos (1630-1684)
La lecture du destin du Christ enfant, 1667
Huile sur cuivre - 23 x 29 cm
Detroit, Institute of Art
Photo : Galerie Jaime Eguiguren
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Cette acquisition est un espèce de pied-de-nez pour la direction du Louvre. Nous n’en avions pas parlé alors pour ne pas mettre de l’huile sur le feu, mais ce don d’une peinture de cette artiste portugaise (voir la brève du 22/9/16) avait suscité de fortes réticences, sans que l’on sache très bien ce qui posait problème, sauf à considérer que cette femme peintre ne serait pas digne du Louvre. Le comité d’acquisition avait heureusement contribué à débloquer la situation.

L’œuvre vendue à Detroit (selon nos informations pour près d’un million d’euros) était inédite jusqu’à sa réapparition en vente publique à Bonn, chez Plückbaum, les 31 mai et 1er juin 2019. Elle a entre temps été présentée au Museu Nacional d’Arte Antiga de Lisbonne où avait eu lieu la rétrospective consacrée à Joséfa de Óbidos (voir l’article). On retrouve dans ce cuivre (plus petit que celui du Louvre) les caractéristiques de l’artiste, notamment une préciosité du traitement qui n’est pas sans évoquer la peinture française autour de Claude Vignon et un goût pour les compositions chargées. On admirera également la jolie nature morte au premier plan qui rappelle que le père de Josefa, également peintre, s’était spécialisé dans ce genre.
Le sujet, que l’on retrouve dans la poésie portugaise de cette époque, est éminemment rare et ne correspond à aucun texte du Nouveau Testament. Si les peintures représentant la préfiguration de la Passion ne sont pas rares au XVIIe siècle (on se rappelle par exemple du tableau des Le Nain récemment vendu aux enchères) il est beaucoup moins fréquent de voir l’avenir du Christ prédit par une gitane qui lit dans les lignes de sa main, alors que la sainte Famille est en Égypte pour fuir Hérode.

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