Deux décors de théâtre du XIXe siècle révélés à Versailles

Didier Rykner

5/10/18 - Patrimoine - Versailles, château - À l’occasion de l’exposition Louis-Philippe et Versailles qui ouvrira au public du 6 octobre au 3 février et dont nous recommandons chaudement la visite (nous lui consacrerons un article), le château de Versailles présente exceptionnellement deux décors de théâtre et un rideau de scène qui seront sans doute de véritables révélations pour les visiteurs.
Aussi incroyable que cela paraît, les décors de théâtre ne sont que depuis peu considérés comme des œuvres d’art à part entière par les musées, et leur inventaire n’est mené que depuis quelques années. Le château de Fontainebleau fut d’ailleurs un précurseur en ce domaine, et il faut souligner l’action déterminante de Jean-Paul Gousset, directeur technique de l’Opéra royal de Versailles, véritable passionné qui mène un travail de recherche sur les décors de théâtre et les arts de la scène du XVIIe au XIXe siècle, mais aussi celle de Vincent Cochet, conservateur au château de Fontainebleau et Raphaël Masson, conservateur au château de Versailles.


1. Pierre-Luc-Charles Cicéri (1782-1868) et Antoine Fontaine (né en 1961)
Un palais de marbre rehaussé d’or, 1837, complété en 2018
Détrempe sur toile, bois
Versailles, château
Photo : Didier Rykner
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En 1998, à Compiègne, fut retrouvé une partie du décor réalisé par Pierre-Luc-Charles Cicéri pour le ballet final de la représentation du spectacle donné pour Louis-Philippe à l’occasion de l’inauguration des galeries historiques de Versailles, qui eut lieu le 10 juin 1837 à l’Opéra royal. Il représente un « palais de marbre rehaussé d’or » (ill. 1), qui correspond, avec quelques différences, à la galerie des Batailles.
Seuls les châssis de coulisse, c’est-à-dire les parties droite et gauche du décor étaient conservées, ce qui rendait sa lecture difficile. Le château a donc décidé, pour sa présentation, de confier au peintre-décorateur (il travaille beaucoup pour le cinéma) Antoine Fontaine la restitution des éléments manquants, soit la toile de fond et les frises. Voilà, pour une fois, une reconstitution que nous approuvons entièrement car elle est à la fois nécessaire, clairement identifiée et remarquablement réalisée. Avouons-le : lorsque nous l’avons admiré pour la première fois, nous pensions qu’il s’agissait du décor entièrement conservé. Nous renvoyons les lecteurs à notre second article pour admirer les détails, à la fois de ce qui est authentiquement peint par Cicéri, et de ce qui a été reconstitué. Il s’agit du plus grand décor de théâtre du XIXe siècle aujourd’hui conservé.


2. Attribué à Pierre-Luc-Charles Cicéri (1782-1868)
Un palais gothique, premier tableau
Détrempe sur toile, bois
Fontainebleau, château (monté sur la scène du théâtre de la Reine à Versailles)
Photo : Didier Rykner
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Un autre décor, attribué sans certitude à Cicéri et à son atelier, est une découverte encore plus récente (ill. 2). Jamais utilisé (il était probablement prévu pour accompagner des représentations de La Dame Blanche de Boieldieu), il date de 1845 et avait été conçu pour le théâtre provisoire du château d’Eu, l’une des résidences de Louis-Philippe. Il s’agissait en réalité d’une tente royale qui faisait office de théâtre. Ses dimensions étaient à peu près celles du théâtre de Fontainebleau où le décor fut envoyé et retrouvé il y a quelques années. Le théâtre de la Reine à Trianon ayant lui aussi sensiblement la même taille, le décor prêté par Fontainebleau y a été installé pour quelques mois.
Là encore, l’effet est éblouissant. Appelé le « palais gothique », il présente plusieurs tableaux différents qui se succédaient au long de la représentation. Nous avons pu en voir deux et photographier des détails (nous renvoyons pour cela à notre second article).


3. Atelier de Pierre-Luc-Charles Cicéri (1782-1868)
Rideau d’avant-scène représentant la galerie des Batailles, 1838
Détrempe sur toile
Compiègne, Palais
Photo : Didier Rykner
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Signalons enfin, dans l’exposition, un rideau d’avant-scène qui représente comme le « palais de marbre » la galerie des Batailles, créé en 1838 pour un autre théâtre provisoire de Louis-Philippe, celui des Tuileries. Il a récemment été découvert roulé à Compiègne.

Le décor de l’Opéra sera présenté et visible uniquement du 2 octobre au 13 novembre 2018. Il ne faut donc pas tarder pour aller le voir. Celui du théâtre de la Reine restera plus longtemps, jusqu’au 3 février 2019, mais uniquement dans le cadre des visites guidées. Il faut néanmoins espérer que sa durée de présentation soit prolongée.

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