Strasbourg veut acquérir un dessin du XVe siècle pour la tour de la cathédrale

Didier Rykner

7/10/18 - Trésor national - Strasbourg - On se rappelle l’invraisemblable affaire du dessin pour la tour de la cathédrale de Rouen, que le chef du département des Arts graphiques du Louvre, Xavier Salmon, n’avait pas estimé devoir classer trésor national (voir l’article). Cette erreur inexcusable, que les Archives départementales de Seine-Maritime ont tenté par la suite de rattraper, malheureusement en vain [1], ne s’est heureusement pas renouvelée pour un autre grand dessin d’architecture médiéval qui s’est vu refuser par arrêté du 22 août 2018 son certificat d’exportation. Le vendeur est un collectionneur parisien qui l’a acquis en 1994 et souhaite aujourd’hui le vendre via Sotheby’s.


Attribué à Johannes Hültz (vers 1390-1449)
Élévation de la face ouest de l’octogone et de la flèche de la cathédrale de Strasbourg
Plume et encre noire, lavis gris, brun et vert, sur trois feuilles de parchemin collées
Photo publiée par Alain Fontanel sur les réseaux sociaux
Addendum 9/10/18 : la photo représente la copie du XIXe siècle
Voir l´image dans sa page

Celui-ci représente l’élévation de la tour de la cathédrale de Strasbourg, et est attribué à Johannes Hülz, qui fut son architecte entre 1419 et 1449. Selon la commission des trésors nationaux : « il s’agit du premier dessin connu représentant l’octogone tel qu’il a été édifié ainsi que la flèche pyramidale surmontée par une lanterne à trois niveaux au-dessus des deux niveaux de la tour octogonale, qui n’a pas été construite selon ce projet mais s’apparente à la flèche de la cathédrale de Cologne ». On connaissait ce dessin par une copie du XIXe siècle, alors que l’original aujourd’hui retrouvé, qui appartenait à l’origine à la Fabrique de la cathédrale, avait disparu avant l’inventaire réalisé en 1810.

Avant d’émettre un avis favorable au refus du certificat d’exportation demandé, la commission conclut : « cette œuvre, d’une grande fraîcheur et en très bon état de conservation, présente des éléments caractéristiques de l’art strasbourgeois du début du XVe siècle, visibles notamment sur la statue de la Vierge à l’Enfant ; ce très rare dessin constitue un témoin majeur de la réflexion architecturale pionnière autour de la construction de la cathédrale et de la virtuosité de Jean Hültz, dont la conjugaison a permis à la ville de Strasbourg, avec l’achèvement de la flèche dans la seconde moitié du XVe siècle, de se doter de l’édifice le plus haut de la chrétienté médiévale, avec ses 142 mètres de hauteur, ce qui restera sans équivalent jusqu’au XIXe siècle ».
Alain Fontanel, le premier adjoint au maire de Strasbourg, en charge de la Culture, a récemment expliqué sur les réseaux sociaux que la ville a « immédiatement engagé une course de vitesse pour empêcher ce bien inestimable de notre patrimoine et de notre histoire de quitter la France ». Il précise également qu’un acheteur américain serait acquéreur à 2 millions d’euros.

Il est évident que cette élévation doit être acquise par Strasbourg et rejoindre les autres grands dessins pour la cathédrale que conserve déjà le Musée de l’Œuvre-Notre-Dame pour lesquels une pièce spéciale a été consacrée à la conservation et à la présentation (voir la brève du 29/6/16). Rappelons que le budget consacré par le ministère de la Culture aux acquisitions des musées, qui était de 16,95 millions d’euros en 2011 et 15,26 M€ en 2012 (des sommes déjà très insuffisantes) s’est écroulé depuis 2013 d’environ 50% par an et n’était plus, en 2017 que de 9,08 M€. Rappelons également que s’agissant d’un trésor national, cela ne coûterait (en admettant que le prix soit de 2 millions d’euros) que 200 000 € à une grande entreprise qui voudrait l’offrir en mécénat…

Didier Rykner

Notes

[1Pour résumer : le département de Seine-Maritime envisageait sérieusement cet achat avec la collaboration financière de la Région Normandie, de la Ville de Rouen et de la Métropole Rouen Normandie, du ministère de la Culture et d’une grande entreprise au titre du mécénat, après le classement du dessin comme œuvre d’intérêt patrimonial majeur (ce qui donnait les mêmes avantages fiscaux qu’un classement trésor national désormais impossible). Une souscription publique devait également être lancée. Malheureusement, les propriétaires ont cédé l’œuvre à un collectionneur privé à l’étranger, sans même prévenir le département, malgré leurs engagements.

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