Conservatoire d’art dramatique : le ministère de la Culture persiste et ne signe pas

1 1 commentaire
Façade du Conservatoire nationale d’art
dramatique sur la rue du Conservatoire
Photo : Didier Rykner
Voir l´image dans sa page

22/4/21 - Patrimoine - Paris, conservatoire national d’art dramatique - Alors que la ministre de la Culture, lorsque nous l’avions interrogée sur le classement du Conservatoire national d’art dramatique, avait répondu : « Nous allons avancer sur ce sujet. L’inscription a déjà été faite mais pourquoi ne pas classer, effectivement ? Je trouve que l’ensemble architectural du Conservatoire national d’art dramatique mérite cela. Autant il y a des sujets sur lesquels je suis moins d’accord, autant je vais regarder celui-ci avec le plus grand intérêt. » Depuis, que s’est-il passé, qu’a-t-elle fait ? Rien. Bien au contraire comme le prouve la réponse donnée par le ministère de la Culture à la question à ce sujet par le député de l’Ariège Michel Larive et publiée au Journal Officiel le 9 février 2021.

Une digression tout d’abord. Dans quelle démocratie sommes-nous, où un député interroge un ministère le 5 février 2019, et où la réponse est publiée exactement deux ans plus tard. Cela témoigne d’un mépris incroyable de la représentation nationale. Et ce mépris apparaît encore plus grand lorsqu’on lit la réponse, qui en réalité ne répond à rien. 
Le député, après avoir rappelé l’importance patrimonial, historique et artistique de ce monument, demande la position du ministère de la Culture sur le classement du bâtiment - en soulignant d’ailleurs aussi l’importance de la partie Art déco - et sur le maintien dans les lieux d’une destination culturelle. Et pourtant, la réponse (deux ans après) du ministère est complètement hors sujet. L’essentiel de celle-ci est d’abord de défendre et de justifier le projet de Cité du Théâtre, un projet que le député ne mettait absolument pas en cause puisqu’il s’en félicitait. Le ministère explique aussi, de manière d’ailleurs très embarrassée, que l’édifice serait inadapté et même dangereux (quand on veut tuer son chien, on l’accuse d’avoir la rage, le procédé est connu). Enfin, tout en expliquant qu’une partie du monument a récemment été inscrite, il affirme sans sourciller que cette inscription partielle - qui ne concerne d’ailleurs pas les parties Art déco - « n’impliquera aucune procédure particulière en cas de “sécabilité” [sic] de l’édifice. »

Le ministère de la Culture, qui a pour rôle rappelons-le la protection du patrimoine français, non seulement n’envisage pas le classement monument historique, mais prépare sans état d’âme sa vente à la découpe. Et pour terminer, il se cache derrière une supposée protection de la Ville de Paris pour expliquer que cet édifice ne risquerait rien. C’est une tartuferie finalement bien à sa place dans un lieu consacré au théâtre. D’abord parce que le classement de cet immeuble en « constructions et installations nécessaires aux services publics ou d’intérêt collectif » que met en avant le ministère n’est inscrit que dans le Plan Local d’Urbanisme et en aucun cas figé dans le marbre, ce qui le met à la merci d’une simple modification du PLU ; ensuite parce que des catastrophes peuvent être menées sur des « constructions » destinées « aux services publics et collectifs », ce qui ne constitue en rien une protection patrimoniale ; enfin parce que ce classement n’est pas du tout certain : il n’y a rien de tel dans la fiche que le PLU consacre à ce bâtiment (la case « Emplacement réservé pour « équipement public, ouvrage public ou installation d’intérêt général » n’est pas cochée).

Nous avons pu joindre le député Michel Larive qui nous a confirmé que cette réponse n’est absolument pas satisfaisante, et qu’il n’avait pas l’intention d’en rester là. « Nous allons effectivement relancer les choses. On voit que l’affaire n’est que financière, ce qui est très embêtant pour un établissement comme celui-là. On ne comprend pas pourquoi il n’est pas possible de classer ce monument tout de suite. On nous parle de dangerosité, mais il y a des bâtiments qui sont comme cela et qu’on arrive à stabiliser et à entretenir ; on trouve beaucoup d’argent pour restaurer Notre-Dame de Paris et c’est tant mieux. Mais si le Conservatoire est dangereux, il faut le mettre aux normes, et le réhabiliter pour qu’il ne soit plus dangereux. C’est un lieu historique, dédié au théâtre, qui doit rester consacré au théâtre. Nous ne manquons pas de troupes qui cherchent des lieux pour répéter et se produire. Le Jeune théâtre national, par exemple, est très petitement logé, mais il y a aussi des écoles de théâtre, des collectifs…
C’est un des lieux de théâtre les plus importants au monde. Regardez ce qui s’est passé avec la rue Blanche : maintenant, c’est une salle de sport. Ce ne serait pas une mauvaise idée finalement une salle de sport dans un stade, et un théâtre dans un théâtre aussi. Il faudrait que ce gouvernement comprenne qu’on ne gère pas la France comme une start-up. Ils n’ont pas compris qu’ils dirigeaient une nation, pas une entreprise. La ministre de la Culture en charge de la conservation du patrimoine est en réalité en charge de sa dilapidation. C’est de son ressort de classer ce monument, c’est facile, et c’est uniquement une question de volonté politique. Tout cela n’appartient pas au ministre, mais à la mémoire du peuple français. C’est un symbole culturel fort. Légalement, ils ont sans doute le droit de le vendre à la découpe, moralement c’est indéfendable.
 »

Signalons que Michel Larive est député de la France Insoumise, ce qui prouve une fois de plus que le patrimoine transcende les clivages politiques, et n’a pas de rapport avec l’orientation politique : il y a des vandales à droite comme à gauche, et des protecteurs du patrimoine à gauche comme à droite. Espérons, si la ministre ne fait rien, que la Commission Nationale du Patrimoine et de l’Architecture pourra se saisir elle-même de ce sujet.

Documents joints

Vos commentaires

Afin de pouvoir débattre des article et lire les contributions des autres abonnés, vous devez vous abonner à La Tribune de l’Art. Les avantages et les conditions de cet abonnement, qui vous permettra par ailleurs de soutenir La Tribune de l’Art, sont décrits sur la page d’abonnement.

Si vous êtes déjà abonné, connectez-vous.