Deux Pietro Lorenzetti font leur entrée au Louvre

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7/3/24 - Acquisition - Paris, Musée du Louvre - Bien qu’annoncée à la fin du mois de novembre, la redécouverte de deux panneaux inédits de Pietro Lorenzetti (ill. 1 et 2) par la maison de vente Tajan et les experts du cabinet Turquin suscita tout de suite de grands espoirs chez les nombreux amoureux de la peinture italienne qui commencèrent aussitôt à y voir un cadeau de Noël idéal pour le Musée du Louvre. Il faut dire que l’artiste siennois est aussi important que rare dans les musées comme sur le marché - on n’en connaît plus qu’une trentaine d’œuvres - et que l’apparition de ces deux tableaux dans une vente publique constituait une heureuse surprise. Si leur attribution n’a jamais fait débat, l’identification de ces saints personnages reste visiblement sujette à controverse puisqu’ils étaient proposés comme Saint Sylvestre et Sainte Hélène alors que l’éminent spécialiste italien Andrea De Marchi y voyait au contraire Saint Zacharie et Sainte Elisabeth, comme il l’expliqua à La Gazette Drouot où Carole Blumenfeld raconta - dix jours avant la vente - ces premières hésitations.


1. Pietro Lorenzetti (vers 1240-vers 1348)
Saint Zacharie
Tempera et or sur panneau - 70 x 36,5 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : Tajan
2. Pietro Lorenzetti (vers 1240-vers 1348)
Sainte Élisabeth
Tempera et or sur panneau - 69,8 x 37 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : Tajan

Les deux panneaux inédits furent en effet vendus chez Tajan à Paris le 13 décembre, ce qui exigeait pour le moins une vive souplesse de la part des amateurs comme des institutions intéressées alors que leur état de conservation pouvait en effet susciter de légitimes inquiétudes et justifiait, du moins semble-t-il, de les céder en deux lots : estimé 1 500 000/2 000 000 €, le premier fut adjugé 3 034 800 € frais compris tandis que le second, estimé 400 000/600 000 €, emporta ensuite 1 657 600 € avec les frais. Aucun représentant de l’État ne se leva alors pour les préempter mais ils furent fort heureusement tous deux acquis par un amateur américain, le philanthrope John D. Arnold. Plus connu comme collectionneur d’art contemporain, celui-ci finit donc par s’effacer devant le Musée du Louvre puisque ces deux panneaux inédits furent cédés - comme cela semble désormais l’usage, faute d’être déjà la règle - sans le certificat pourtant nécessaire à leur exportation. Ayant toutes les cartes en main, le Louvre ne put alors que négocier avec le nouveau propriétaire et lui (r)acheter les tableaux en février ! Comme nous l’a indiqué Sébastien Allard, le directeur du département des Peintures, une acquisition de gré à gré fut privilégiée au lancement d’une procédure de classement « trésor national », naturellement plus longue et aussi plus complexe.


3. Pietro Lorenzetti (vers 1240-vers 1348)
L’Adoration des Mages
Tempera et or sur panneau - 33 x 24 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : RMN-GP/F. Raux

Comme nous l’écrivions en décembre (voir la brève du 12/12/23), ces deux tableaux proviennent de la collection du magistrat, archéologue et médiéviste breton Alfred Ramé (1826-1886) et avaient été conservés dans sa descendance. Membre actif de diverses sociétés savantes tout au long de sa vie, celui-ci n’est pas un inconnu pour le Musée du Louvre qui lui doit selon le catalogue de la vente le gisant de Blanche de Champagne, actuellement exilé au Louvre-Lens [1]. Le musée parisien ne conservait en revanche qu’un seul Pietro Lorenzetti (ill. 3) heureusement acquis en 1986 auprès d’une collection particulière. Sauf erreur de notre part, cette Adoration des Mages était jusqu’ici le seul tableau de ce grand maître du Trecento au sein des collections publiques françaises, avec la Sainte Agathe du Musée de Tessé (ill. 4) qui ornait en 2016 la couverture du dernier catalogue des collections de peintures italiennes et hispaniques du Mans, alors impeccablement dressé par Corentin Dury (voir l’article).


4. Pietro Lorenzetti (vers 1240-vers 1348)
Sainte Agathe, vers 1315
Tempera et or sur panneau - 64,9 x 33,3 cm
Le Mans, Musée de Tessé
Photo : Musées du Mans/Alain Szczuczynski

Financée sur les crédits d’acquisition du Musée du Louvre, l’opération mérite d’être saluée comme il se doit même si les amateurs risquent fort de devoir prendre leur mal en patience, les deux panneaux nécessitant une restauration qui se montrera probablement spectaculaire et qui permettra sans doute aussi aux équipes du département des Peintures d’étudier l’origine de ces deux œuvres, pour laquelle de stimulantes hypothèses ont déjà été suggérées. L’exposition-dossier promise par le musée autour du panneau de Cimabue dont l’achat fut récemment finalisé (voir la brève du 3/11/23) permettra aux amoureux des Primitifs italiens d’attendre l’arrivée de ces deux beaux panneaux inédits de Pietro Lorenzetti sur les cimaises du Louvre.

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