30/5/23 - Acquisition - Madrid, Museo del Romanticismo - À la fois peintre d’histoire et portraitiste, l’Espagnol Carlos Luis de Ribera y Fieve mena une brillante carrière. Son œuvre est souvent mis en parallèle avec celui de Federico de Madrazo dont il fut l’ami et le rival, les deux artistes étant considérés comme des figures emblématiques du romantisme espagnol. Ils ont été au cœur d’une série de conférences les 8, 19 et 20 novembre 2015 au palais du marquis de Matallana dont les communications ont fait l’objet d’une publication numérique. Peut-on d’ailleurs parler d’un romantisme spécifiquement espagnol ? Jean-René Aymes posait la question dans un ouvrage, Voir, comparer, comprendre. Regards sur l’Espagne des XVIIIe et XIXe siècles, publié en 2003 aux éditions Presses Sorbonne Nouvelle.

Portrait de Emilia Fieve, vers 1850-1864
Huile sur toile - 56 x 45 cm
Madrid, Museo del Romanticismo
Photo : Museo del Romanticismo
Le Museo del Romanticismo s’est vu offrir par l’association des Amis, en 2022, un portrait féminin peint par Ribera, dont le modèle n’est autre que la mère de l’artiste, Emilia Fieve (ill. 1). Le tableau vient idéalement compléter la collection, puisqu’il rejoint une autre toile du maître, le double portrait de sa sœur Josefa Ana de Ribera et du mari de celle-ci, Julián Milanésune (ill. 2). L’œuvre avait été préemptée le 29 avril 2010 dans une vente aux enchères à Madrid. Josefa est montrée assise au centre de la composition, tandis que son mari est relégué au second plan à gauche comme s’il avait été ajouté plus tard. Elle adopte une posture faussement décontractée, assise dans un parc, accoudée sur le dossier de sa chaise. Le choix de peindre un paysage en guise d’arrière-plan est relativement rare dans les portraits de Ribera. Sa mère est quant à elle présentée plus sobrement en buste, on ne voit pas ses bras et le fond est neutre ; l’artiste a consacré son attention à l’expression et aux traits de son visage auréolé d’une mantille noire dont il a su traduire la délicatesse et la transparence.

Portrait de Josefa Ribera et de son mari Julián Milanés, 1849
Huile sur toile - 95 x 76,50 cm
Madrid, Museo del Romanticismo
Photo : Museo del Romanticismo
Fils du peintre néoclassique Juan Antonio Ribera qui fut l’élève de David à Paris, Carlos Luis se forma d’abord auprès de son père, puis à l’Académie San Fernando où il obtint en 1831 le premier prix pour La Découverte de la Mer du Sud par Vasco Núñez de Balboa. Il conçut des lithographies pour la revue El Artista, dont l’existence fut courte ; fondée en 1835, notamment par Federico de Madrazo, elle s’éteignit l’année suivante. Inspirée de la revue française L’Artiste, elle défendait et illustrait les valeurs du romantisme.
Ribera partit à son tour pour Paris en 1836 et y resta neuf ans. Il passa par l’atelier de Paul Delaroche, exposa avec succès au Salon. En France, il retrouva ses compatriotes parmi lesquels l’incontournable Madrazo. De retour à Madrid, il devint professeur à l’École des beaux-arts à Madrid en 1845, membre de l’Académie San Fernando qu’il finit par diriger, et fut nommé Peintre de chambre de la reine. Il fut l’un des principaux portraitistes de la cour ce dont témoigne un autre portrait de sa main conservé au Museo del Romanticismo, celui de la duchesse d’Osuna.