Vandalisme, de Nantes à Fort-de-France...

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En France, la cathédrale de Nantes brûle et les statues sont abattues [1] et détruites. Quel rapport entre ces deux événements ? Ce sont des œuvres classées ou inscrites monuments historiques qui disparaissent, par un acte volontaire, et sous les yeux impuissants d’un État qui ne veut surtout pas faire de vague en assumant son rôle régalien.


1. Vital Gabriel Dubray, dit Vital-Dubray (1813-1892)
Joséphine de Beauharnais,
monument décapité en 1991 et détruit en juillet 2020.
Marbre
Carte postale ancienne
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La cathédrale de Nantes, monument historique, l’orgue, monument historique, les vitraux, monuments historiques, le Flandrin, monument historique ont pu brûler ainsi car l’État, propriétaire et en charge de sa protection a failli, attitude d’autant plus inadmissible que l’incendie de Notre-Dame de Paris avait pourtant servi d’exemple.
La statue de l’impératrice Joséphine de Beauharnais (ill. 1), à Fort-de-France, monument historique déjà décapité en 1991, a pu être détruite ainsi car l’État, en charge de la protection des personnes et des biens, a failli, attitude d’autant plus inadmissible que la préfecture de la Martinique et le commissariat de police se trouvent à 150 mètres de la sculpture dont on savait qu’elle était menacée par les terroristes (il n’y a pas d’autre nom à leur donner). « "Le préfet de la Martinique condamne ces destructions qui sont l’action inadmissible d’une minorité violente", a réagi le préfet Stanislas Cazelle. » lit-on dans cet article du Parisien. Nul doute que la « minorité violente » est morte de terreur devant cette forte parole du préfet qui n’a rien fait pour s’y opposer.


2. Vue Google Maps de la place de la Savane
à Fort-de-France montrant la proximité de
la préfecture, du commissariat et de la sculpture
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Il suffit de regarder les images de la destruction de cette sculpture (ill. 2), œuvre de Vital-Dubray, offerte par souscription et don de Napoléon III, pour constater que les vandales n’ont à aucun moment été inquiétés par les forces de l’ordre, totalement démissionnaires, évidemment pas de leur fait mais sur ordre. Le gouvernement est ainsi directement complice de cet acte. Comment peut-on penser, après cela, que les auteurs seront poursuivis et condamnés ? Comment imaginer qu’ils seront dissuadés de poursuivre cette œuvre digne des talibans : détruite toute sculpture ayant, de près ou de loin, un rapport avec la France ?


3. La destruction de la sculpture de Joséphine (et de son socle)
le 26 juillet 2020, place de la Savane à Fort-de-France
Photo extraite d’une vidéo amateur diffusée sur Twitter
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Il ne suffit d’ailleurs pas de donner l’impunité aux destructeurs, il faut encore se priver des moyens de les punir à la hauteur de leurs actes. C’est ainsi que grâce à l’avocat de l’incendiaire de Nantes - qui ne fait d’ailleurs que son métier, et à qui on ne peut rien reprocher car c’est le rôle d’un avocat de défendre son client, quel qu’il soit - on apprend que l’incendie volontaire d’une cathédrale n’est pas un crime, mais un délit. Les politiques qui ne manquent pas d’une occasion de se saisir du moindre fait divers pour modifier la loi (souvent abusivement), devraient s’interroger sur la qualification et les peines qui s’attachent à un tel acte.

Si l’on en croit le site service-public.fr, « le délit est une infraction de gravité moyenne ». Nous aimerions savoir en quoi incendier une cathédrale, ce qui met en danger la vie des sapeurs-pompiers et qui détruit des trésors nationaux serait une « infraction de gravité moyenne ». Très normalement, l’incendie volontaire « de nature à exposer les personnes à un dommage corporel ou à créer un dommage irréversible à l’environnement » (article 322-6 du code pénal) est un crime. Mettre le feu à un monument historique devrait être qualifié ainsi, pour les deux raisons qu’il expose les personnes à un dommage corporel et qu’il crée un dommage irréversible à un trésor national. Quant à la destruction d’œuvres d’art protégées monuments historiques comme cette sculpture de Joséphine, elle est au moins un délit et devrait être puni par dix ans de prison. On se doute bien entendu que ses auteurs n’en feront même pas une journée.

Joséphine de Beauharnais aurait été la pire esclavagiste, cela ne suffirait pas pour justifier la destruction d’une sculpture telle que celle-ci (heureusement, il en existe au moins deux autres exemplaire semblables en marbre, du même artiste). Mais la réalité, comme toujours, est infiniment plus complexe comme l’écrivait Christophe Pincemaille dans une étude à laquelle nous renvoyons. La complexité de l’Histoire est une notion inaccessible aux terroristes comme l’est au gouvernement l’importance de la protéger.

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