Les leçons de l’incendie de la cathédrale de Nantes

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Incendie de la cathédrale de Nantes
18 juillet 2020
Photo : SDIS44
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Nous pensions, même si nous n’avions jamais écarté la piste criminelle, que l’incendie de la cathédrale de Nantes, car il avait pris à trois endroits avec une machinerie électrique (l’orgue, l’orgue de chœur et l’armoire électrique du bras gauche du transept), pouvait être d’origine accidentelle. Mais l’enquête, très rapide (rappelons que le sinistre ne date que d’une semaine), semble avoir établi sans trop de doutes (le suspect a avoué presque aussitôt mis en examen) que les faits étaient bien volontaires.

Si l’état du système électrique est donc hors de cause, cela ne signifie pas que l’État et le ministère de la Culture via la DRAC, responsables de la sécurité du monument, le soient aussi :

1. Il n’y avait aucun PC de sécurité.
2. Il n’y avait aucune personne formée et de confiance en charge de la sécurité.
3. Les clés de la cathédrale étaient laissées à un bénévole non formé, à charge pour lui de la fermer..
4. Il n’y avait aucun système d’alarme anti-intrusion ; s’il y en avait eu un, surveillé par quelqu’un de compétent, il aurait vu que l’alarme n’avait pas été déclenchée et que quelqu’un était présent pendant la nuit dans la cathédrale.
5. Il n’y avait aucun système anti-incendie dans la nef ni dans aucune partie basse de l’édifice ; c’est un riverain qui a donné l’alerte alors que le feu était déjà très important.

Certes, le clergé est également responsable d’avoir confié les clés et la responsabilité des lieux à n’importe qui. Mais la sécurité d’une cathédrale, comme le disent les textes, incombe bien à l’État. Et une nouvelle fois, un an et trois mois après l’incendie de Notre-Dame de Paris, on se rend compte que celui-ci ne remplit pas son rôle. À Notre-Dame, on regrette qu’il n’y ait eu au PC sécurité qu’un agent SSIAP, non formé, et qui ne connaisse pas les codes de l’alarme incendie. À Nantes, il n’y avait ni PC sécurité, ni agent de sécurité, encore moins formé SSIAP, ni alarme incendie là où le feu a été allumé.

Une dernière chose : tous les complotistes vont sans doute dire qu’ils avaient donc raison. Mais en réalité, c’est l’inverse qui est vrai : loin de vouloir étouffer quelque piste que ce soit, la police et les enquêteurs ont suivi parallèlement la piste accidentelle et criminelle sans en exclure aucune, et c’est bien la seconde qui a été retenue. À Notre-Dame, les deux possibilités ont été envisagées, mais c’est bien la piste accidentelle qui était la bonne, due au chantier. Que le déroulement exact des faits ne soit pas encore connu - et ne le sera peut-être jamais - est normal car le lieu initial de l’incendie a entièrement disparu, ce qui n’est heureusement pas le cas à Nantes. Il n’y a donc aucune volonté de l’État de cacher les faits. En revanche, il n’y en a pas davantage pour éviter qu’ils se reproduisent.

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