Une vue des thermes de Cluny acquise par le Musée national du Moyen Âge

Alexandre Lafore 1 1 commentaire
1. François-Marie dit Marius Borrel (1866-1937)
Intérieur du Palais des Thermes ; musée de Cluny - 1886
Huile sur toile - 75 x 58 cm
Paris, Musée National du Moyen Age - Thermes et hôtel de Cluny
Photo : Galerie Christian Le Serbon
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28/8/19 - Acquisition - Paris, Musée de Cluny - L’œuvre possède la luminosité d’une aquarelle mais c’est pourtant bien une huile (ill. 1) que le Musée national du Moyen Âge vient d’acquérir auprès du marchand parisien Christian Le Serbon : on y reconnaît au premier coup d’œil les plus fameux vestiges antiques de Paris, l’ancien frigidarium des thermes gallo-romains qui furent englobés dans l’hôtel parisien des abbés de Cluny et qui accueille désormais les expositions temporaires du musée de Cluny sous les majestueuses voûtes qui n’ont pas manqué d’inspirer les artistes de l’époque romantique.

Cette œuvre passionnante nous replonge à la fin du XIXe siècle : le tableau, daté de 1886, fut exposé au Salon de 1887. L’auguste édifice, qui a su traverser les siècles malgré les soubresauts de l’Histoire - servant tantôt de grange, d’écurie voire d’entrepôt à vin - est désormais sauvé et déjà « patrimonialisé » : après avoir survécu aux troubles révolutionnaires, il sut séduire le collectionneur Alexandre Du Sommerard (1779-1842) qui s’y installa parmi son capharnaüm d’objets anciens. Rachetée par l’État, la collection de cet érudit amoureux du patrimoine forme toujours le socle du musée de Cluny et les bâtiments furent classés - dès 1846 pour l’hôtel, les thermes durent attendre 1862 - et restaurés avec soin par l’architecte Albert Lenoir, fils du grand Alexandre Lenoir, le créateur du musée des monuments français.

En 1886, c’est donc à l’aide d’une très subtile palette de tons gris et bruns - que vient relever la masse dorée et colorée du retable placé contre le mur du fond - que Marius Borrel représente le frigidarium, dont il s’attache à restituer les différentes teintes de la pierre. François-Marie Borrel, élève de Jean-Léon Gérôme, est mieux connu comme graveur mais on remarque au premier plan tout le nécessaire du peintre : un tabouret pliant, une boîte de couleurs, quelques pinceaux et une toile posée contre le socle d’une colonne. Cette petite nature morte vient donc à la fois témoigner du travail de l’artiste in situ et de la monumentalité des œuvres alors présentées dans ce grandiose volume gallo-romain.


2. Charles Fichot (1817-1903)
Le Palais des Thermes, 1860
Dessin - 21,3 x 24,1 cm
Paris, Musée Carnavalet
Photo : Paris Musées
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3. Le Retable de Saint-Martin du Maître de Rio Frio tel qu’il est désormais exposé au musée Goya de Castres
Photo : Pierre Noual
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Comme en témoigne un dessin (ill. 2) de Charles Fichot, les trois colonnes centrales étaient déjà exposées ici en 1860. On distingue aussi très nettement un élément de retable en pierre placé à leur pied, qui sert désormais comme devant d’autel dans la chapelle de l’hôtel de Cluny. Mais l’élément le plus intéressant de ce tableau reste le très imposant retable placé contre le mur du fond : il s’agit du retable de Saint-Martin, réalisé aux alentours de 1500 par le Maître de Rio Frio, démantelé à la fin du XIXe siècle et dont les neuf panneaux sont désormais conservés au musée Goya de Castres (ill. 3). Cette œuvre castillane, entrée au musée de Cluny en 1876, mesurait près de huit mètres de haut. Le tableau de Marius Borrel possède le très grand intérêt de la montrer dans sa configuration d’origine, avec sa caisse en bois sculpté et doré, conforme à une description de 1883 et à une photo ancienne qui permettait déjà de s’en faire une idée.


4. Achille Poirot (1797-après 1852)
Vue de la grande salle du Palais des Thermes, 1845
Huile sur toile - 27,5 x 33,5 cm
Paris, Musée national du Moyen Age - Thermes et hôtel de Cluny
Photo : RMN-GP/J.-G. Berizzi
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5. Claude Pratt (1860-1935)
La galerie des Armes au musée de Cluny
Huile sur toile - 45 x 61 cm
Paris, Musée national du Moyen Age - Thermes et Hôtel de Cluny
Photo : RMN-GP/M. Urtado
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Il ne reste plus qu’à espérer que cette charmante représentation du musée de Cluny à la fin du XIXe siècle puisse trouver la place qui lui est due dans le parcours de visite, actuellement en pleine refonte, à l’instar des autres vues anciennes (ill. 4 et 5) déjà conservées dans les collections du musées mais hélas rarement visibles. Elles attestent pourtant de la fascination qu’exerça ce bâtiment sur les savants et les artistes qui redécouvraient alors la période médiévale en même temps qu’émergeait une conscience patrimoniale exigeant de protéger puis de transmettre ce rare témoignage du Paris antique puis médiéval. On aimerait tant qu’une section « musée de l’Œuvre » puisse se glisser parmi les salles de l’ancien hôtel des abbés de Cluny, dont la réouverture totale est prévue pour 2021. Ces œuvres méritent assurément mieux que l’obscurité des réserves ; gageons donc que cette judicieuse acquisition puisse être un signe en ce sens !

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