Une nouvelle présidente, mais pas de vice-président pour les Amis du Quai Branly

Didier Rykner
1. Table-ronde organisée par l’INHA sur la question
des restitutions. Lionel Zinsou est au centre
Photo : Didier Rykner
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21/12/18 - Musée - Quai Branly - Mercredi 19 décembre, l’INHA organisait une table-ronde consacrée au sujet des « restitutions » au pays africains à laquelle nous avons assisté (ill. 1). Nous reviendrons dans un prochain article sur les approximations nombreuses qui ont émaillé ce débat, mais nous voudrions ici parler d’un point particulièrement problématique.

L’un des invités était le franco-béninois Lionel Zinsou, co-fondateur de la Fondation Zinsou à Cotonou avec sa fille Marie-Cécile Zinsou qui en est la présidente, et l’un de ceux qui se bat pour qu’une partie des œuvres des pays africains soient « rendues » à ce qu’il considère comme leurs légitimes propriétaires.
Ce combat, qui aura entre autre pour effet de vider le Musée du Quai Branly d’une grande partie de ses chefs-d’œuvre, n’est évidemment que difficilement compatible avec l’objet de la Société des Amis du Quai Branly : enrichir ses collections. Or Lionel Zinsou en était jusque récemment le président.

Une nouvelle élection au sein du Conseil d’Administration a eu lieu le 12 décembre, Lionel Zinsou ne s’est pas représenté et a été remplacé par Françoise de Panafieu. Aucun vice-président n’a pour l’instant été élu comme me l’ont confirmé deux administrateurs.

Or, le 19 décembre, Lionel Zinsou s’est présenté en public comme « administrateur du Quai Branly » (ce qu’il est) et « vice-président de la Société des amis du Quai Branly » (ce qu’il n’est donc pas).
À l’heure où ce débat pour ou contre les restitutions devrait se faire de manière transparente, arguments contre arguments, il est tout de même très gênant de voir ainsi propager des « fake news » par des personnes dont on attendrait un peu plus de rigueur. Comment peut-on croire un seul instant leurs autres arguments quand des points aussi faciles à vérifier se révèlent faux. Comment peut-on croire, par exemple, Lionel Zinsou quand il affirmait dans un mail, dont de nombreux membres de la Société des amis ont eu connaissance, que : « pour la sérénité du débat et pour sa transparence, je préciserai cependant que, si j’approuve la décision du Président de la République sur les Restitutions, je ne lui en ai jamais parlé. » ?

Une anecdote amusante mais significative, pour terminer. Dans le cadre de notre enquête, j’ai appelé directement la Société des Amis du Quai Branly le 21 décembre dans la matinée, en me présentant bien entendu sous mon identité de journaliste pour La Tribune de l’Art, et en demandant qui était président de la société. Une dame me répond « Françoise de Panafieu ». Je poursuis alors en demandant le nom du vice-président. On me répond d’un air embarrassé quelque chose comme « il doit y avoir encore des votes » puis d’un air soupçonneux : « mais pouvez-vous me préciser votre question ? ». Je réponds donc : « est-ce que M. Lionel Zinsou est vice-président ». Et la dame me raccroche au nez sans autre forme de procès. Je rappelle, le téléphone sonne dans le vide avant de me transférer au standard. Je demande à parler à la société des amis du musée, on me demande mon nom, on me passe une dame qui me dit ne pas être celle qui m’a parlé la première fois. Je lui repose la question : « Lionel Zinsou est-il vice-président de la société ». Elle me répond ne pas savoir (!) et que sa responsable est en réunion et ne peut pas me parler (!). Elle me suggère alors de contacter Mme de Panafieu et je lui dis que, n’ayant pas son contact, j’aimerais avoir au moins son mail. Elle me répond qu’elle ne peut pas me le donner. Je lui demande si elle peut lui transmettre le message que je cherche à la joindre. Elle me répond que non… Le sujet, manifestement, est délicat.

2. Copie écran du site des Amis du Quai Branly (21/12/18, 21 h 08)
Aucun vice-président n’est indiqué
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Lionel Zinsou m’a adressé une réponse par mail, dans lequel il me fait la leçon : « Je vous invite à diversifier vos sources sur la vie de la Société des Amis. Vous ne pouvez pas vous référer à deux Administrateurs comme s’ils étaient représentatifs. Il y avait une large majorité pour ma réélection comme Président au sein du Conseil et des pressions insistantes. C’est ma décision que de ne pas solliciter le renouvellement et de siéger au Bureau où j’ai été élu après l’élection de la Présidente. » Depuis, j’ai diversifié mes sources, puisque j’ai réussi à joindre Françoise de Panafieu, la nouvelle présidente. Qui m’a confirmé la chose suivante : « les membres du bureau ont été élus, il appartiendra au prochain conseil d’administration de nommer les vice-présidents. Il n’y a pour l’instant pas de vice-présidents ». Une copie écran de la page du conseil d’administration du site des amis le démontre également : aucun vice-président n’y est indiqué (ill. 2).
Lionel Zinsou a donc répondu à deux points sur lesquels je ne l’ai pas interrogé (sa réélection au bureau et sa décision de ne pas solliciter le renouvellement de son mandat) mais pas sur le fait, incontestable, qu’il n’est pas vice-président des Amis du Quai Branly. Précisons aussi que les deux administrateurs, que j’ai recontactés après avoir reçu son mail, m’ont confirmé qu’il avait effectivement, au dernier moment, renoncé à se représenter à la présidence parce qu’il avait toutes les chances, contrairement à ce qu’il affirme, de ne pas être élu. Mais j’oublie que ces deux administrateurs « ne sont pas représentatifs ».

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