Un nouveau bâtiment pour la Kunsthalle de Mannheim

La Kunsthalle de Mannheim, en Allemagne, non loin de la frontière française, vient de rouvrir après qu’un des deux bâtiments dans lequel il se trouve, et qui n’avait d’ailleurs aucun intérêt historique, a été remplacé par un nouveau construit par le cabinet d’architectes allemands Gerkan, Marg und Partner (ill. 1).


1. Le nouveau bâtiment de la Kunsthalle de Mannheim
Architectes : Gerkan, Marg und Partner
Photo : Didier Rykner
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2. Le nouveau bâtiment de la Kunsthalle de Mannheim
Architectes : Gerkan, Marg und Partner
Photo : Didier Rykner
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Cet édifice présente de beaux espaces intérieurs, qui se répartissent autour d’une cour centrale , extrêmement lumineuse, sur deux niveaux (ill. 2). Il faut néanmoins regretter un accrochage très peu dense comme on les apprécie dans certains musées mais qui condamnent un grand nombre d’œuvres d’art à l’obscurité des réserves.
La première salle (intitulée Kubus 1) montre mieux que de longs discours cette manière de ne pas montrer les œuvres (ill. 3). La deuxième est nettement plus dense et présente un grand nombre de sculptures intéressantes de la fin du XIXe et du XXe siècle (ill. 4), mais dans un désordre qui rend la visite un peu complexe. On admirera néanmoins au passage un grand tableau de Fernand Léger, Les Plongeurs, mais aussi des sculptures de Henri Laurens ou Auguste Rodin, ainsi que de nombreux artistes allemands de talent comme Richard Scheibe ou Georg Kolbe.


3. Une salle d’exposition de la Kunsthalle de Mannheim avec au milieu une sculpture
d’Umberto Boccioni, L’homme en mouvement ou Formes uniques dans la continuité de l’espace
Photo : Didier Rykner
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4. Une salle d’exposition de la Kunsthalle de Mannheim avec des sculptures de la fin du XIXe et du XXe siècles
Photo : Didier Rykner
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La salle suivante pousse à l’extrême ce syndrome des murs nus, puisqu’on n’y voit qu’un seul tableau, magnifique il est vrai : la célèbre Exécution de Maximilien par Édouard Manet (ill. 5 et 6). Le reste de la salle est occupé par une installation paraît-il temporaire qui ressemble à une tribune permettant de s’asseoir pour admirer le tableau (et peut-être est-ce cela d’ailleurs)…


5. Édouard Manet (1832-1883)
L’Exécution de Maximilien, 1868-1869
Huile sur toile - 252 x 305 cm
Mannheim, Kunsthalle
Photo : Didier Rykner
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6. La salle d’exposition de
L’Exécution de Maximilien
Photo : Didier Rykner
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7. Salle des « Maîtres Modernes » à la
Kunsthalle de Mannheim
Photo : Didier Rykner
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8. Ferdinand Hodler (1853-1918)
Le Lac de Thune avec le mont Stockhorn, 1910
Huile sur toile - 65,5 x 88 cm
Mannheim, Kunsthalle
Photo : Didier Rykner
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Il faut se rendre dans la section consacrée aux « Moderne Meister » pour voir enfin un accrochage qui ressemble à un accrochage de musée (ill. 7), que l’on aurait certes aimé encore plus abondant, mais qui, au moins, expose un certain nombre d’œuvres. La collection, en tout cas ce qui est montré, est riche mais ne présente que peu de pièces d’exception. On y voit des impressionnistes (ill. 8), de beaux Hodler (ill. 9), Munch ou encore Ensor ; également des peintures et sculptures allemandes de la fin du XIXe et du début du XXe (Max Liebermann, Fritz von Uhde…). La peinture qui semble la plus ancienne est un petit tableau de Georg Friedrich Kersting qui date de 1814-1819 et qui montre Caspar David Friedrich en train de peindre dans son atelier (ill. 10). L’œuvre qui suit chronologiquement est un tableau d’Anselm Feuerbach de 1852. Cela démontre la variété des œuvres - on pourra aussi admirer des sculptures par George Minne, Aristide Maillol ou encore Jacques Lipchitz (ill. 11) - mais aussi le manque de cohérence de la collection telle qu’elle est accrochée.


9. Georg Friedrich Kersting (1785-1847)
Caspar David Friedrich dans son atelier, 1814-1819
Huile sur toile - 54 x 42 cm
Mannheim, Kunsthalle
Photo : Didier Rykner
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10. Jacques Lipchitz (1891-1973)
Arlequin à l’accordéon, 1918
Pierre - H. 66 cm
Mannheim, Kunsthalle
Photo : Didier Rykner
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La cohérence, en revanche, on la retrouve dans l’ancien bâtiment du musée, construit par Hermann Billing en 1907 et de style Art Nouveau, avec notamment son très beau hall (ill. 11). Dédié essentiellement à l’art allemand du XIXe et du XXe siècle, il comprend un accrochage dédié à l’ « art dégénéré », qui avait été confisqué au musée par les Nazis, ainsi qu’un autre montrant des œuvres dont l’origine d’acquisition est douteuse (un peu comme nos MNR). Une autre salle est consacrée à l’art allemand depuis l’Expressionnisme, tandis qu’une exposition consacrée aux œuvres du peintre de cour Carl Kuntz que conserve le musée est présentée au rez-de-chaussée. On remarquera que la muséographie de toutes ces salles de l’ancien bâtiment est plus classique, avec un nombre d’œuvres accrochées correspondant davantage aux pratiques normales d’un musée.


12. Hall et escalier de l’ancien bâtiment
de la Kunsthalle de Mannheim par
Hermann Billing (1907)
Photo : Didier Rykner
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12. Salle de l’Expressionnisme allemand
dans l’ancien bâtiment de la Kunsthalle de Mannheim
Photo : Didier Rykner
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En conclusion, si l’on peut apprécier la nouvelle architecture de ce musée, il est regrettable que l’espace ne soit pas mieux utilisé pour montrer plus de tableaux et sculptures. On constate en effet que, sauf erreur, des œuvres aussi importantes que Cheval dans la forêt de Gustave Courbet, Soir avec nuages de Caspar David Friedrich, Voiture de charbon de Géricault soient cachés aux yeux du public. Un musée est là pour montrer des œuvres, pas des murs nus.

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