Un livre de prières enluminé inexplicablement manqué par la BnF

Didier Rykner 3 3 commentaires
1. Livre des « Prières pendant la messe »
de Marie-Amélie
Enluminé par Blanche Passy, vers 1862
Vente Mallié-Arcelin OVV, 13/10/18
Photo : Mallié-Arcelin OVV
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13/10/18 – (Non) acquisition – Paris, Bibliothèque nationale de France – Twitter est un outil fort utile et l’on y découvre parfois des informations étonnantes. Passant aujourd’hui salle VV, une salle des ventes indépendantes, rue Rossini à côté de l’hôtel Drouot, nous avons pu voir dans le public un conservateur de la Bibliothèque nationale de France.
Nous ne sommes pas resté mais nous étions intrigué par sa présence dans la salle. Était-Il là pour son plaisir personnel (nous sommes samedi) ou pour essayer d’acquérir un lot pour son institution, sachant qu’il s’agissait d’une vente d’objets provenant de la famille d’Orléans.
C’est un tweet d’un tiers qui nous a alerté sur la raison de sa présence et qui nous a révélé un petit scandale, ce qui nous a permis d’enquêter à ce sujet.


2. Livre des « Prières pendant la messe »
de Marie-Amélie (page de titre)
Enluminé par Blanche Passy, vers 1862
Vente Mallié-Arcelin OVV, 13/10/18
Photo : Mallié-Arcelin OVV
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3. Livre des « Prières pendant la messe »
de Marie-Amélie
Enluminé par Blanche Passy, vers 1862
Vente Mallié-Arcelin OVV, 13/10/18
Photo : Mallié-Arcelin OVV
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L’objet en question, qui intéressait la Bibliothèque nationale, est un livre enluminé des « Prières pendant la messe » de Marie-Amélie, reine des Français, épouse de Louis-Philippe. Son auteur, qui le dédicace à la fin de l’ouvrage, est une femme peintre nommée Blanche Passy, presque inconnue mais qui est néanmoins citée par le Bénézit qui la dit amie des Goncourt [1]. Outre son intérêt historique (il accompagna la reine pendant les trois dernières années de sa vie à Londres), ce livre constitue un exemple de l’art de l’enluminure au XIXe siècle, un domaine fort peu étudié. On y trouve des peintures à la manière médiévale, typique du goût néo-gothique (ill. 2 à 4), mais aussi des copies de tableaux célèbres comme le Christ en croix de Pierre-Paul Prud’hon (ill. 5).


4. Livre des « Prières pendant la messe »
de Marie-Amélie
Enluminé par Blanche Passy, vers 1862
Vente Mallié-Arcelin OVV, 13/10/18
Photo : Mallié-Arcelin OVV
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5. Livre des « Prières pendant la messe »
de Marie-Amélie
Enluminé par Blanche Passy, vers 1862
Vente Mallié-Arcelin OVV, 13/10/18
Photo : Mallié-Arcelin OVV
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Mais cet ouvrage n’a finalement pas été acquis par la BnF. Pour une raison que nous ne nous expliquons pas, il n’y a pas eu de préemption. Le conservateur a enchéri jusqu’à ce que l’œuvre soit finalement adjugée 3 500 €, alors que la préemption aurait pu être effectuée à 1 500 € (au delà de l’estimation fort basse de 800 à 1 200 €), montant à partir duquel il n’y avait plus d’autre acheteur que celui qui l’a emporté, et la BnF n’a pas utilisé l’arme de la préemption prévue pour les achats des musées français.


6. Livre des « Prières pendant la messe »
de Marie-Amélie
Enluminé par Blanche Passy, vers 1862
Vente Mallié-Arcelin OVV, 13/10/18
Photo : Mallié-Arcelin OVV
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7. Livre des « Prières pendant la messe »
de Marie-Amélie (dédicace)
Enluminé par Blanche Passy, vers 1862
Vente Mallié-Arcelin OVV, 13/10/18
Photo : Mallié-Arcelin OVV
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Cet objet - particulièrement au moment où l’on célèbre Louis-Philippe à Versailles et bientôt à Fontainebleau - avait toute sa place dans les collections de la Bibliothèque nationale de France. Notons que même si cette œuvre avait pu être acquise sans préemption, elle aurait coûté plus de deux fois le prix qu’elle aurait atteint avec la préemption. Nous avons interrogé la présidente de la BnF qui nous a indiqué ne pas intervenir dans les achats en dessous d’un certain montant, et ne pouvoir nous renseigner sur cette affaire. Elle nous a renvoyé vers le responsable de la communication, qui n’a pu en si peu de temps (et un week-end) encore obtenir d’explication. Nous la communiquerons aux lecteurs quand nous en aurons connaissance [Cette réponse a été publiée ici.]. Il reste qu’il s’agit, de notre point de vue, d’un dysfonctionnement majeur. La BnF fait office de « grand département » pour les livres enluminés, c’est-à-dire qu’elle oriente et valide les choix des musées et bibliothèques dans ce domaine, notamment dans celui des acquisitions. Comment faire confiance à des fonctionnaires qui sont incapables d’utiliser les moyens à leur disposition pour enrichir le patrimoine français ?

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