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La Régence à Paris (1715-1723). L’aube des Lumières

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Paris, Musée Carnavalet du 20 octobre 2023 au 24 février 2024.

Un soir de Noël à Versailles, le duc d’Orléans, durant toute la messe, parut absorbé par la lecture d’un ouvrage que l’assemblée prit pour un livre de prière ; la femme de chambre de la duchesse d’Orléans lui fit plus tard compliment de sa piété. « Vous êtes bien sotte, madame Imbert ; savez-vous donc ce que je lisais ? C’était Rabelais que j’avais porté de peur de m’ennuyer. »
L’anecdote racontée par Saint-Simon participa à la légende noire du Régent. Libre penseur et libertin, amateur de « petits soupers » en galante compagnie au Palais-Royal, il entraîna ses contemporains dans le vice - « leur conduite me semble celle des cochons et des truies » s’offusqua sa mère, la princesse Palatine, avec ce verbe fleuri qui la caractérise, tandis que Voltaire préféra les vers et la satire : « Voici le temps de l’aimable Régence / Temps fortuné marqué par la licence [...] / Où l’on fait tout excepté pénitence. [1] » Montesquieu quant à lui décrivit la société française à travers l’œil faussement naïf de deux étrangers dans les Lettres persanes, publiées en 1721 à Amsterdam, loin de la censure du pouvoir royal.


1. Jean-Louis Lemoyne (1665-1755)
Philippe d’Orléans, régent du royaume, 1715
Marbre - 87 x 74 cm
Versailles, Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon
Photo : bbsg
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2. Charles-Antoine Coysevox (1640-1720)
Louis XV à l’âge de neuf ans, 1719
Marbre - 65 x 49,7 cm
Versailles, Musée national du château
Photo : bbsg
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Cette réputation fut relayée au fil des siècles, de Marcel Proust, admirateur de Saint-Simon, jusqu’à Philippe Noiret incarnant un Régent débauché dans le film Que la fête commence.... Empêtré dans divers scandales - son nom fut cité après l’arrestation d’une marchande de philtre d’amour - Philippe II d’Orléans fut aussi soupçonné de vouloir empoisonner le dauphin de France, accusation farfelue évidemment, car il lui eût fallu assassiner bien du monde pour accéder au trône. Cette pittoresque réputation d’empoisonneur naquit de sa passion pour la chimie. Il avait aménagé un laboratoire au Palais-Royal où il pratiquait des expériences avec le chimiste Guillaume Homberg, soufflait du verre, composait des parfums, fabriquait des pierres précieuses factices. Son four d’alchimie a d’ailleurs été retrouvé au Musée de Sèvres (ill. 3).


3. Four d’alchimiste du Régent, avant 1723
Terre chamottée estampée - 70 x 52 x 47 cm
Sèvres, Manufacture et Musée nationaux
photo : bbsg
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À l’occasion du tricentenaire de sa mort, le Musée Carnavalet dresse le portrait beaucoup plus nuancé d’un homme intelligent, cultivé, fin politique et diplomate, féru de sciences, de musique et de peinture. Cette exposition, dont les commissaires sont José de Los Llanos et Ulysse Jardat, était l’occasion de sortir des réserves plusieurs tableaux et de les restaurer, tel Le Régent dans son cabinet, attribué à Bérain (ill.…

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