Rocher Mistral et Vianney d’Alançon sévèrement condamnés en appel

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Luca Giordano (1634-1705)
Allégorie de la Justice
Huile sur toile - 99,9 x 96 cm
Londres, National Gallery
Photo : National Gallery

Le 26 août 2026, Vianney d’Alançon, le promoteur du parc d’attractions Rocher Mistral dont nous avons à plusieurs reprises, et avec de nombreux articles, parlé sur ce site, publiait une tribune dans Le Figaro. Le cynisme dont il use et abuse habituellement se mêlait à quelques révélations qui ne faisaient que confirmer les soupçons que beaucoup nourrissaient à son égard : sa collusion avec le pouvoir, notamment avec le président de la République.

Après s’être autoqualifié « d’entrepreneur français [voulant] faire rayonner notre histoire et notre culture », il écrivait sans honte qu’il « avait échangé directement plusieurs fois avec le président de la République » et que celui-ci lui avait « assuré qu’il s’occuperait du dossier », ajoutant que « dans la foulée, une équipe de l’Élysée a[vait] été mandatée ». Qu’Emmanuel Macron ait voulu aider Vianney d’Alançon, dont on connaît, depuis longtemps, la manière dont il traite le monument historique sur lequel il a mis la main, en dit long, une fois de plus, sur la considération que le président français porte au patrimoine.
Nous désespérons suffisamment souvent de la justice française pour ne pas, cette fois, nous féliciter qu’elle ait su démontrer que la séparation des pouvoirs n’était pas un vain mot. Il est vrai que la DRAC et notamment les Architectes des bâtiments de France ont sauvé l’honneur de l’État en s’opposant avec obstination à ce qui était un déni de droit. La SAS Rocher Mistral avait été condamnée en première instance (voir l’article) et avait fait appel. L’arrêt vient d’être rendu par la cour d’appel d’Aix-en-Provence et il est encore plus sévère. Si les amendes sont moins hautes (50 000 au lieu de 70 000 pour la SAS et 5 000 au lieu de 20 000 pour Vianney d’Alançon), elles ne sont plus assorties de sursis. Les aménagements réalisés irrégulièrement (très nombreux) devront être enlevés et les lieux remis dans leur état d’origine. Par ailleurs, alors qu’ils avaient été relaxés en première instance pour « l’infraction d’atteinte non autorisée à la conservation d’habitat naturel d’une espèce protégée » (les murins à oreilles échancrées), ils ont cette fois été condamnés.
Ils doivent remettre tout en état dans un délai d’un an et l’astreinte, qui n’était que de 20 € par jour de retard, a été portée à 150 €.
Signalons enfin que le président a expliqué que la cour avait eu le souci de restaurer l’autorité des services de l’État, qu’il estime avoir été largement bafouée par les prévenus.

Les ennuis judiciaires ne font, en réalité, que commencer pour Vianney d’Alançon, mais aussi pour tous ceux qui l’ont aidé. L’association Ethicpol a en effet porté plainte, il y a près d’un an contre X devant le tribunal judiciaire d’Aix-en-Provence. D’abord pour infractions aux obligations environnementales [1] En effet le rapport fait par la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL) auprès du préfet de région détaillait tout cela.
Ensuite, pour le volet financier : Rocher Mistral a en effet bénéficié au total de six millions d’aides publiques (État, Région, département). Or, le préfet de région aurait dû, selon Ethicpol, demander l’autorisation à la Commission européenne, au-delà de 200 000 euros, ce qui n’a pas été fait. Par ailleurs, la subvention du département pour restaurer les écuries classées aurait été utilisée pour y installer un restaurant, ce qui est irrégulier. La plainte de l’association est encore à l’instruction par le procureur. Si celle-ci n’aboutit pas, l’association se portera partie civile devant le doyen des juges d’instruction. Et si cette procédure n’aboutit pas, l’association portera l’affaire devant les juridictions européennes.
L’objectif de celle-ci est que tous ceux qui ont été responsables soient condamnés. Rappelons notamment que le sous-préfet d’Aix-en-Provence avait affirmé que la société Rocher Mistral avait toutes les autorisations, ce qui était parfaitement faux.

Il est dommage qu’aucune action judiciaire n’ait été entreprise pour les aménagements intérieurs du château. Il reste qu’on voit difficilement — même s’ils portent l’affaire en cassation — comment la SAS Rocher Mistral et Vianney d’Alançon pourraient poursuivre leur activité au château de La Barben. D’autant que celui-ci a fermé de manière anticipée le 30 août, officiellement « en raison d’infiltrations d’eau », « la durée est indéterminée, le calendrier étant entre les mains de l’administration ».
Nous avions été parmi les premiers à nous indigner de ce scandale, tellement important que nous lui avions consacré pas moins de treize articles où nous dénoncions largement ce que vient de condamner la cour d’appel. Vianney d’Alançon, qui n’hésite devant aucune méthode, avait alors créé un site internet pour dénoncer, à coups de multiples mensonges et calomnies, les soi-disant « bobards » de La Tribune de l’Art. En condamnant Rocher Mistral, la cour d’appel démontre, s’il en était besoin, que les bobards ne sont pas de notre côté et que ce que nous avions dénoncé n’était rien d’autre que la réalité.

Didier Rykner

Notes

[1] Natura 2000 ; la directive Oiseaux et les zones de protection spéciale (ZPS), et, enfin, les zones naturelles d’intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF), notamment en raison de la présence de l’aigle de Bonelli.].

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