Refus du certificat d’exportation pour un dessin de Michel-Ange d’après Masaccio

Didier Rykner

28/9/19 - Trésor national - Michel-Ange - La situation des trésors nationaux, que nous avons déjà évoquée dans notre article sur le budget, ne cesse de s’aggraver. Aux œuvres majeures qui ne sont même pas proposées pour un refus de certificat s’ajoutent celles retenues pendant trente mois qui probablement ne seront pas davantage acquises, faute d’une véritable volonté politique.


1. Masaccio (1401-vers 1428)
Le Baptême des néophytes
Fresque
Florence, chiesa Santa Maria del Carmine
Chapelle Brancacci
Photo : Didier Rykner
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2. Masaccio (1401-vers 1428)
Le Baptême des néophytes, détail
Fresque
Florence, chiesa Santa Maria del Carmine
Chapelle Brancacci
Photo : Didier Rykner
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Il se murmure pourtant que le Louvre tente finalement d’acquérir le Saint Sébastien de Léonard de Vinci (voir cet article), qui ne manque pourtant pas aux collections nationales. Il semble au contraire qu’un dessin de Michel-Ange, qui vient de voir son certificat refusé par un arrêté du ministère datant du 13 septembre dernier, corresponde à ce qu’on attend d’un trésor national. Il s’agit d’une œuvre de jeunesse, une copie d’après Le Baptême des néophytes, une des scènes peintes par Masaccio sur les murs de la chapelle Brancacci. Nous ne pouvons en reproduire ici de photo, car il s’agit d’une œuvre inédite, et la maison de vente Christie’s, qui est en charge de sa vente, ne souhaite pas communiquer à son sujet. Il est cependant possible d’imaginer à quoi ressemble cette feuille en comparant celle-ci à la fois à la figure qu’elle reproduit (ill. 1 et 2), et aux trois dessins connus de l’artiste d’après une œuvre de Masaccio.


3. Michelangelo Buonarroti,
dit Michel-Ange (1475-1564)
d’après Masaccio (1401-vers 1428)
Adam et Ève chassés du Paradis
Sanguine - 32,1 x 18,7 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : RMN-GP
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4. Michelangelo Buonarroti,
dit Michel-Ange (1475-1564)
d’après Masaccio (1401-vers 1428)
Saint Pierre
Plume, encre brune
Munich, Staatliche Graphische Saamlung
Photo : Staatliche Graphische Saamlung
Paris, Musée du Louvre
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Le Louvre conserve déjà un Adam et Ève, qui copie aussi Masaccio dans la chapelle Brancacci, mais il s’agit d’une sanguine (ill. 3). En revanche, la Staatliche Graphische Sammlung de Munich possède une étude d’après le Saint Pierre du paiement du tribut (ill. 4), réalisée dans la même technique que le dessin réapparu : plume et encre brune, tandis que l’Albertina conserve un dessin double face (ill. 5 et 6) qui peut également s’inspirer d’une autre fresque, aujourd’hui disparue, de Masaccio, même si cela a été contesté. Quoi qu’il en soit, ces dessins de Munich et de Vienne, et la fresque de Masaccio donnent une bonne idée de ce à quoi peut ressembler la feuille nouvellement réapparue, intitulée par l’arrêté Un jeune homme nu entouré de deux autres figures et que l’avis de la commission décrit ainsi : « reprise d’une figure de jeune homme nu transi ». Cela semble donc correspondre à la figure de l’ill. 2 que Michel-Ange a « entouré de personnages de son propre cru ».


5. Michelangelo Buonarroti,
dit Michel-Ange (1475-1564)
d’après Masaccio (1401-vers 1428)
Étude de trois hommes
Plume, encre brune
Vienne, Albertina
Photo : Albertina
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6. Michelangelo Buonarroti,
dit Michel-Ange (1475-1564)
d’après Masaccio (1401-vers 1428)
Étude d’homme agenouillé
Plume, encre brune
Vienne, Albertina
Photo : Albertina
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Nous reprenons ici la description donnée par la commission, qui souligne le bon état de conservation (ce qui n’est pas le cas de celle de Munich) : « ce dessin à la facture caractéristique et d’une grande qualité d’exécution, appartient à un petit groupe d’œuvres de jeunesse dessinées à Florence vers 1488-1490 par l’artiste, qui s’attachait dans cette période à reprendre des œuvres complexes des plus célèbres de ses prédécesseurs florentins, Giotto et Masaccio, en sélectionnant dans leurs œuvres des figures significatives ; […] cette reprise d’une figure de jeune homme nu transi, particulièrement louée par les commentateurs anciens, tels que l’Anonimo Magliabechiano entre 1537 et 1547 et Giorgio Vasari en 1550 et 1568, d’une fresque de Masaccio peinte vers 1425, est peut-être l’une des toutes premières étude d’homme nu de Michel-Ange, en tous les cas, la plus ancienne connue à ce jour ; […] il s’agit d’un témoignage de première main sur ce décor célèbre et sur la pratique assidue, rapportée par Vasari, de relevés exécutés par Michel-Ange à partir d’œuvres de Masaccio, dont seuls quatre dessins, sur trois feuilles conservées à Munich, à Vienne et à Paris, sont connus ; que les modifications du modèle d’origine, marquées par l’emploi d’une encre plus sombre, ont été apportées dans un second temps, par-dessus un dessin initial tracé avec une encre plus claire, par Michel-Ange, qui a aussi entouré de personnages de son propre cru le motif emprunté aux fresques du Carmine ; […] ce rare dessin, récemment redécouvert, en bon état de conservation, du tout début de la carrière de Michel-Ange, […] traduit le souci de cet artiste majeur et incomparable de la Renaissance italienne d’intégrer à son style l’art de ses grands aînés tout en innovant de manière magistrale ».


7. Michelangelo Buonarroti,
dit Michel-Ange (1475-1564)
Deux études d’un homme nu pris dans un mouvement ascendant
Pierre noire - 14,5 x 5,3 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : RMN-GP/A. Didierjean
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8. Michelangelo Buonarroti,
dit Michel-Ange (1475-1564)
Esquisses d’homme nu et fragment d’étude de tête d’homme
Pierre noire, sanguine - 14,5 x 5,3 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : RMN-GP/A. Didierjean
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Rappelons que le Louvre avait acquis en 2011 un dessin double-face de Michel-Ange qui avait été classé trésor national en 2008. Curieusement, il ne semble pas que nous en ayons parlé à l’époque, même s’il ne s’agit pas d’une œuvre inoubliable malgré son auteur. Nous en publions ici les photos (ill. 7 et 8).

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