Plusieurs expositions dans des galeries parisiennes

Didier Rykner

16/3/18 - Marché de l’art - Paris - L’actualité parisienne du marché de l’art au mois de mars est toujours florissante grâce au Salon du Dessin - il ouvrira mercredi prochain et nous reviendrons longuement dessus bien entendu - qui entraine depuis longtemps dans son sillage un nombre considérable d’événements, expositions chez des marchands ou ventes aux enchères spécialisées. Les choses avaient commencé dès mardi et mercredi dernier avec l’inauguration de plusieurs expositions dans des galeries de la rive gauche et de la rive droite.


1. Pierre Letuaire (1798-1885)
Homme fumant la pipe
Aquarelle
Galerie Arnaud Charvet
Photo : Didier Rykner
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2. Pierre Letuaire (1798-1885)
Figure fantastique
Aquarelle
Galerie Arnaud Charvet
Photo : Didier Rykner
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C’est ainsi que du côté sud de la Seine deux expositions monographiques (mais hélas sans catalogues) sont présentées. L’une est consacrée à un artiste méconnu originaire de Toulon, Pierre Letuaire, que l’on a surnommé le « Daumier toulonnais ». Un très grand nombre de dessins, souvent montés sur une même feuille, sont proposés par la galerie Arnaud Charvet. S’il évoque bien sûr son illustre confrère dans des caricatures très savoureuses, l’artiste a également une veine à la Grandville, de cinq ans son cadet, mais aussi - de nombreux dessins montrés ici en témoignent - un vrai talent de peintre de marines, dont certaines à l’aquarelle sont de très petite taille, ce qui en fait de véritables miniatures. Notons qu’un fonds Letuaire très important est conservé au Musée du Vieux Toulon.


3. Philippe Albin de Buncey (1905-1978)
Hibou grand-duc
Fusain - 32 x 22 cm
Galerie Vincent Lécuyer
Photo : Galerie Vincent Lécuyer
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4. Philippe Albin de Buncey (1905-1978)
Aigle
Fusain - 34 x 50 cm
Galerie Vincent Lécuyer
Photo : Galerie Vincent Lécuyer
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L’autre artiste est montré par la galerie Vincent Lécuyer. Il s’agit d’un sculpteur Art déco, proche de Paul Jouve et comme lui animalier. Son trait est remarquable et ses dessins ne sont guère moins beaux que ceux de Jouve. Ces feuilles, qui proviennent des héritiers de l’artiste, sont comme celles de Letuaire citées plus haut dans une gamme de prix très raisonnable qui permet même à de jeunes collectionneurs d’acquérir de vraies œuvres d’art.


5. Ernst Breitenstein (1857-1929)
Au Paradis, 1896
Encre, aquarelle, rehauts de gouache - 121 x 77 cm
Galerie Chaptal
Photo : Galerie Chaptal
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Autre lieu, autre rive, la rue Chaptal présente dans plusieurs galeries un ensemble de dessins également très remarquable. On notera, dans la galerie Chaptal, une sélection parmi laquelle nous retiendrons deux œuvres. La première est une belle sanguine avec rehauts de blanc par un sculpteur romantique fort peu connu, Germain Demay. Comme d’autres dessins aujourd’hui en collections particulières, il faisait partie d’un fonds découvert il y a au moins vingt-cinq ans par le galeriste Patrick Roger. Demay eut une production très réduite puisque sa carrière, commencée en 1839 aux côtés de Barye, s’interrompit en 1848 quand il abandonna le métier de sculpteur, faute de commandes, pour embrasser celui de mouleur aux Archives nationales. Il devint un très grand spécialiste des sceaux et fut notamment à l’origine de la collection d’empreintes de sceaux que conserve cette institution (pour en savoir davantage, on peut lire cet article [1]. La seconde est une grande feuille d’un artiste symboliste suisse, Ernst Breitenstein, représentant une femme en costume de deuil priant à l’église, faisant penser dans sa pose assise et de profil à la Mère de l’artiste de Whistler.


6. Germain Demay (1819-1886)
Études de figures et draperie, vers 1840
Sanguine, mine graphite et rehauts de craie blanche - 20 x 46 cm
Galerie Chaptal
Photo : Galerie Chaptal
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7. André Devambez (1867-1944)
Procession au crépuscule
Pastel sur toile - 110 x 160 cm
Galerie Johann Naldi
Photo : Galerie Johann Naldi
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Traversons encore non pas la Seine mais la rue Chaptal pour nous rendre galerie Johann Naldi qui publie un catalogue où l’on remarquera plusieurs œuvres intéressantes (dont trois dessins d’aliénés par Ambroise Tardieu) parmi lesquelles on retiendra notamment un superbe pastel d’André Devambez représentant une Procession au crépuscule, œuvre aux échos symbolistes qui témoigne d’une des nombreuses facettes d’un artiste aussi varié que talentueux.


8. Henri Robecchi (1827-1889)
L’Écroulement de la planète Altor, vers 1882
Aquarelle et gouache - 40 x 60 cm
Galerie La Nouvelle Athènes
Photo : Galerie La Nouvelle Athènes
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9. Ferdinand Grémailly (1849-1907)
La statue de Napoléon en haut
de la colonne Vendôme
, 1892
Aquarelle et gouache - 80 x 39 cm
Galerie La Nouvelle Athènes
Photo : Galerie La Nouvelle Athènes
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Nous terminerons ce parcours dans la galerie La Nouvelle Athènes qui présente une nouvelle fois une superbe sélection de nouveautés, accompagnée comme il se doit d’un catalogue. Nous pourrions reproduire beaucoup d’œuvres mais nous en choisirons deux, fort dissemblables. La première est une fascinante aquarelle par Henri Robecchi. Celui-ci, décorateur de théâtre, peint ici le décor de l’effondrement de la planète Altor, troisième tableau de l’acte III de la pièce Voyage à travers l’impossible d’Adolphe d’Ennery et Jules Verne joué en 1882 au théâtre Saint-Martin. Dans cette représentation du Sublime, l’artiste témoigne d’un romantisme tardif proche d’Eugène Isabey et particulièrement d’une aquarelle qu’avait exposée La Nouvelle Athènes l’année dernière. La deuxième œuvre que nous reproduisons ici est en cours d’acquisition par un musée français (nous ne pouvons en dire plus, car la procédure n’est pas terminée, si ce n’est qu’il s’agit du même musée qui a fait emplette également à la Tefaf d’un buste de Joseph Bonaparte en marbre par Lorenzo Bartolini… Nous y reviendrons bientôt). Il s’agit d’une vue de la statue de Napoléon en haut de la colonne Vendôme se détachant comme une ombre chinoise, à la façon des silhouettes utilisées au théâtre du Chat-Noir. Son auteur est un architecte, Ferdinand Grémailly, dont on connaît une autre œuvre sur un sujet proche représentant une statue équestre de l’Empereur.

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