Philippe Bélaval chargé d’une mission sur la réorganisation de la direction générale des patrimoines

Philippe Bélaval
Photo : Didier Rykner
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Nous avions annoncé, il y a déjà plusieurs mois, le départ prochain de Vincent Berjot, le directeur général des Patrimoines (DGPat). Alors que le chef des Archives, la directrice du service des Musées de France et la présidente de la RMN-GP [1], quittaient leur fonction, nous avions écrit un éditorial où nous appelions le chef de l’État à tirer parti de tous postes vacants et à profiter de la fenêtre de tir qui s’offrait à lui.

Emmanuel Macron a donc décidé de prendre le temps de la réflexion en confiant (via une lettre de mission signée par la ministre de la Culture, mais il s’agit bien d’une décision de l’Élysée) à Philippe Bélaval, le président du Centre des Monuments Nationaux qui vient juste d’être renommé à ce poste, un rapport sur la réorganisation complète de la direction générale des patrimoines.

C’est une espèce de comédie de Boulevard qui s’est déroulée depuis plusieurs mois au ministère de la Culture. Alors que la ministre avait dans un premier temps proposé en vain trois noms (dont deux énarques) à Emmanuel Macron, celle-ci se désespérait ces dernières semaines de trouver la bonne personne pour ce poste de DGPat et multipliait les consultations. L’état de décomposition avancée de cette direction du ministère incitait beaucoup de candidats potentiels à renoncer, tandis que d’autres, scientifiques excellents et/ou défenseurs du patrimoine étaient pressentis sans que cela se concrétise. Il y a quelques jours, nous avions appris que le Président de la République avait finalement décidé de ne pas nommer pour l’instant de DGPat et de confier une mission à Philippe Bélaval pour remettre à plat l’organisation et les missions de celle-ci.

2. Lettre de mission à Philippe Bélaval

La lettre de mission (ill. 2), qui vient donc directement d’Emmanuel Macron, commence par expliquer que le patrimoine « fait partie du cœur politique de la Nation » et précise qu’il « constitue une ressource précieuse pour des territoires qui, parfois, n’en ont pas d’autre. » Elle propose ensuite une définition du rôle de l’État dans ce domaine en soulignant la diversité des acteurs qui opèrent dans ce domaine (notamment des ministères différents). Elle précise aussi - ce qui nous apparaît depuis longtemps comme une évidence - que « patrimoine naturel, patrimoine culturel et patrimoine immatériel » sont liés entre eux.

Après avoir résumé les changements importants qui ont eu lieu ces dernières années (depuis la création de la DGPat), dans la politique patrimoniale, notamment la création des grandes régions et le rôle de plus en plus important des collectivités territoriales, la lettre de mission demande donc à Philippe Bélaval d’évaluer « les missions, l’organisation et le fonctionnement des services centraux du ministère » mais aussi « les services extérieurs et les nombreux opérateurs du secteur ». Il devra « interroger » « le périmètre de la direction […] et de chacun des services qui la composent ». L’articulation entre ces différents services et les opérateurs (RMN-GP, CMN, OPPIC, INRAP, etc.) devra également être examinée.

L’objectif de cette mission est donc de proposer une réorganisation de la direction générale des patrimoines qui pourrait d’ailleurs déboucher sur la suppression de ce poste que Philippe Bélaval connaît bien puisqu’il a été le premier à l’occuper avant l’arrivée de Vincent Berjot. Elle devra aussi « déboucher sur la remise au Gouvernement d’un certain nombre de propositions relatives à l’organisation de l’État dans le domaine patrimonial ».

La conclusion est savoureuse, quand on sait qu’elle est signée par une ministre qui ne maîtrise absolument rien dans son ministère, et le domaine du patrimoine encore moins que les autres : « Afin de donner les plus grandes chances de réussite à la mise en œuvre des propositions susceptibles de résulter de votre mission, j’ai décidé de différer les recrutements à effectuer sur les postes actuellement vacants dans les services patrimoniaux du ministère de la Culture ».
Bien entendu, Françoise Nyssen n’a rien décidé du tout et ne fait que transmettre les instructions du Président de la République à Philippe Bélaval. On apprend enfin qu’un directeur général des patrimoines par intérim sera nommé, sur lequel il pourra s’appuyer.

Inutile de dire que nous suivrons de près tous ces travaux dont nous espérons qu’ils déboucheront sur une organisation et des missions clairement définies qui permettront enfin au ministère de la Culture d’accomplir son devoir dans le domaine des monuments historiques et des musées. Il est temps de refermer définitivement la trop longue parenthèse Vincent Berjot.

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