Notre-Dame victime des caprices du président

Didier Rykner 4 4 commentaires

« Beaucoup se sont inquiétés de ma décision d’effectuer ces travaux en cinq ans. Cette décision n’a reposé sur aucune analyse détaillée et forme d’expertise, et je l’assume totalement. »

Il faut lire et relire cette phrase. Et réaliser que c’est le président de la République française qui l’a prononcée.

Emmanuel Macron, qui ne connaît rien, mais absolument rien à un sujet (la restauration d’un monument historique), assume donc une décision qu’il reconnaît précipitée et contraire aux avis de tous les spécialistes qu’il avoue ne pas avoir consultés. Lorsque nous avons choisi de renoncer aux poissons d’avril, la réalité se chargeant de nous en proposer au moins un quotidiennement, nous ne pensions tout de même pas que nous pourrions entendre cela un jour. Sur Twitter, quand nous avons relayé le site belge Sud Info qui reprenait la dépêche de l’AFP rapportant ces propos, quelqu’un nous a répondu qu’il s’agissait d’un site satirique, confondant Sud Info avec Nordpresse ! Car comment penser à autre chose qu’à une blague ?

Ceux qui nous ont expliqué, depuis le discours du 16 avril sur Notre-Dame, qu’il fallait voir ces cinq ans comme un objectif, pas comme un délai impératif, alors que nous affirmions le contraire, se trompaient bien sûr complètement. Il faut ne rien comprendre à la psychologie très inquiétante du chef de l’État pour penser qu’il ne voulait pas dire ce qu’il avait pourtant dit.
Si l’on aurait pu, à la limite, comprendre qu’il se soit exprimé sous le coup de l’émotion, ce qu’il vient de réaffirmer il y a deux jours devant une assemblée d’architectes démontre que, bien au contraire, il persiste et signe dans son obsession.

Ce que dit Emmanuel Macron relève de la psychologie. De la psychologie d’un homme adulte qui se comporte comme un enfant capricieux s’imaginant que ses paroles sont magiques et que les faits vont se plier à sa volonté. 1170 spécialistes, ceux qu’il assume ne pas avoir consultés, auront donc beau signer un texte lui demandant de renoncer à son projet, il est évident qu’il se moque comme une guigne de leur avis. Que, d’une manière unanime, tous les politiques autres que les godillots de La République En Marche s’opposent à lui ne fait que le renforcer dans son idée fixe. Plus grave encore, que la loi française, les pratiques internationales et les engagements de la France (l’inscription au patrimoine mondial) disent exactement le contraire de ce qu’il prétend imposer ne lui fait ni chaud ni froid. Il a décidé, sans prendre l’avis de personne. Il faut donc lui obéir.
Mais nous avons beau avoir scruté attentivement la Constitution qui définit le rôle du président de la République française, nous n’y avons pas vu trace d’une quelconque légitimité à se proclamer architecte des monuments historiques.

Le seul espoir que l’on puisse former pour l’instant est que, d’ici quelques mois, d’autres sujets nécessitent son attention, le faisant passer à autre chose, comme tous les enfants capricieux, et oublier ses engagements imprudents. Rappelons qu’en novembre 2018, de manière tout aussi inconsidérée, il avait, au lendemain de la remise du rapport Savoy-Sarr, annoncé une ensemble de décisions précipitées, comme la réunion « au premier trimestre 2019 » des pays africains et européens « pour définir le cadre d’une "politique d’échanges" » (réunion qui n’a jamais eu lieu) ou illégales comme la « restitution "sans tarder" de 26 œuvres au Bénin », une restitution qui, elle non plus, n’a pas été menée à bien, et dont on espère qu’elle ne le sera jamais (d’autant que le Bénin est aujourd’hui plongé dans une grave crise). Parfois, arrêter de respirer pour faire plier ses contradicteurs ne suffit pas.

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