Non à la défiguration du Mémorial des martyrs de la Déportation

Tribune de Philippe Pingusson, représentant du droit moral de Georges-Henri Pingusson.

Le mémorial des Martyrs de la Déportation de Georges-Henri Pingusson
Photo : Wikimedia (domaine public)

Mon attention a récemment été attirée sur les transformations envisagées par la Ville de Paris dans le cadre du réaménagement des abords de Notre-Dame, et plus particulièrement sur celles qui affecteraient le parcours architectural et commémoratif conduisant au Mémorial des martyrs de la Déportation à la pointe orientale de l’Ile de la Cité.
J’ai parcouru de nouveau ce monument en compagnie de M. Didier Rykner et de M. Baptiste Gianeselli. Cette visite est poignante. Elle fait comprendre et ressentir, à chaque pas, que la mémoire des souffrances vécues par les déportés est présente bien avant que l’on pénètre dans le bâtiment. On ressort profondément bouleversé de cette expérience.

C’était la volonté de mon grand-oncle, Georges-Henri Pingusson. Comme il l’avait décrit dans son projet et comme il l’a mis en œuvre, la visite commence dès le franchissement des grilles qu’il avait lui-même dessinées. Le visiteur entre alors dans un cheminement de recueillement, de silence et d’attente, pour l’aider à comprendre la barbarie dénoncée par ce monument.

Ce temps est indispensable à la compréhension de la signification et de la douleur du lieu. Tronquer ce parcours, de quelque manière que ce soit, n’est pas un détail : c’est porter atteinte à l’œuvre dans sa globalité et à la force de transmission mémorielle voulue par son architecte.

En ma qualité d’ayant droit de Georges-Henri Pingusson, j’aurais dû, à tout le moins, être informé en amont de transformations aussi importantes de son œuvre. Je regrette profondément de ne pas l’avoir été. Étant moi-même architecte, j’aurais également pu apporter un regard éclairé sur ce projet.
Les héritiers de Georges-Henri Pingusson, en leur qualité d’ayants droits et de défenseurs de son droit moral s’opposent à cette défiguration de l’œuvre. Ils entendent porter cette affaire sur la scène publique et, si nécessaire, engager les démarches juridiques appropriées.

C’est d’abord un devoir envers les déportés auxquels ce lieu rend hommage, envers leurs familles et envers la mémoire de ce qu’ils ont subis, que nous avons la responsabilité de transmettre intacte aux générations futures. C’est aussi un devoir envers notre aïeul qui a conçu chaque étape de ce parcours comme une partie indissociable du mémorial.
C’est, enfin, un devoir envers les architectes et étudiants en architecture qui étudient l’ampleur de son œuvre d’une singulière modernité, et envers toutes les Maisons de l’Architecture et la Cité de l’architecture qui l’exposent en permanence sur le territoire national, et envers les chercheurs européens et internationaux qui nous font part régulièrement de leurs publications.

Le mémorial des Martyrs de la Déportation est une œuvre qui commence dès les grilles, à leur emplacement actuel. Le monument, son jardin et le cheminement qui y conduit forment un ensemble architectural et mémoriel indissociable, qui doit être respecté comme tel.

Philippe Pingusson
Architecte et représentant du droit moral de Georges-Henri Pingusson.

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