Mécénat : la concurrence déloyale de l’État

Voir l´image dans sa page

Le château de Versailles vient de lancer une nouvelle souscription publique pour la restauration de la chapelle royale, et plus précisément des sculptures : « Une nouvelle campagne de mécénat est ouverte pour permettre au grand public - particuliers ou petites et moyennes entreprises - de participer au dernier grand chantier de Louis XIV en adoptant les statues de la Chapelle royale. » comme on le lit sur le site du château.

De plus en plus de monuments nationaux organisent ainsi des appels aux particuliers ou aux entreprises pour qu’ils participent, avec déductions fiscales à la clé, à des restaurations qui sont, de fait, de la responsabilité de l’État. Car c’est bien à lui que devraient revenir les travaux à mener sur le château de Versailles, ceux qui doivent être faits pour la restauration de l’escalier en Fer-à-Cheval de Fontainebleau, ou encore les travaux lourds qu’ont déjà engendrés et que vont encore nécessiter le Panthéon à Paris, géré par le CMN. Vouloir étendre le mécénat à des travaux très coûteux, qui bénéficient du prestige de monuments insignes, et qui consistent uniquement à entretenir le patrimoine national (et parfois, comme à Versailles, en allant bien au delà de simples restaurations) nous paraît extrêmement discutable.

Car on ne peut pas d’un côté diminuer les aides et les subventions distribuées aux monuments historiques désargentés et de l’autre leur faire une concurrence effrénée et en quelque sorte déloyale pour s’accaparer l’argent provenant du public. Quand certains propriétaires privés ou des petites communes cherchent, pour restaurer leur château ou leur église, à faire appel à la générosité publique, ils peinent à se faire connaître et sont forcément écrasés par la force de frappe des grands monuments nationaux qui bénéficient d’une visibilité bien supérieure.

Il y a là, littéralement, abus de position dominante, et parfois au détriment même de ces grands musées nationaux qui se font eux-mêmes de l’ombre. Ainsi, le chantier du Fer-à-Cheval à Fontainebleau fait forcément concurrence aux souscriptions que lance fort justement le musée napoléonien de Fontainebleau pour l’acquisition de céramiques de Sèvres (voir la brève du 30/8/16) ou pour celle d’un tableau de l’École de Fontainebleau (voir la brève du 29/5/18). Il est normal que, pour enrichir les collections - et là encore devant la baisse drastique des budgets du ministère de la Culture - les conservateurs qui veulent acheter des œuvres inatteignables avec leurs budgets se lancent ainsi dans la recherche de mécénat. Mais les grandes opérations de restauration, qui devraient être intégralement à la charge de l’État, viennent compromettre leurs efforts.

Le mécénat, qu’il soit pratiqué par les entreprises ou les particuliers, est une ressource précieuse mais pas inépuisable. Il devrait être réservé aux monuments historiques privés (souvent synonymes de privés de moyens), aux petites communes ou à l’acquisition par les musée d’œuvres qui dépassent leurs ressources, sachant que leurs capacités d’achat sont forcément limitées. La restauration et l’entretien des monuments nationaux sont au contraire une obligation de bon père de famille que l’État devrait assumer sans venir mendier auprès du public.

Vos commentaires

Afin de pouvoir débattre des article et lire les contributions des autres abonnés, vous devez vous abonner à La Tribune de l’Art. Les avantages et les conditions de cet abonnement, qui vous permettra par ailleurs de soutenir La Tribune de l’Art, sont décrits sur la page d’abonnement.

Si vous êtes déjà abonné, connectez-vous.