Martellini et Spalla : deux acquisitions pour Fontainebleau

1. Gaspero Martellini (1785-1857)
Elisa présidant à la distribution des prix
aux artistes en présence de Canova
,
vers 1809-1810
Huile sur toile - 35 x 48 cm
Fontainebleau, Musée Napoléon Ier
Photo : Musée Napoléon Ier
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2/7/18 - Acquisition - Fontainebleau, Musée Napoléon Ier - Un peintre, Gaspero Martellini, et un sculpteur Giacomo Spalla, permettent d’évoquer la manière dont les artistes italiens furent au service du pouvoir impérial français. Ils sont en effet les auteurs d’une huile et d’un marbre récemment entrés au musée Napoléon Ier de Fontainebleau.

Le Florentin Gaspero Martellini est surtout connu pour les fresques qu’il réalisa d’abord au Palais Pitti dans la salle d’Ulysse, puis dans la Tribune de Galilée et à la chapelle Spinelli à Santa Croce. Il se forma auprès de Pietro Benvenuti, à l’Académie des Beaux-Arts de Florence, obtenant un prix en 1808 pour un bozzetto en argile, puis en 1809 pour une peinture sur le thème d’ Etéocle s’apprêtant à combattre son frère Polynice.
C’est une esquisse témoignant de ses débuts qui a été donnée au musée par Colette Duglé par l’intermédiaire de Robert Gravereaux (ill. 1). Elle représente Elisa Bonaparte, grande duchesse de Toscane depuis 1809, dans son rôle de patronne des arts ; celle-ci remet un prix à un artiste qui n’est autre que Martellini lui-même. L’esquisse est préparatoire à une peinture achevée, de grandes dimensions, qui se trouve dans une collection particulière.
Assise sous le buste monumental de Napoléon, Elisa Bonaparte est entourée de sa fille Napoléone-Elisa et de son mari Felix Bacciochi. Elle désigne au peintre un homme debout, Canova, présenté comme le modèle à suivre. L’assemblée est composée de dames de la cour, de pages, et de personnalités de l’académie, notamment son président Giovanni degli Alessandri et le peintre Pietro Benvenuti reconnaissables dans la peinture achevée. On retrouve les mêmes personnages dans une peinturede Benvenuti justement, conservée à Versailles.
Benvenuti est en outre l’auteur d’un portrait d’Elisa et de sa fille conservé au Musée Napoléon Ier.

2. Giaccomo Spalla (1775-1834)
Buste de Jean-Baptiste Nompère de Champagny, duc de Cadore
Marbre - 73 cm
Fontainebleau, Musée Napoléon Ier
Photo : Musée Napoléon Ier
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L’autre œuvre entrée récemment dans les collections est un buste de Jean-Baptiste Nompère de Champagny, duc de Cadore, réalisé par Giacomo Spalla (ill. 2). Il a été préempté lors de la vente Osenat 1er juillet 2018 au cours de laquelle il a été adjugé 10 000 euros (hors frais). Sculpteur piémontais, formé à Rome auprès de Canova, Spalla bénéficia ds commandes de Napoléon désireux de faire appel aux artistes pour diffuser son pouvoir ; il fut nommé « sculpteur de Sa Majesté Impériale et Royale dans les départements au-delà des Alpes », conservateur du Musée impérial et directeur de l’Ecole de Sculpture de Turin. Le baron Jubé de la Pérelle, préfet de la Doire, fut son protecteur et le recommanda à Daru, déclarant « c’est Girardon que je recommande à Colbert ».

Les yeux blancs et le drapé font de ce portrait un buste à l’antique ; néanmoins le sculpteur ne cherche pas à idéaliser son modèle, au contraire, et n’oublie pas non plus son statut, ajoutant par dessus la tunique, le cordon de la Légion d’honneur. Cet officier de marine fut député de la noblesse aux États généraux de 1789 et secrétaire de l’Assemblée constituante en 1790. Après le 18 brumaire de l’an VIII, Jean-Baptiste Nompère de Champagny devint conseiller d’État, puis ambassadeur sous le Consulat. Il fut ensuite nommé ministre de l’Intérieur et ministre des Affaires étrangères sous le Premier Empire.

Comme le suggère Christophe Beyeler, il faut associer ce buste à la fonction d’ « intendant général des domaines de la Couronne » du duc de Cadore, qu’il endossa en septembre 1811, remplaçant alors le comte Daru nommé ministre secrétaire d’État. Dans une lettre du 20 juillet 1811 adressée par Spalla au baron Jubé, le sculpteur évoquant Daru, lui suggère : « vous pourriez saisir cette occasion pour faire sentir à Son Excellence que je vous ai exprimé plusieurs fois le désir d’aller modeler son buste à Paris [1] ». Il aurait finalement modelé le buste de son successeur, ce qui permet de dater l’oeuvre après le 9 septembre 1811.

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