Les ventes de janvier à New York

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26/1/20 - Marché de l’art - New York - Contrairement aux années précédentes, New York n’est pas frappé par une vague de froid ni par une tempête de neige, ce qui rend les visites aux galeries de dessins de la Master Week et aux ventes aux enchères chez Christie’s et Sotheby’s beaucoup plus agréables.


1. Pierre Brébiette (1598 ?-1642 ?)
Le Déluge
Plume et encre brune, lavis brun et rehauts de gouache blanche - 20,5 x 47 cm
Galerie Coatalem
Photo : Galerie Coatalem
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2. Luigi Sabatelli (1772-1850)
Satan en Enfer
Plume et encre brune - 34,2 x 43,7 cm
Stephen Ongpin Fine Art
Photo : Stephen Ongpin Fine Art
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Nous commencerons chez les marchands, sans souci d’exhaustivité car nous n’avons pas vu toutes les expositions. Nous avons cependant pu retenir au moins quatre très beaux dessins, dont l’un est un Pierre Brébiette (ill. 1), montré par Éric Coatalem qui expose chez Robert Simon. Cette représentation du Déluge n’est pas à la sanguine comme le sont beaucoup de feuilles de cet artiste, mais à l’encre, plume et lavis, et elle démontre qu’il est tout aussi à l’aise dans cette technique.
Le deuxième dessin, à la plume, est présenté par Stephen Ongpin et pour l’instant réservé par un musée (peut-être parlerons-nous bientôt de son acquisition). Il s’agit d’une scène du Paradis Perdu d’après Milton, montrant Satan en enfer (ill. 2).


3. Georges Seurat (1859-1891)
La pluie
Crayon Conté - 23,8 x 30,2 cm
W. M. Brady & Co.
Photo : W. M. Brady & Co.
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4. Isidore Pils (1813-1875)
La Réception de Napoléon III et Eugénie à Alger le 18 septembre 1860
Pierre noire, craie blanche, lavis brun rehauts de blanc - 63 x 96,5 cm
Galerie Aaaron
Photo : Didier Rykner
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Le troisième dessin, une feuille typique des dessins noirs de Georges Seurat, se trouve chez Mark Brady (ill. 3).
Enfin, la quatrième feuille est une grande étude d’Isidore Pils pour un tableau détruit dans l’incendie des Tuileries (ill. 4). Nous le reproduisons ici avec d’autant plus de plaisir qu’il serait, selon au moins deux conservateurs américains qui ont visité la galerie Aaron, impossible de le vendre aux États-Unis. Pensez-donc : il s’agit d’une représentation de la visite de Napoléon III et d’Eugénie en Algérie, et certains Algériens leurs rendent hommage en se prosternant devant eux. Honte donc, sur une scène montrant la colonisation. Car il ne s’agit plus seulement de condamner celle-ci mais bien d’éradiquer définitivement son existence. Qu’il s’agisse d’une page d’histoire n’a pas d’importance. Cela n’a jamais eu lieu parce que cela n’aurait jamais dû avoir lieu. Que l’Empereur ait libéré Abd-el-Kader dont il considérait que la France l’avait fort mal traité, ce qui lui valut une vraie reconnaissance du grand guerrier algérien, qu’il se soit montré plutôt enclin à y créer un royaume arabe dont il n’aurait été que le protecteur, même si cela n’aboutit finalement pas en raison des résistances des colons, tout cela ne compte pas. C’est une scène où des algériens se prosternent devant l’Empereur français, c’est donc mal, donc cela n’a jamais existé… Les États-Unis, pour le politiquement correct, sont toujours en avance sur les Français. Nul doute que bientôt ce genre de scène sera bannie des musées français comme elle semble l’être désormais des musées américains.


5. Andrea Mantegna (1431-1506)
Triomphe de César à Alexandrie
Plume et encre brune - 26,6 x 26,6 cm
Vente Sotheby’s New York, 29 janvier 2020
Photo : Sotheby’s
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6. Giuseppe Cesari, dit le Cavalier d’Arpin (1568-1640)
La Découverte de Romulus et Rémus
Sanguine - 32,7 x 45 cm
Vente Sotheby’s New York, 29 janvier 2020
Photo : Sotheby’s
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Chez Sotheby’s, on peut voir des dessins et des peintures. Parmi les premiers, on notera une feuille importante mais en mauvais état d’Andrea Mantegna pour le Triomphe d’Alexandre (ill. 5), ainsi qu’une superbe sanguine du Cavalier d’Arpin représentant La Découverte de Romulus et Rémus (ill. 6), une grande et rare étude préparatoire pour un décor que ce peintre exécuta pour la Salle des Horace et des Curiace au Palazzo dei Conservatori à Rome. On pourra aussi admirer trois aquarelles et gouaches de Jacques Barraband représentant des oiseaux, dont nous montrons ici celui qui nous semble le plus beau (ill. 7), ou encore une Vierge à l’enfant de Pinturicchio (ill. 8), le peintre de la libreria Piccolomini dans la cathédrale de Sienne.


7. Jacques Barraband (1767/8-1809)
Paradisier gorge d’acier
Aquarelle et gouache - 51,9 x 38 cm
Vente Sotheby’s New York, 29 janvier 2020
Photo : Sotheby’s
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8. Bernardino di Betto, dit Pinturicchio (1454-1513)
Vierge à l’enfant
Plume et encre brune - 21,4 x 14,7 cm
Vente Sotheby’s New York, 29 janvier 2020
Photo : Sotheby’s
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Les peintures permettent de découvrir un grand nombre de chefs-d’œuvre, plus que l’on ne pourra en reproduire ici. Nous citerons pêle-mêle un superbe Portrait d’homme par Pietro Paolini (ill. 9), un extraordinaire retable de Giovanni Battista Tiepolo (ill. 10), dont on ne connaît pas la destination d’origine, un panneau de Willem de Pooter (ill. 11) d’une qualité telle que l’œuvre n’est réellement pas très loin de Rembrandt ou encore un petit caprice de Francesco Guardi (ill. 12), un bijou présenté récemment à Paris dans une exposition au Musée Jacquemart-André (voir l’article) pourtant vendu par le Metropolitan Museum, ce qui nous paraît étonnant.


9. Pietro Paolini (1603-1681)
Portrait d’homme écrivant à la chandelle
Huile sur toile - 147,6 x 115,9 cm
Vente Sotheby’s New York, 29 janvier 2020
Photo : Sotheby’s
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10. Giovanni Battista Tiepolo (1696-1770)
Vierge du rosaire avec des anges, 1735
Huile sur toile - 246 x 156 cm
Vente Sotheby’s New York, 29 janvier 2020
Photo : Sotheby’s
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11. Willem de Poorter (1608-après 1648)
Le Christ et la femme adultère
Huile sur panneau - 71,3 x 55,3 cm
Vente Sotheby’s New York, 29 janvier 2020
Photo : Sotheby’s
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12. Francesco Guardi (1712-1793)
Caprice avec un campo vénitien
Huile sur toile - 31,4 x 27 cm
Vente Sotheby’s New York, 29 janvier 2020
Photo : Sotheby’s
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Parmi les tableaux les plus remarquables, on remarquera une Résurrection du Christ de Giovanni Battista Moroni (ill. 13), une représentation très rare de cette scène où l’on voit le Sauveur très haut dans le ciel, complètement entouré d’un nimbe, avec au fond une vue de Jérusalem et tout en bas des petites figures de nonnes qui donnent la mesure de l’élévation du Christ.
Autre rareté iconographique, un bain turc de femmes (ill. 14), soit le sujet traité par Ingres, mais peint presque un siècle avant celui d’Ingres, et sans doute une des premières peintures orientalistes, par Jean-Jacques Le Barbier dont le dessin fut utilisé pour une estampe d’un ouvrage intitulé Tableau général de l’Empire Othoman.


13. Giovanni Battista Moroni (vers 1520-1524–vers 1579-1580)
La Résurrection du Christ
Huile sur toile - 40,6 x 54 cm
Vente Sotheby’s New York, 29 janvier 2020
Photo : Sotheby’s
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14. Jean-Jacques-François Le Barbier (1738-1826)
Un bain turc de femme, ou hammam, 1785
Huile sur toile - 84,5 x 130 cm
Vente Sotheby’s New York, 29 janvier 2020
Photo : Sotheby’s
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On terminera la revue de cette vente d’excellente tenue par un tableau de Francesco Hayez, Rebecca au puits (ill. 15).


15. Francesco Hayez (1791-1882)
Rebecca au puits
Huile sur toile - 112 x 85 cm
Vente Sotheby’s New York, 29 janvier 2020
Photo : Sotheby’s
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Chez Christie’s, qui se contente désormais en janvier de vendre des dessins, réservant les peintures au mois d’avril, nous retiendrons deux feuilles parmi les plus belles de cette vacation. D’abord une sanguine de Giovanni Battista Tiepolo avec trois figures d’ânes, chacune préparatoire à un tableau différent (ill. 16). Il s’agit d’une des rares feuilles connues de l’artiste pendant son séjour espagnol. La seconde œuvre est une étude ossianesque de François Gérard pour une Mort de Malvina (ill. 17).


16. Giovanni Battista Tiepolo (1696-1770)
Trois études d’ânes
Sanguine - 31 x 47,6 cm
Vente Christie’s, 28 janvier 2020
Photo : Christie’s
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17. François Gérard (1696-1770)
La Mort de Malvina
Pierre noire, graphite, plume et encre brune, lavis brun, rehauts de blanc -
31 x 47,6 cm
Vente Christie’s, 28 janvier 2020
Photo : Christie’s
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On pourra également voir plusieurs feuilles italiennes provenant de la collection de Jean Bonna, dont une belle Assomption de la Vierge du génois Giovanni Battista Paggi (ill. 18). On reproduira également ici une feuille très amusante (bien que macabre) de Thomas Rowlandson représentant La mort regardant la vanité (ill. 19).


18. Giovanni Battista Paggi (1554-1627)
Trois études d’ânes
Craie noire, plume et encre brune, lavis - 34 x 23,2 cm
Vente Christie’s, 28 janvier 2020
Photo : Christie’s
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19. Thomas Rowlandson (1756-1827)
La mort regardant la vanité
Crayon, plume et encre brune, aquarelle - 30,5 x 25,4 cm
Vente Christie’s, 28 janvier 2020
Photo : Christie’s
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