L’édition 2020 de la BRAFA a ouvert ses portes

BRAFA Bruxelles, du 26 janvier au 2 février

1. Le Triomphe du Temps
Tournai, vers 1520
Laine 336 x 244 cm
De Wit Fine Tapestries Malines
Photo : Galerie De Wit
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Le Temps triomphe sur la Renommée. Il avance sur son char et brandit une horloge, muni de la palme de la victoire et couronné de lauriers. Au-dessus, les signes du zodiaque incarnent les mois de l’année. La Galerie De Wit (Malines) expose ce fragment de tapisserie probablement tissée à Tournai vers 1520, qui mélange des éléments du gothique et de la Renaissance (ill. 1). Le sujet est tiré de Pétrarque dont le poème I Trionfi décrit six triomphes, celui de l’Amour, celui de la Chasteté sur l’Amour, celui de la Mort sur la Chasteté, de la Renommée sur la Mort, du Temps sur la Renommée et enfin de l’Éternité sur le Temps. Le sujet inspira de nombreux artistes et fut interprété en peinture, en miniatures ou en tapisserie ; le Kunsthistorisches de Vienne notamment conserve une Série des Triomphes.

2. Sulpice Brizard (1733 - après 1798)
Fauteuil de bureau, vers 1790-1795
Noyer - 97 x 66 cm
Galerie Steinitz Paris
Photo : bbsg
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La foire de la Brafa semble elle aussi triompher sur le Temps. D’une édition à l’autre, on retrouve presque les mêmes marchands, placés aux mêmes endroits dans les allées de la foire. Le nombre n’a pas changé depuis l’année dernière : 133 exposants. La rotation des participants est faible, preuve de leur fidélité, mais les absents de cette édition, comme les nouveaux venus confirment l’importance grandissante de l’art contemporain et des arts premiers, tandis que l’archéologie maintient sa place. Et l’art ancien perd du terrain.
Ainsi, les galeries Sismann (Paris), spécialisée dans la sculpture, De Backker (Hogstrate ), dans l’art médiéval, et Mullany (Londres), dans la Haute Époque, ne sont pas revenues cette année. Parmi les six nouveaux exposants en 2020, trois proposent de l’art moderne et contemporain, de l’archéologie, des arts africains et hindo-bouddhistes. On compte malgré tout trois marchands de peintures, de sculptures et de mobilier du XVIIe au XIXe siècle : les Romains Paolo Antonacci et W. Apolloni, ainsi que Callisto Fine Arts venu de Londres.
Enfin parmi les onze galeries qui reviennent à la foire après quelques années d’absence, seuls De Jonckheere (Genève) , Douwes Fine Art (Amsterdam) et Bruil-Brandsma (Amsterdam) proposent de l’art ancien.

3. Vargueno, vers 1620
Noyer en partie dorée - 148 x 104 cm
Floris Van Wanroij Fine Art Dommelen
Photo : bbsg
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Participant fidèle, Benjamin Steinitz propose un stand spectaculaire, comme chaque année, sur lequel on trouve un siège estampillé Sulpice Brizard (ill. 2), comparable à une pièce de la Wallace Collection qui n’est pas attribuée. Ce menuisier devenu maître en 1762, plus connu pour ses sièges Transition et Louis XVI, est à la croisée des styles. Le dossier est richement sculpté d’un feuillage dans un ovale, les côtés ornés de rinceaux, des motifs que David Langeois rapproche des fauteuils de Mathieu Bauve conçus par l’architecte Charles de Wailly. Ce siège est en outre assez proche de ceux que réalisèrent Jacob Frères sous le Consulat, mais les accotoirs en têtes de lions sont moins stylisés, traités avec un certain réalisme.

Sur le stand de Floris van Wanroij, un vargueño retient l’attention (ill. 3). Ce cabinet espagnol doit son nom à la ville de Varga, près de Tolède, qui en fut le principal centre de fabrication aux XVIe et XVIIe siècles. Il s’ouvre par un abattant qui sert à l’écriture et comporte une série de petits tiroirs. Celui-ci comme d’autres est orné d’une coquille Saint-Jacques symbole du pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle. Il est comparable à celui que conserve le Victoria and Albert Museum.


4. Jean Claret,
Coffret, 1842
Placage d’ivoire, lapis lazuli et bronze ciselé et doré - 52 x 62 x 49 cm
Galerie Lemaire Bruxelles
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5. Le Mariage de la Vierge
Lombardie, vers 1806
Cire peinte - 53,3 x 40,6 cm
Chiale Fine Art Racconigi
Photo : Chiale Fine Art
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On trouve de stands en stand des cadeaux pour toutes les occasions, adaptés au prestige de leur destinataire. Laurence Lenne présente un magnifique coffre en placage d’ivoire, lapis lazuli et bronze qu’on avait pu voir dans l’exposition « Paris romantique » (voir l’article) (ill. 4). Étonnement, il est ici exposé sans son présentoir. Réalisé par Jean Claret, architecte et décorateur des Rothschild, il fut probablement offert pour la naissance d’Alfred de Rothschild en 1842.
La galerie Chiale avait déjà montré cette cire polychrome qui reprend le Mariage de la Vierge de Raphaël (ill. 5). Elle fut probablement offerte pour le mariage d’Eugène de Beauharnais avec Augusta-Amélie de Bavière en 1806. C’est d’ailleurs par l’intervention du vice-roi d’Italie que le tableau de Raphaël entra à la Pinacothèque de Brera à Milan. Proche des créations d’un Bonzanigo, le cadre de la cire donne des indices intéressants. Non seulement il est orné d’un aigle, ce qui renforce l’hypothèse du destinataire de l’œuvre, mais il est différent du cadre de la peinture attribué à Giocondo Albertolli. Celui-ci, qui fut réalisé peu avant l’entrée du tableau à la Pinacothèque, est décrit en 1809 et gravé en 1810, ce qui sous-entend que la cire fut réalisée avant.


Manufacture Dihl et Guérhard, vers 1805
Monture sur bronze de Pierre-Philippe Thomire
Paire de vases fuseau
Galerie Lemaire Bruxelles
Photo : bbsg
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Constantin Meunier ( 1831-1905)
Travailleurs dans l’aciérie
Petite tête de puddler, 1893
trois fontes au sable, bronze à patine noir, brune et
Tête de mineur , vers 1904, plâtre patiné
Alexis Bordes Paris
Photo : bbsg
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Sur le stand de la Galerie Lemaire une paire de vases fuseau en porcelaine imite merveilleusement la pierre dure (ill. 6). Réalisés à la manufacture de Dihl et Guerhard vers 1805, ils sont dotés l’un et l’autre d’une monture en bronze de Pierre Philippe Thomire, composée de têtes de satyres et de feuilles de palmier.

Alexis Bordes confronte Jules Dalou et Constantin Meunier, et avec eux deux visions du travailleur : un paysan relevant sa manche et un puddleur chargé d’affiner la fonte. Le premier est un projet pour un monument aux ouvriers qui ne fut jamais réalisé, mais dont le Petit Palais conserve des esquisses préparatoires, terres cuites et plâtres, ainsi qu’une grande version du Paysan. Meunier quant à lui conçut un Monument au travail qui fut achevé après sa mort. C’est dans la seconde partie de sa carrière qu’il s’attela à traduire le monde ouvrier de la Belgique industrielle, dans des peintures et surtout des sculptures. Avec des effets de patine variés, les trois petites têtes du puddleur, en haut relief, exhibent un visage hagard, en bas-relief, l’artiste décrit aussi le travail du mineur (ill. 7).


James Ensor (1860-1949)
Ballerines muées en marguerites, 1936
Huile sur toile,1936
Samuel Vanhoegaerden
Photo : Samuel Vanhoegaerden
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Philippe-Jacques van Bree (1786-1871)
Romaines à la fountaine, 1838
Huile sur carton - 100,7 x 129 cm
W. Apolloni Rome
Photo : W. Apolloni
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La Galerie Alexis Pentcheff expose des Nabis, et notamment un ensemble de dessins de Vuillard représentant la célèbre Misia, tandis que Samuel Vanhoegaerden consacre toute une exposition à James Ensor. Il a réussi à réunir une douzaine de tableaux et quelque vingt dessins de l’artiste, certains inédits. L’ensemble est complété par des photographies et des documents prêtés par les Archives Ensor, et accompagné d’un catalogue (ill. 8).
La peinture ancienne n’est pas la mieux représentée à la Brafa ; il y a malgré tout quelques belles œuvres, notamment un tableau de Van Bree de la galerie Apolloni (ill. 9). Peintre de l’histoire anecdotique, l’Anversois se rendit d’abord à Paris où il se forma auprès de Girodet, puis voyagea en Italie, Allemagne, en Angleterre, avant de rentrer en Belgique où il fut conservateur du musée de Bruxelles.

Pour finir, la Brafa propose la vente exceptionnelle de cinq segments du Mur de Berlin. Les enchères sont ouvertes toute la durée de la foire, l’évolution des prix est affichée dans l’entrée. Le produit de la vente sera versé à des associations. Avec ces murs ornés de graffitis et transformés en œuvres d’art, la Renommée triomphe un peu de la mort.

Informations pratiques : Tour & Taxis, Avenue du Port 88, 1000 Bruxelles. Ouvert les 28 et 29 janvier 11h00 - 19h00, 30 janvier 2020 11h00 - 22h00, 31 janvier au 2 février 11h00 - 19h00
Tarif : 25 € (réduit 10 €)

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