Les associations et les écologistes veulent une consultation locale sur les tours à Paris


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La tour Montparnasse dans
dans le paysage parisien
Photo : Steven Strehl
(GNU Free Documentation License)
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15/2/18 - Patrimoine - Paris - Cela pourrait passer pour une pétition de plus, mais c’est bien davantage. Le groupe EELV et de nombreuses associations de protection du patrimoine ont lancé une pétition sur internet afin de réunir suffisamment de signatures pour obtenir un référendum sur la construction de tours dans la capitale. La loi permet en effet aux citoyens d’une commune d’organiser une pétition demandant l’inscription d’un sujet à l’ordre du jour du conseil municipal. Dans le cas de Paris, le nombre de signatures à obtenir est de 5000. Si ce nombre est atteint (il faut que les pétitionnaires soient résidents parisiens et âgés de plus de 16 ans), la Maire de Paris a l’obligation d’en saisir le Conseil de Paris dans un délai de trois mois. Celui-ci vote alors pour ou contre le texte de la pétition. Dans le cas présent, celle-ci « demande à la Maire de Paris d’organiser une consultation locale pour que les Parisiennes et les Parisiens puissent dire si oui ou non, elles et ils acceptent la création de nouvelles tours à Paris ».

Chaque signature compte donc pour obtenir au moins l’inscription de cette question à l’ordre du jour du Conseil de Paris. Certes, il s’agit d’une consultation locale et non d’un référendum, ce qui signifie qu’il n’a valeur que d’avis (« après avoir pris connaissance du résultat, l’autorité compétente de la collectivité territoriale arrête sa décision sur l’affaire qui en a fait l’objet »). Il était impossible sur ce sujet de demander un référendum car cela ne peut concerner que des projets précis. Il s’agit ici de se prononcer contre un principe : la construction de tours à Paris.
Si la consultation n’est donc théoriquement pas contraignante, elle l’est dans les faits. On imagine difficilement la maire de Paris, qui se dit si attachée à la concertation et à la démocratie locale, aller contre la décision des Parisiens consultés à la demande du Conseil de Paris.

Rappelons qu’en 2006, lors de l’enquête du PLU, le maire de Paris - c’était alors Bertrand Delanoë - avait demandé aux Parisiens s’ils souhaitaient ou non des tours à Paris. Le résultat avait été éloquent puisque 63% avaient répondu qu’ils y étaient opposés, ce qui n’avait pas empêcher la Ville de passer outre l’avis des citoyens qu’elle avait elle-même sollicités (voir notre tribune publiée dans Le Monde). Mais il s’agissait alors d’un sondage qui n’était pas obligatoire et ne répondait ) aucun texte de loi. Le cas, cette fois ci, est bien différent.

Nous nous sommes toujours battu contre les tours. Celles-ci, même lorsqu’elles sont esthétiquement réussies, ce qui n’est hélas pas la majorité des cas, sont par nature visibles de loin et défigurent les villes historiques. Contrairement à ce qui est parfois affirmé, les tours ne sont pas écologiques, bien au contraire. Elles ne permettent pas non plus de densifier la ville comme un texte très clair l’explique sur le site de la pétition. Paris est déjà une ville très dense, plus dense que la plupart des mégalopoles d’Asie du sud-est qui sont souvent prises comme exemples pour leur densité. Les tours ne sont pas modernes puisqu’elles sont nées aux États-Unis à la fin du XIXe siècle. Les tours ne présentent que des désagréments, sauf pour ceux qui les construisent ; le vrai problème est là : il y a beaucoup d’argent à gagner dans la construction de tours, contre la population, contre le patrimoine, et contre l’écologie.

Nous incitons bien sûr tous nos lecteurs parisiens à signer cette pétition qui, pour une fois, aura certainement un résultat concret. Nous ne voulons pas que toutes les villes se ressemblent dans ce qu’elles peuvent avoir de pire.


Didier Rykner, jeudi 15 février 2018





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