Une collection de peinture danoise mise en vente chez Artcurial

Bénédicte Bonnet Saint-Georges

15/4/19 - Marché de l’Art - Accumulées par un amateur français, quelque 300 peintures danoises, essentiellement du XIXe siècle, seront mises en vente par Artcurial à Paris demain et après-demain, 16 et 17 avril. Une partie de cette collection avait été exposée à la Piscine de Roubaix en 2013-2014 (voir l’article). Les 72 lots les plus importants seront offerts aux enchères le 16 avril après-midi, les 232 autres le 17 avril. La plupart des estimations varient entre 2000 et 4000 euros.


1. Christoffer Wilhelm
Eckersberg (1783 - 1853)
Christian VIII à bord de son bateau à vapeur "Ægir" regardant les manœuvres des navires de guerre du 2 mai 1843
Huile sur toile - 18,50 x 26 cm
Collection particulière
Photo : Artcurial
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2. Christoffer Wilhelm
Eckersberg (1783 - 1853)
Procession de moines dans un cloître, sans doute le monastère de la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs à Rome
Huile sur toile - 44,50 x 55 cm
Collection particulière
Photo : Artcurial
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Marqué par la quête d’une identité nationale, l’âge d’or danois désigne la première moitié du XIXe siècle et s’étend officiellement de 1818 à 1844. En 1818, Christoffer Wilhelm Eckersberg, celui que l’on surnomme « le père de la peinture danoise » entra à l’Académie de Copenhague. En 1844 mourut Berthel Thorvaldsen. Dans la collection, le célèbre sculpteur apparaît sur une toile anonyme, marchant dans le jardin du château de Charlottenborg, siège de l’Académie royale des Beaux-Arts dont il fut le directeur entre 1833 et 1844. Eckersberg, à qui la Fondation Custodia a récemment consacré une exposition (voir l’article), est quant à lui l’auteur de deux œuvres, parmi les plus chères de l’ensemble.
La première est une étude pour le tableau conservé au Statens Museum for Kunst à Copenhague qui représente Christian VIII à bord de son bateau à vapeur « Aegir » regardant les manœuvres des navires de guerre du 2 mai 1843 (10 000-15 000 €). La deuxième est une Procession de moines dans un cloître, sans doute le monastère de la basilique Saint-Paul-hors-les-murs, à Rome, où le peintre séjourna entre 1813 et 1816 (25 000-35 000 €) (ill. 1 et 2).

3. Wilhelm Bendz (1804-1832)
Portrait de la comtesse Sophia Vilhelmine Moltke née Levetzau, 1831
Huile sur zinc - 16,50 x 13,50 cm
Collection particulière
Photo : Artcurial
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Lorsqu’il étudia à l’Académie, Eckersberg fut l’élève de Nicolai Abildgaard, grande figure du XVIIIe danois, dont deux peintures d’histoire sont à vendre, témoins de son séjour à Rome entre 1772 et 1777 : L’Amour et Psyché (4000 - 5000 €) , et un Exemplum virtutis (2000 - 3000 €).
Les peintres de l’âge d’or privilégièrent davantage la mythologie nordique : Lorenz Frolich par exemple mit en scène Le roi Svafur Lami qui force les nains Durin et Dvalin à lui promettre l’épée Tirfing (8 000 - 10 000 €). D’autres célébrèrent l’âme du peuple en décrivant le quotidien des paysans et des pécheurs. Jens Peter Møller représente ainsi une Maison de pêcheurs, Ernst Meyer, une vue de ferme , Andreas Hunaeus Une jeune paysanne en bord de mer.

Parmi les nombreux portraits de la collection, ceux de Constantin Hansen et de Gustav Theodor Wegener retiennent l’attention, mais aussi un rare tableau de Wilhelm Bendz, jeune artiste mort à 28 ans : le portrait de la comtesse Sophia Vilhelmine Moltke née Levetzau à la coiffure extravagante (7 000-9 000 €) (ill. 3).

Les marines font partie des peintures les plus séduisantes, peintes par Carl Frederik Sørensen, Anton et Vilhelm Melbye, Christian Blache et beaucoup d’autres. Rasmussen traduit le froid bleuté du Groenland sur un tout petit format (ill. 4). Carl Bloch saisit un effet de lune sur la mer à Helleboeck. Il se mit assez tardivement à la peinture de paysages ; représentant d’abord des familles de pêcheurs et de paysans, puis des peintures d’histoires.
Les artistes danois voyagèrent, surtout au cours de la seconde moitié du XIXe siècle et posèrent leur chevalet paysages Suède, en Norvège, en Allemagne ou encore en Italie. Janus La Cour peint les Oliviers de Tivoli, Holger Drachmann choisit une vue de l’Ile de Maïre près de Marseilles tandis que Christian Blache traduit la baie de Naples dans des tons irisés qui rappellent ceux des paysages nordiques.


4. Jens Erik Carl Rasmussen (1841 - 1893)
Vue du Groenland
Huile sur toile marouflée sur carton - 11 x 33,50 cm
Collection particulière
Photo : Artcurial
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Plusieurs communautés d’artistes de la fin du XIXe siècle sont également évoquées. Parmi ceux qui se réunirent à Skagen pour peindre en plein air et se tourner vers le naturalisme et l’impressionnisme, on compte Karl Locher et Karl Madsen,
Kristian Zahrtmann s’éloigna lui aussi de la peinture académique et des préceptes de l’âge d’or danois pour une peinture aux couleurs vives, marquant toute une génération d’artistes du début du XXe siècle. Il créa une colonie d’artistes en Italie dans le village de Civita d’Antino en 1883.


5. Vilhelm Hammershøi (1864-1916)
Coucher de soleil à Holte (Solnedgang Holte)
Huile sur toile - 18 x 25,50 cm
Collection particulière
Photo : Artcurial
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6. Peter Ilsted (1861 -1933)
Vue d’intérieur à Liselund
Huile sur toile - 39 x 29 cm
Collection particulière
Photo : Artcurial
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Autre Danois incontournable : Vilhelm Hammershøi (ill. 5). On ne verra pas l’un de ses fameux intérieurs silencieux, mais un paysage, Coucher de Soleil à Holte (25 000-35 000 €). L’exposition qui lui est actuellement consacrée au Musée Jacquemart-André aborde cet aspect moins connu de son oeuvre. Finissons avec un petit tableau digne d’Hammershøi, mais peint par son son beau-frère Peter Ilsted, une séduisante Vue d’intérieur à Liselund, réduite à quelques lignes, celles des boiseries, de la table, et de la chaises coupées par le cadre produisant une composition presque abstraite (ill. 6).

Informations pratiques :
Artcurial, 7 Rond-Point des Champs Elysées, 75008 Paris.
Vente le 16 avril le 2019 à 18h (lot 1 à 71).
Vente le 17 avril 2019 14 h (lot 72 à 304).

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