Contenu abonnés

Le modèle noir, de Géricault à Matisse

Paris, Musée d’Orsay, du 26 mars au 21 juillet 2019

Pointe-à-Pitre, Mémorial ACTe, du 13 septembre au 29 décembre 2019

1. Marie-Guillemine Benoist (1768-1826)
Portrait de Madeleine, 1800
Huile sur toile - 81 x 65 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : RMN-GP/ Louvre / Gérard Blot
Voir l´image dans sa page

On marche sur des œufs. L’exposition s’ouvre sur un avertissement : certains mots peuvent heurter la sensibilité du public.

« Les titres d’œuvres sont l’héritage d’une histoire. Nombreux sont les titres anciens qui reflètent des marqueurs raciaux datés, tels que "Nègre", "mulâtre", "câpresse", courants au XIXe et au début du XXe siècle, mais ne pouvant être d’usage de nos jours ».

Dans la mesure où ces titres font malgré tout partie de l’histoire des œuvres, ils ne pouvaient pas être supprimés ; les commissaires ont trouvé une solution satisfaisante en choisissant de les écrire en plus petit sur les cartels, en-dessous d’un nouveau titre plus visible. Ainsi le Portrait d’une Négresse de Marie-Guillemine Benoist, un temps appelé Portrait de femme noire, est devenu, après quelques recherches, Portrait de Madeleine (ill. 1) ; Joseph le Nègre, peint par Adolphe Brune, Théodore Géricault, et beaucoup d’autres, est désormais Joseph (ill. 2).
Autre critique adressée à ces titres : « La plupart ne disent rien de l’identité des modèles ». Les commissaires ont donc entrepris des recherches afin de retrouver, à défaut de leur nom, le prénom de ces personnes anonymes - Madeleine, Aspasie, Laure, Maria...- et de reconstituer quelques bribes de leur existence. La manière de présenter Laure est d’ailleurs révélatrice du parti pris de l’exposition. Ce modèle, qui posa plusieurs fois pour Manet, joue le rôle de la servante noire de la célèbre Olympia. Il aurait suffi d’indiquer qu’elle appartenait à un milieu modeste d’ouvriers ou de commerçants, mais le cartel du tableau précise son adresse à Paris, l’étage où elle habitait (4e), le loyer qu’elle payait (200 francs). Sans points de comparaison, hors de tout contexte, ces informations n’ont pas de valeur sociologique, ce sont seulement des éléments biographiques dont le rôle est de donner vie à un individu. Rien n’est dit en revanche sur Victorine Meurent qui apparaît sur diverses toiles de Manet, et incarne Olympia. Or, si elle est connue des historiens, elle ne l’est pas forcément du public ; sans doute est-elle ici punie d’être au centre de l’attention.

2. Théodore Géricault
Étude d’après le modèle Joseph dit aussi Le Nègre Joseph, vers 1818-1819
Huile sur toile - 47 x 38,7 cm
Los Angeles, The J. Paul Getty Museum
Photo : The J. Paul Getty Museum
Voir l´image dans sa page

Car cette exposition a pour origine une thèse consacrée à ce fameux tableau, entreprise par l’Américaine Denise Murrell. Celle-ci s’est penchée sur le scandale qu’il suscita au Salon de 1865, s’étonnant que la servante noire reste invisible aussi bien dans les critiques de l’époque, que dans l’analyse de ces critiques. Le fait est que c’est le nu qui fit scandale, représenté sans idéalisation, donc obscène. En effet, si Olympia s’inscrit…

Pour avoir accès à ce contenu, vous devez vous abonner à La Tribune de l’Art. Les avantages et les conditions de cet abonnement, qui vous permettra par ailleurs de soutenir La Tribune de l’Art, sont décrits sur la page d’abonnement.

Si vous êtes déjà abonné, connectez-vous à l’aide de ce formulaire.

Vos commentaires

Afin de pouvoir débattre des article et lire les contributions des autres abonnés, vous devez vous abonner à La Tribune de l’Art. Les avantages et les conditions de cet abonnement, qui vous permettra par ailleurs de soutenir La Tribune de l’Art, sont décrits sur la page d’abonnement.

Si vous êtes déjà abonné, connectez-vous.