La place de la Nation réaménagée

Alors que l’aménagement de la place de la République l’a en grande partie détruite et transformé en une froide dalle minérale (voir l’article) et que celle du Panthéon (voir l’article) est un ratage complet (mais heureusement réversible), il faut reconnaître que la « nouvelle » place de la Nation n’a pas subi de telles avanies.


1. Une pelouse déjà rapiécée et décrépite
de la place de la Nation
Photo : Didier Rykner
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2. Au lendemain de l’inauguration, voilà
déjà la saleté parisienne qui s’installe
Photo : Didier Rykner
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L’idée d’agrandir le rond-point central, ce qui diminue la place des voitures mais en leur laissant suffisamment de place pour que cela n’occasionne pas de bouchons permanents est même bonne. Le reste n’est pas indigne, même si nous avons beaucoup de craintes sur l’évolution de ce lieu.
Comme le fait remarquer le blog Paris-Bise-Art le revêtement très clair du sol, s’il peut avoir des avantages en cas de grosses chaleurs, va être très vite salissant. Car ce qui est le plus préoccupant dans ces aménagements, qui font la part belle à de grandes pelouses, c’est bien l’entretien de ces espaces dont on peut craindre qu’ils ne deviennent rapidement, comme le reste de Paris, au mieux des zones à moitié pelées (c’est déjà le cas à certains endroits - ill. 1) au pire un dépotoir à ciel ouvert. Un jour après l’inauguration, voilà déjà ce qu’on peut y voir, sans que rien ne soit nettoyé (ill. 2).


3. Le banc, au moins, est beau et pour l’instant en bon état
Photo : Didier Rykner
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4. Un « banc » temporaire dont on se
demande par quoi il va être remplacé...
Photo : Didier Rykner
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5. Poubelle nouveau modèle.
On a connu mieux, mais on a connu pire.
C’est incontestablement un progrès par
rapport aux préservatifs géants et verts.
Photo : Didier Rykner
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Remarquons également qui si certains bancs à l’esthétique traditionnelle du Paris haussmanien sont heureusement préservés (ill. 3), une autre partie du mobilier urbain est tout simplement grotesque : des morceaux de bois brut en forme de X (ill. 4). Certes, il est précisé que ce mobilier est temporaire et que le nouveau est en cours de réalisation. On peut néanmoins s’attendre au pire si l’on regarde ce que la Ville installe ailleurs. Les poubelles ne sont plus ces horribles préservatifs verts qui pendouillent en liberté et se percent facilement, ce qui est un progrès. Ils sont désormais cachés par des structures en métal à l’esthétique assez neutre (ill. 5). Ce n’est pas très beau, mais c’est un peu mieux.
Les parterres de fleurs (ill. 6) qui entouraient la sculpture ont disparu, ce qui en dit long sur la réelle volonté de la Ville de favoriser la biodiversité. À part un carré de gazon laissé « libre de fleurir » [sic] (ill. 7), les insectes seront priés d’aller butiner ailleurs… On pourra parler, après, de végétalisation...


6. La place de la Nation avant sa végétalisation en mars 2011
(cherchez l’erreur)
Photo : Paris-bise-art
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7. Ce gazon est laissé libre de fleurir
(c’est trop gentil)
Photo : Didier Rykner
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Remarquons également que les pelouses entourées de grilles basses sur les côtés de la place ont été étendues et que les grilles ont disparu, laissant l’herbe accessible pour tous (ill. 7 et 8). Il est à craindre, une fois de plus, que celle-ci ne résiste pas longtemps au piétinement.


7. Place de la Nation (avant)
Photo : Google Maps
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8. Place de la Nation (aujourd’hui)
Photo : Didier Rykner
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Bref, cela reste juste passable, même si la catastrophe que l’on pouvait craindre n’est pas arrivée, et si rien d’irréversible n’a été commis. On peut simplement regretter un vrai manque d’ambition patrimoniale (ce qui n’étonnera guère). La bonne solution aurait été de reconstituer le bassin qui entourait la République de Dalou (quoi de mieux pour « rafraîchir la ville » ?), ce qui aurait d’ailleurs permis d’isoler la sculpture centrale qui, comme celle de la place de la République, était régulièrement taguée et détériorée lors des manifestations avant même le réaménagement et le sera certainement encore davantage maintenant qu’elle est accessible à tous. L’absence de gardiennage qui, autrefois, permettait au plus petit square parisien de rester propre et fréquentable, est sans doute le point le plus négatif. Nous ferons le point sur cette place dans les mois qui viennent pour voir la manière dont tout cela évolue.

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