La National Gallery acquiert un Cranach

Bénédicte Bonnet Saint-Georges

26/2/19 - Acquisition - Londres, National Gallery - En dérobant une ruche pour en goûter le miel, Cupidon fut piqué par une abeille. Stupéfait qu’une créature minuscule pût provoquer une telle douleur, il s’en plaignit à Vénus. Sa mère lui répondit qu’il était bien petit, lui aussi, et causait pourtant de grandes blessures avec ses flèches.
L’invention de cette histoire remonte l’Antiquité grecque, attribuée à Théocrite poète du IIIe siècle avant J.-C. Elle fut représentée à plusieurs reprises par Lucas Cranach l’Ancien et par son atelier. La National Gallery de Londres en conservait jusque là une version, réalisée vers 1525 ; une seconde, peinte vers 1529, a récemment été donnée au musée par une collectionneuse et mécène, Drue Heinz, décédée l’année dernière.


1. Lucas Cranach l’Ancien (1472 - 1553)
Vénus et Cupidon piqué par des abeilles, 1529
Huile sur bois - 38,1 × 23,5 cm
Londres, National Gallery of Art
Photo : NGA
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2. Lucas Cranach l’Ancien (1472 - 1553)
Vénus et Cupidon piqué par des abeilles, vers 1525
Huile sur bois - 81,3 x 54,6 cm
Londres, National Gallery of Art
Photo : NGA
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Les deux œuvres désormais présentées côte à côte peuvent être comparées (ill. 1 et 2). Le tableau de la collection Heinz (ill. 1), plus petit, accorde moins de place au paysage : pas d’arbre couvert de fruits, ni de cerf caché dans les sous-bois. La nudité de Vénus est soulignée par un voile transparent, absent de l’autre peinture. La déesse, dans les deux cas, est parée de bijoux et coiffée d’un chapeau dont la forme varie ; autant d’accessoires qui enlèvent au nu son caractère intemporel et lui confèrent une connotation érotique.

Le peintre donne une dimension moralisatrice au sujet en ajoutant sur le bandeau qui maintient les cheveux de Vénus cette citation : « Tout est vanité », empruntée au livre de l’Ecclésiaste de l’Ancien Testament. De même, le texte en latin cloué sur l’arbre est une traduction de Théocrite, proposée en 1528 par Philippe Mélanchton, disciple de Luther ; les dernières lignes constatent que nous recherchons des plaisirs éphémères qui nous font souffrir. Parmi eux, les plaisirs de l’amour, auxquels Vénus nous invite d’un regard et d’un sourire.

Les différentes versions que peignit Cranach, ou son atelier, sont toutes datées des années 1520 et 1530, et obéissent plus ou moins à la même composition - que reprendra d’ailleurs Picasso. Ce sont les détails qui varient : l’arbre, le chapeau, les couleurs, la précision du paysage...
L’un des contemporains du maître, Albrecht Dürer, proposa une autre interprétation du sujet, dans laquelle Vénus est davantage préoccupée par la mésaventure de son fils que par l’attention du spectateur.

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