La Joconde, si fragile que le Louvre ne se la prêtera pas !


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Léonard de Vinci
Mona Lisa, dite La Joconde, vers 1503-1519
Huile sur panneau - 77 x 53 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : C2RMF
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Revenons un instant sur ce qu’a dit Françoise Nyssen, ministre de la Culture, lors des vœux à la presse le 24 janvier dernier sur la Joconde. Nous avions déjà consacré un éditorial à cet hypothétique déplacement de la Joconde dans lequel nous rappelions les constats effectués par les conservateurs expliquant pourquoi ce tableau est trop fragile pour voyager.

Cette idée d’un prêt de la Joconde n’est pas tombée dans l’oreille de sourds. Le maire de Lens, Sylvain Robert, a à son tour endossé cette noble cause, immédiatement suivi par les supporters du club de Lens qui ont déployé des banderoles dans le stade avec pour slogan « Mona Lisa, le cœur du peuple lensois bat pour toi », tout en déployant un maillot géant à l’effigie du tableau de Léonard de Vinci (voir par exemple ici). Tout cela, assorti d’un appel au Président de la République, est certainement très émouvant et sans doute sincère. C’est aussi extrêmement dangereux.

Ce mouvement populaire indéniable a été déclenché par une ministre de la Culture que nous n’hésitons pas à qualifier d’irresponsable. Car tous ceux qui estiment que le tableau pourrait voyager devraient méditer sur un fait : même le Louvre à Paris ne se prêtera pas le tableau pour la rétrospective consacrée à Léonard qu’il organisera l’année prochaine ! Le panneau, d’une fragilité extrême en raison notamment de la minceur du bois et de la présence d’une fente - qui si elle s’ouvrait détériorerait de manière irréversible l’œuvre - ne peut être bougé. Comment peux-t-on oser évoquer un déplacement qui menacerait l’intégrité d’un des chefs-d’œuvre de l’humanité ?

On n’ose imaginer que pour des raisons bassement politiciennes Emmanuel Macron décide de s’opposer aux conservateurs en charge de cette œuvre. On n’ose l’imaginer, mais on ne peut s’empêcher de le craindre alors que celui-ci n’a pas hésité à promettre aux Britanniques le prêt de la tapisserie de Bayeux (voir l’article), un objet encore bien plus volumineux que la Joconde mais certainement pas moins fragile. Il est temps que nos dirigeants arrêtent de considérer les œuvres d’art comme des outils diplomatiques ou politiques.


Didier Rykner, mercredi 14 février 2018





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