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La déviation de Beynac : les signes d’une démocratie malade
Les jugements rendus dans les affaires des Serres d’Auteuil ou de la Samaritaine laissaient craindre que le recours des associations de protection du patrimoine au Conseil d’État - une institution dont il n’existe aucun équivalent dans les autres pays démocratiques - ne soit définitivement voué à l’échec. Fort heureusement, le bon sens et le droit semblent pour une fois en train de triompher dans une affaire qui a fait beaucoup parler d’elle mais que nous n’avions pas encore vraiment traitée dans La Tribune de l’Art (sauf ici) faute d’avoir pu enquêter suffisamment tôt : la construction de la déviation de Beynac, dans le Périgord. Le Conseil d’État a en effet considéré dans un arrêt du 28 décembre 2018 que ce projet « ne répond pas à une raison impérative d’intérêt public majeur parait, en l’état de l’instruction, propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l’arrêté contesté » et a donc décidé que l’arrêté du préfet de la Dordogne du 29 janvier 2018, qui autorisait les travaux, était suspendu.
Depuis, nous nous sommes rendu sur place, nous avons pu visiter les lieux, le chantier et rencontrer les acteurs locaux. Nous n’aurons en revanche aucun écho des promoteurs de ce projet, ni du département de la Dordogne, ni des services du Premier ministre. Germinal Peiro, le président du département nous a fait envoyer le mail laconique suivant : « Nous n’apporterons pas de réponses à vos questions », et le service de communication de Matignon ne nous a jamais répondu.
Rappelons en deux mots de quoi il s’agit. La commune de Beynac, village historique du Périgord, très touristique avec ses maisons médiévales qui s’accrochent à flanc de colline le long de la Dordogne (ill. 1), était traversée par une route trop étroite ce qui occasionnait, essentiellement pendant la période estivale, des ralentissements importants. Le projet de déviation consiste donc à faire passer la route à l’intérieur de la courbe du fleuve passant par Beynac. L’illustration 2 fait comprendre mieux qu’un long discours de quoi il s’agit : créer deux nouveaux ponts sur la Dordogne, le pont du Pech et le pont de Feyrac pour construire une route au sud du village qui permettra d’éviter de le traverser.
Ce projet n’est pas nouveau puisqu’il fut imaginé dans les années 1970, dans le cadre de ce qu’on appelait alors la « voie de la vallée ». Mais il fut finalement décidé de faire passer la route par Sarlat, à 8 km au nord, ce qui condamna de facto la construction de cette portion qui n’avait plus vraiment de justification, l’essentiel du trafic routier passant désormais par Sarlat.
C’est Fernand Peiro, le père de Germinal Peiro, qui relança ce projet dans un contexte bien particulier qui permet de mieux comprendre l’acharnement de ce dernier.…