Beynac : silence, on bétonne !

Didier Rykner
Un des deux ponts en cours de construction
sur la Dordogne pour le contournement de
Beynac (état des travaux le 13 novembre 2018)
Photo : Didier Rykner
Voir l´image dans sa page

Nous préparons actuellement, après nous être rendu sur place, un article de fond sur le chantier de contournement de Beynac. Scandale complet d’un projet qui date de plusieurs dizaines d’années, extrêmement coûteux, sans aucune utilité et qui va gravement défigurer un des plus beaux endroits de France qui est aussi un écosystème fragile. La presse nationale s’en est déjà très largement fait l’écho, d’autant que Stéphane Bern s’y oppose depuis de nombreux mois. Il est très possible - on peut du moins l’espérer - que le Conseil d’État, dans les jours qui viennent, annule l’arrêté préfectoral et suspende le chantier. C’est, en tout cas, en ce sens que le Rapporteur public a conclu jeudi dernier, sachant que dans 80% des cas le Conseil d’État suit les conclusions du rapporteur.

Si nous publions aujourd’hui cet éditorial avant notre propre enquête, c’est pour informer le plus largement possible les lecteurs mais aussi les habitants de la Dordogne que le président du Conseil Général, Germinal Peiro, s’apprêterait à mener un coup de force pour rendre les travaux plus difficilement réversible. il semble, d’après la mairie de Beynac, opposée au projet, et l’association SEPANSO Dordgone (fédération régionale des associations de protection de la nature de la région Aquitaine) qui vient de diffuser un communiqué de presse, qu’il ait décidé de poursuivre les travaux à marche forcée, notamment en faisant couler du béton dans la Dordogne pour construire une nouvelle pile d’un des deux ponts (ill.) à 4 h du matin le jeudi 27 décembre. En pleine nuit donc, et pendant les vacances de Noël !

Le président de la SEPANSO Dordogne, Michel André, lance un appel aux habitants : « j’appelle tous les habitants à venir sur le chantier pour faire barrage au passage en force du Président Peiro. Germinal Peiro veut couler du béton, de nuit et durant les vacances de Noël, pour mettre le Conseil d’État devant le fait accompli. C’est un vrai scandale démocratique et écologique ! ». Le maire de Beynac, qui n’avait pas hésité déjà à se mettre face à un engin de chantier envoyé dans son village par le président du Département, a déclaré : « Germinal Peiro s’obstinait déjà, pour des raisons personnelles, à imposer un projet routier que ni les habitants ni la mairie de Beynac ne voulaient car il détruirait à jamais un trésor culturel et écologique du patrimoine français. Après la démocratie locale, serait-ce désormais la justice qu’il refuse ? »

Il est invraisemblable que le premier ministre n’ait pas mis plus tôt le holà à cette gabegie, alors qu’il lui aurait suffi de donner les instructions nécessaires au préfet pour stopper le projet. Dans cette affaire, Édouard Philippe porte une responsabilité énorme. Soulignons que les services du premier ministre n’ont jamais répondu à nos interrogations. Quant au Département, son responsable de la communication nous a fait la réponse suivante : « Nous n’apporterons pas de réponses à vos questions. » Circulez : pendant que Germinal Peiro bétonne, il n’y a rien à voir…

Vos commentaires

Afin de pouvoir débattre des article et lire les contributions des autres abonnés, vous devez vous abonner à La Tribune de l’Art. Les avantages et les conditions de cet abonnement, qui vous permettra par ailleurs de soutenir La Tribune de l’Art, sont décrits sur la page d’abonnement.

Si vous êtes déjà abonné, connectez-vous.