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Comment le ministère de la Culture a laissé échapper le manuscrit des frères Limbourg

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La sortie du territoire français sans certificat d’exportation d’un livre d’heures inachevé attribué aux Frères Limbourg (ill. 1 à 3), dont nous avions déjà parlé lors d’un précédent article, a fait l’objet d’une première audience en correctionnelle le vendredi 15 février. Trois prévenus comparaissaient pour « exportation illégale d’un bien culturel présentant un intérêt majeur pour le patrimoine national au point de vue de l’histoire, de l’art ou de l’archéologie comme énoncé par l’article L111-1 5° du Code du patrimoine » : le commissaire-priseur Alexandre Millon, son apporteur d’affaire et directeur à l’époque de Millon Bruxelles, Stéphane Cauchies, et l’ancien directeur juridique de Millon France, Éric Marquand Gayrard.
Nous ne nous attarderons pas ici sur les responsabilités de ces trois personnes dans cette affaire, chacun de leurs avocats ayant plaidé la relaxe. C’est au tribunal de désigner le ou les coupables de cette exportation illégale (le jugement sera rendu le 8 mars). Nous commencerons cet article en rappelant les faits et nous nous interrogerons surtout sur le rôle du ministère de la Culture et de la Bibliothèque nationale de France dans cette affaire.


1. Les Frères Limbourg (ou entourage)
Livre d’Heures Dessinées, vers 1405-1415
La Décollation de saint Jean-Baptiste et Le Festin d’Hérode
Trésor national sorti de France sans certificat d’exportation
Photo : Millon Bruxelles

Les faits :

Nous les détaillerons selon l’ordre chronologique tel qu’ils ressortent de l’audience, de l’instruction, et de notre propre enquête.

 20 juin 2013 : Stéphane Cauchies est appelé par son ami Marc Grand d’Esnon au château d’Esnon dans l’Yonne que ce dernier possède avec son frère Henri afin d’examiner plusieurs objets qu’ils souhaitent mettre en vente. C’est alors que lui est présenté un petit volume enluminé (mais inachevé car les enluminures ne sont encore qu’à l’état de dessins, sans mise en couleur) conservé dans le coffre du château. Ce manuscrit n’avait jamais été considéré comme très important et sa valeur potentielle avait été ignorée des vendeurs et de leurs frères et sœur au moment du partage lors d’un récent héritage. Il s’avère que l’objet se trouvait dans ce château depuis au moins les années 1920 et avait une provenance familiale antérieure.
 26 juin 2013 : le manuscrit est remis en mains propres à Stéphane Cauchies par Marc Grand d’Esnon, à Paris, pour fin d’expertise et de vente.
 27 juin 2013 : Alexandre Millon présente Stéphane Cauchies à l’expert Roch de Coligny afin que ce dernier expertise le manuscrit.
 Début juillet 2013 : Roch de Coligny va chercher le manuscrit à l’étude Millon à Paris.
 13 août : Roch de Coligny contacte François Avril, le plus grand spécialiste dans ce domaine, pour lui parler du livre et le lui montrer. Remarquons que si à l’audience Alexandre Millon a affirmé que c’est lui qui avait conseillé à Roch de Coligny de contacter François Avril, ce…

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