L’État va vendre Notre-Dame de Paris !

Didier Rykner

Il est conseillé de vérifier la date de parution de cet article avant de le prendre trop au sérieux.

Façade du futur centre aquatique L... M...
(avant restauration), Paris
Photo : Wikipedia
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On sait que l’Etat français, qui cherche désespérément de l’argent, vend les meubles. Après l’Hôtel de la Marine, il paraissait évident que cette grande braderie n’allait pas s’arrêter là. La crise économique accélère les choses. C’est maintenant l’un des bâtiments les plus emblématique de la France que l’on s’apprête à céder à une entreprise privée qui, selon nos informations, serait un grand groupe hôtelier.

Celui-ci voit manifestement les choses en grand : il s’agit d’installer, au cœur même de l’édifice prestigieux, un centre de loisirs nautiques autour d’une grande piscine qui serait creusée en son sein « dans le respect complet de l’architecture gothique qu’il n’est pas question de dénaturer » nous a indiqué l’Architecte en chef des monuments historiques.
Lorsque la piscine ne sera pas utilisée, par exemple le 14 juillet quand un grand bal populaire sera organisé dans la nef, « le sol dallé rétractable se remettra en place grâce à un système de verrains hydrauliques très sophistiqué. »

Pour faire plus joli, la façade sera repeinte en jaune. « Nos sondages ne laissent aucun doute. Nous avons retrouvé des traces de doré qui laissent penser que tout le côté ouest était entièrement décoré selon les mêmes teintes que le château de Fontainebleau. C’est même Notre-Dame qui avait inspiré l’architecte de la Cour des Offices [1]. Les documents le prouvent : nous avons retrouvé, dans une vieille édition de la bibliothèque rose de Notre-Dame de Paris, une illustration où l’on voit Quasimodo, vêtu d’un habit jaune, se cacher de Frollo en se plaquant contre la façade. De toute façon, même si l’on se trompe, ce n’est pas grave. Comme le dit mon collègue de Versailles, la façade de Notre-Dame est entièrement du XIXe siècle. En fait, elle n’a pas vraiment d’intérêt ».

Selon le ministère de la Culture, il est inutile de s’alarmer. Le cahier des charges est extrêmement strict : « Il sera interdit de plonger dans la piscine de plus de deux mètres pour éviter les éclaboussures sur les Mays [2].. Ceux qui prétendent qu’on pourra le faire des tribunes pratiquent la désinformation la plus méprisable ». On nous affirme d’ailleurs que tous les Mays actuellement en réserve au Louvre et au Musée d’Arras viendront rejoindre ceux déjà en place dans la cathédrale et seront accessibles à tous les usagers du lieu. « Le bâtiment sera ouvert à tous pour les journées du Patrimoine, je ne vois pas de quoi vous pouvez vous plaindre » nous a précisé le directeur du patrimoine. « De toute façon, l’Etat n’avait plus les moyens de restaurer l’édifice. Le nouveau propriétaire va engager des travaux de restauration complets qui ne dureront pas plus de trois ans. Tout va être nettoyé, consolidé et mis aux normes. Vous préfériez peut-être que l’on regarde nos cathédrales s’écrouler ? »

D’une source bien informée auprès du repreneur, le programme est en cours de finalisation. « Le bassin pourra devenir piscine olympique si un jour Paris accueille les Jeux. Vous imaginez qu’avec un lieu aussi prestigieux, nous mettrons toutes les chances de notre côté. D’ailleurs, le Maire de Paris s’est montré enthousiaste. Nous envisageons de mener des actions en commun avec Paris-Plage. » La piscine n’est d’ailleurs qu’un élément parmi d’autres : « Il y aura une salle de fitness, un sauna, un hammam, un espace de nage à contre-courant, un jardin aquatique pour les tout-petits... ».
Notre informateur s’emballe, manifestement très enthousiaste : « Nous allons renommer le lieu, parce que Notre-Dame, franchement, ce n’est pas très fun. Nous sommes en négociation avec une grande nageuse française qui a récemment arrêté la compétition, je ne peux pas vous dire qui, pour des raisons de confidentialité. Mais avouez que "Complexe aquatique L... M...", ça a de la gueule ! »

Qu’en pense l’archevêché ? « Il faut vivre avec son temps. La cathédrale était de toute façon trop grande pour le nombre de fidèles qu’il nous reste. L’Etat nous reversera 25% de la vente ce qui permettra de reconstruire un lieu de culte plus petit, mieux chauffé et bénéficiant de toutes les facilités modernes. Reste à trouver l’endroit, qu’on souhaite facilement accessible à partir de Paris. On hésite entre Nanterre, Neuilly-sur-Marne et Cergy-Pontoise. »
De l’aveu même du ministère, il s’agit d’un test qui, s’il s’avère concluant, pourrait être étendu à d’autres édifices cultuels. « Le président de la République nous a donné des objectifs précis : le patrimoine religieux doit être rentabilisé. »

Inutile de le dire : La Tribune de l’Art s’opposera très fermement à ce projet scandaleux. Nous lançons une pétition que vous pouvez signer en nous envoyant un mail à cette adresse : _ nonaucentreaquatiquedansnotredame@laposte.net avec ces simples mots : « Je m’oppose a la transformation de Notre-Dame en complexe aquatique ! »

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