Interview de Philippe Préval : « Il est impossible de ne pas acquérir le Cimabue »

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Nous avons interviewé Philippe Préval, directeur général de la société Lusis, grand mécène des musées français, à propos du panneau de Cimabue qui sera mis en vente le 27 octobre à Senlis (voir la brève du 23/9/19). Celui-ci estime, à raison, indispensable que l’œuvre entre au Musée du Louvre, et il est prêt à mettre en place un groupe de mécènes.

1. Philippe Préval,
directeur général de Lusis
Photo : Lusis
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Lusis est un mécène des musées français. Pouvez-vous me dire quelles ont été vos principales actions dans ce domaine ?

Lusis a mécéné les acquisitions de plusieurs trésors nationaux : un carnet de dessins d’Eugène Delacroix pour le Louvre (voir la brève du 3/4/04), le tour à guillocher du comte d’Artois pour Versailles en 2007, le fragment de tableau de Poussin qui était à New York pour Montpellier (voir la brève du 7/11/09) grâce à un pool de mécènes (nous avons été les premiers à faire un chèque), et un tableau de Courbet à Ornans, selon le même principe d’un groupe de mécènes (voir la brève du 3/9/12). Nous avons d’autres actions notables dans le mécénat dont celui d’expositions du Louvre : Alexandre le Grand, les Thraces, Valentin de Boulogne et la rétrospective Léonard de Vinci à venir, ainsi qu’une exposition, en novembre, sur la collection d’œuvres en plâtre de la Villa Médicis. Nous nous sommes vraiment investis dans le mécénat patrimonial et l’histoire de l’art.


2. Cenni di Pepo, dit Cimabue (connu de 1272 à 1302)
La Dérision du Christ
Tempéra et or sur panneau - 24,6 x 19,6 cm
Vente à Senlis le 27 octobre 2019
Photo : Actéon
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Que pensez-vous du Cimabue (ill. 2) qui va bientôt passer en vente ?

J’ai été surpris de voir l’annonce de cette vente publique à la fin du mois sans que le ministère ait contacté les mécènes qu’il connaît, afin d’entreprendre une action permettant de conserver ce tableau en France, alors qu’ils en prennent parfois l’initiative.
Je connais le panneau qui se trouve à la Frick Collection et il s’agit d’un tableau très important. Je ne pense pas que l’on puisse se contenter d’avoir la Maestà pour prétendre que le Louvre ne serait pas concerné. Il s’agit là d’un autre volet de l’œuvre de Cimabue qui illustre les capacités narratives du peintre, et je ne sais pas si cela se renouvellera. C’est une occasion unique et ce serait dramatique de le laisser partir.

Qu’êtes-vous prêt à faire personnellement ?



Je suis prêt à me mobiliser avec d’autres entrepreneurs pour que le tableau puisse être acquis par le Louvre. Il faut faire ce qui s’est passé avec le Poussin pour Montpellier ou le Courbet pour Ornans : réunir un groupe de mécènes, qui pourraient donner chacun un montant donné, ce qui permettrait de rentrer dans le budget d’une PME. On peut trouver des entreprises de taille moyenne qui contribueraient chacune pour une ou deux parts. Je suis prêt à organiser cela avec le ministère de la Culture et j’ai déjà pris des contacts qui laissent penser que c’est tout à fait possible. J’attends avec impatience que le ministère me contacte et que nous travaillons ensemble pour éviter que le Cimabue parte à l’étranger comme tant d’autres œuvres. Parmi les primitifs italiens ce sera certainement le plus important à entrer au Louvre depuis la Crucifixion de l’atelier de Giotto (voir l’article). Cimabue est, avec Duccio - un artiste qui manque encore au Louvre et qui lui manquera probablement encore longtemps - le premier grand peintre italien. Il est aussi le maître de Giotto. Il est impossible de ne pas acquérir cette œuvre.

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