Musée du Grand Siècle à Saint-Cloud : le projet se précise

Le Grand Siècle aura son musée à Saint-Cloud, comme le Moyen Âge à Cluny, et la Renaissance à Écouen. Mercredi dernier, Patrick Devedjian, président du conseil départemental des Hauts-de-Seine (lire son interview), et Alexandre Gady, professeur à la Sorbonne, ont fait visiter la caserne Sully et donné des précisions sur ce futur musée conçu à partir de la collection de Pierre Rosenberg, ancien président directeur du Louvre et membre de l’Académie française.


1. Saint-Cloud, la caserne Sully
futur Musée du Grand Siècle
Photo : CD92/Willy Labre
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Une mission de préfiguration a été officiellement lancée le 1er septembre qui sera dirigée par Alexandre Gady, accompagné de Bertrand de Sainte-Marie, conservateur du patrimoine. Un pavillon de préfiguration devrait être aménagé en 2021 dans le parc de Saint-Cloud afin de détailler ce projet à la fois architectural et muséal, de présenter au public plusieurs expositions dossiers et de montrer la restauration de certaines œuvres.

L’histoire de ce musée qui n’existe pas encore est déjà marquée de rebondissements (lire les articles). Rappelons que la ville des Andelys, où naquit Nicolas Poussin, fut d’abord pressentie pour l’accueillir, dans un ancien hôpital du XVIIIe siècle, très beau bâtiment situé au bord de la Seine dont le sort reste incertain.
Finalement, la caserne Sully en sera l’écrin (ill. 1 à 4), dans un contexte urbain et culturel totalement différent puisque le musée vient s’ajouter aux nombreuses institutions réunies à Saint-Cloud dans ce qu’on appelle un peu pompeusement la vallée de la culture des Hauts-de-Seine : il y a notamment le Musée Albert-Kahn juste à côté, qui devrait rouvrir ses portes en 2021 après des travaux de réaménagement - ses jardins sont à nouveau accessibles au public depuis peu -, le Musée des Avelines, la Manufacture de Sèvres, et bien d’autres lieux consacrés à la musique et au design. Concurrence ou émulation ? Un peu des deux sans doute.


2. Saint-Cloud, caserne Sully
Bâtiment de 1827
Photo CD92/Julia Brechler
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3. Saint-Cloud, caserne Sully
Pavillon des officiers, 1854
Photo : CD92/Julia Brechler
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Le département a reçu en donation la collection de Pierre Rosenberg constituée de quelque 3500 dessins du XVIIe siècle, 650 tableaux du XVIe au XXe siècle, 45 000 ouvrages, et une importante collection de verres de Muraro. Cet ensemble sera complété par des dépôts de musées. Le Louvre, Versailles, le Mobilier National, les Arts décoratifs, Écouen, ou encore la Cité de l’Architecture ont déjà répondu présents. Des acquisitions enrichiront également ce fonds bien sûr, une commission a été constituée à cet effet, composée des quatre membres de droit que sont Patrick Devedjian, Pierre Rosenberg, Elise de Blanzy-Longuet [1] et Alexandre Gady, ainsi que de onze autres personnalités [2]. Une première acquisition devrait être annoncée ces prochains jours. Un conseil scientifique est également en cours de constitution, qui sera international.

4. Saint-Cloud, caserne Sully
Pavillon des officiers, 1854
Photo : CD92/AG
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La caserne Sully se compose de deux édifices : le premier construit sous Charles X en 1827 abritait 200 chevaux et 1000 soldats (ill. 1 et 2). Le second, plus petit, est le Pavillon des officiers édifié en 1854 (ill. 3 et 4). Les autres constructions ne sont que des verrues ajoutées par l’armée, qui seront détruites afin de rendre au lieu une certaine harmonie, tandis qu’un jardin sera aménagé. Un bâtiment plus petit et plus neutre prendra la place de celui qui s’élève sur le bord de Seine ; il devrait accueillir un restaurant, ainsi qu’un musée de site consacré à l’histoire du Domaine national de Saint-Cloud, conçu en collaboration avec le Centre des monuments nationaux (CMN) qui gère le parc.
L’ensemble de la caserne est en mauvais état et va bientôt faire l’objet d’une restauration en adéquation avec les exigences des Monuments historiques bien qu’elle ne soit pas classée. Les intérieurs ne présentent pas d’intérêt patrimonial, ce qui facilitera leur aménagement. L’accès à la caserne sera repensé, fort heureusement car le visiteur aujourd’hui, piéton ou conducteur, risque sa vie ou presque pour y accéder.

5. Philippe de Champaigne (1602-1674)
Annonciation
Huile sur toile - 110 x 134,5 cm
Saint-Cloud, Musée du Grand Siècle
Photo : Suzanne Nagy
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Les œuvres seront déployées en trois grandes parties. Tout d’abord le musée du Grand Siècle à proprement parler sera comme son nom l’indique exclusivement consacré au XVIIe français ; un siècle un peu large qui s’étend d’Henri IV à la Régence, (1590-1725). Le choix d’un parcours thématique permettra de confronter tableaux, objets d’art, sculptures, pièces mobiliers, gravures, médailles, selon une approche qui est à la fois celle d’un historien et d’un historien de l’art. Il s’agit de montrer la société et l’esprit d’une époque. La collection de Pierre Rosenberg réunit beaucoup de petits et de moyens formats de grands noms - Vouet, Le Brun, Champaigne (ill. 5), La Hyre, Lubin Baugin -, beaucoup de modelli et de ricordi, qui seront complétés par de grands tableaux que le lieu permet d’accueillir. Des expositions temporaires seront en outre régulièrement organisées.
Un deuxième espace, plus intime, sera dédié au cabinet des collectionneurs. Il permettra de montrer la diversité des œuvres réunies par Pierre Rosenberg (ill. 6 et 7) , et devrait présenter, à terme, d’autres donations, certains collectionneurs se montrant déjà intéressés par ce projet.


6. Thomas Couture (1815-1879),
Portrait dit de Degas
Huile sur toile - 54,2 x 45,5 cm
Saint-Cloud, Musée du Grand Siècle
Photo : Suzanne Nagy
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7. Georges Dorignac (1879-1925)
L’Égyptienne (portrait noir de profil), 1913
Saint-Cloud, Musée du Grand Siècle
Photo : Suzanne Nagy
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Enfin, le pavillon des officiers deviendra un lieu consacré à l’étude du Grand Siècle, baptisé Centre de recherches Nicolas Poussin. Il conservera et présentera par roulement les 3500 feuilles du XVIe au XXe siècle, et notamment les dessins du XVIIe qui offrent un aperçu complet des maîtres petits et grands. Les 45 000 ouvrages seront également mis à la disposition des chercheurs ; ce sont moins des livres précieux que de précieux outils de travail catalogues, actes de colloques, monographies... Des espaces de travail seront aménagés : bureaux, salles de séminaires, ainsi qu’un auditorium pour des conférences et, pourquoi pas, la mise en scène de pièces de théâtre du XVIIe siècle.


La Caserne Sully
Le bâtiment en L de 1827
Le pavillon des officiers de 1854
Le long de la Seine, à gauche, un bâtiment plus tardif
sera détruit et remplacée par un bâtiment plus petit
Photo : CD92
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Le budget de ce vaste chantier est estimé à 100 millions. Un appel à candidature pour la réhabilitation du site devrait être lancé ces prochains jours et le musée devrait ouvrir ses portes en 2025.

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