Grignon : comment l’État abandonne un domaine national

La vente des domaines appartenant aux institutions publique ou aux collectivités territoriales, qu’il s’agisse d’hôpitaux, de palais de justice, de casernes ou d’écoles est un des plus grands drames pour le patrimoine de ce début de XXIe siècle. Car l’État - qu’on pensait désargenté avant qu’on constate curieusement, à l’occasion de la crise sanitaire, qu’il dispose de réserves quasiment inépuisables - cherche en permanence à vendre ses bijoux de famille sans aucun égard pour les monuments historiques concernés. Au bien public, l’État préfère souvent la satisfaction d’intérêts privés.


1. Château de Grignon
Photo : Didier Rykner
Voir l´image dans sa page

C’est le scénario qui menace le domaine de Grignon, l’un des deux sièges de l’Institut national agronomique, fusionné en 2007 avec trois autres écoles pour donner naissance à AgroParisTech. Sous la tutelle du ministère de l’Agriculture, cette école doit s’installer prochainement sur le plateau de Saclay. Pour financer les travaux, la vente des sites de la rue Claude Bernard et du domaine de Grignon, avec son superbe château Louis XIII (ill. 1), a été décidée. Le premier a déjà été vendu, et le second est en cours de cession. Après que le Paris Saint-Germain a fort heureusement renoncé à y installer son centre de formation, une procédure de vente a été lancée, qui devrait aboutir d’ici deux à trois mois au choix d’un nouveau propriétaire. Il y a tout lieu de s’en inquiéter.

Après avoir donné un rapide historique de ce domaine, nous regarderons un à un les scandales qui émaillent cette affaire, avant de conclure sur les prochaines étapes, et espérons-le un dénouement satisfaisant.

Historique et description rapides du domaine [1]

Grignon n’est pas un lieu ordinaire : il appartenait à François Ier, puis à Henri II qui en fit don à Diane de Poitiers. En 1582, il fut vendu à Pompone I de Bellièvre (1529-1607), surintendant des finances d’Henri III et resta dans sa famille pendant tout le XVIIe siècle, au début duquel le château actuel fut édifié. Alors qu’il avait été agrandi à peu près aux dimensions actuelles (ill. 2), le domaine fut cédé en 1686 aux Pottier de Novion qui le conservèrent jusqu’en 1802, lorsqu’il fut acquis par Pierre César Auguié, qui le vendit presque immédiatement au général Jean-Baptiste Bessières, élevé peu de temps après à la dignité de maréchal d’Empire.


2. Le domaine de Grignon
Photo : Google Maps
Voir l´image dans sa page

C’est en 1826 que le domaine redevint royal, après son acquisition par Charles X qui le transféra à la Société Anonyme de l’Institution Royale Agronomique, créée la même année, afin de faire une ferme modèle en charge d’« enseigner et donner l’exemple de la pratique des bonnes méthodes agricoles ». Elle fut transférée en 1829 au domaine public de l’État, il y a donc presque deux cents ans. Après être devenue École régionale d’Agriculture sous la IIème République, elle se transforma en École impériale d’Agriculture en 1852, puis en École nationale d’Agriculture de Grignon en 1870, avant de fusionner un siècle plus tard en 1971 avec l’Institut national agronomique créé en 1848, pour devenir l’INA-Paris-Grignon.


3. Château de Grignon
Photo : Didier Rykner
Voir l´image dans sa page
4. Château de Grignon
Photo : Didier Rykner
Voir l´image dans sa page

Les bâtiments actuels peuvent être scindés en trois grandes parties : les bâtiments historiques du domaine, construits entre le XVIIe siècle et 1826 ; les bâtiments historiques de l’école, entre 1826 et 1941, date à laquelle le domaine fut inscrit monument historique (voir plus bas), et enfin les bâtiments construits après l’inscription.

- bâtiments historiques :


5. Hall du château de Grignon
Photo : Didier Rykner
Voir l´image dans sa page
6. Grand escalier du château de Grignon
Photo : Didier Rykner
Voir l´image dans sa page

* le château

Il fut construit en 1636 par Nicolas de Bellièvre (ill. 1 ; 3 et 4), réaménagé en partie dans ses intérieurs au XVIIIe siècle, puis en 1809-1810 pour le maréchal de Bessières, qui créa de nouveaux appartements au premier étage de l’aile Ouest. L’installation de l’école en 1826 entraina de nombreux changements jusqu’au XXe siècle.


7. Grand escalier du château de Grignon
Photo : Didier Rykner
Voir l´image dans sa page
8. Escalier en bois
Château de Grignon
Photo : Didier Rykner
Voir l´image dans sa page

9. Une salle du château de Grignon avec une cheminée du XVIIIe siècle
Photo : Grignon 2000
Voir l´image dans sa page

L’étude du GRAHAL (voir note 1) ne s’attarde pas du tout sur les très nombreux volumes et décors authentiques qui restent en place. On peut simplement publier ici des photos de ces intérieurs qui montrent à la fois de remarquables éléments architecturaux (le hall d’entrée - ill. 5), le grand escalier - ill. 6 et 7), des escaliers en bois (ill. 8), des cheminées (ill. 9), les volumes de certaines salles - ill. 10…) et la qualité de nombreuses boiseries (ill. 10 à 13), datant pour l’essentiel du Premier Empire. Il est possible, et même probable (voir ci-dessous, le chapitre sur la sous-protection du domaine) que certaines cloisons ou faux-plafonds cachent des décors plus anciens.


10. Salle dite Bessières au château de Grignon
Photo : Didier Rykner
Voir l´image dans sa page
11. Dessus-de-porte sculptés dans une salle de cours au château de Grignon
Photo : Didier Rykner
Voir l´image dans sa page

12. Actuelle bibliothèque
Château de Grignon
Photo : Didier Rykner
Voir l´image dans sa page
13. Actuelle bibliothèque
Château de Grignon
Photo : Didier Rykner
Voir l´image dans sa page

* les communs du château (ill. 14)

14. Communs du château de Grignon
(à gauche et à droite)
Photo : Laurent Bourcier (CC BY-SA 3.0)
Voir l´image dans sa page

Ces communs (pavillon de l’Horloge et pavillon de la Rose des Vents) ont été édifiés en même temps que le château. S’ils ont perdu en grande partie leur distribution, « ils conservent encore plusieurs de leurs dispositions anciennes, notamment leur implantation, leur volume, leur structure et leur construction. Les éléments majeurs de leur architecture d’origine sont encore en place, dont le clos et le couvert, les murs de refend et en partie la charpente. Malgré les remaniements et le percement de nouvelles ouvertures, il conserve encore à l’intérieur des vestiges de l’état d’origine, notamment une grande cheminée dans le bâtiment Ouest (Pavillon de la Rose des Vents) [2] ».

* la ferme dite « Grand H » (ill. 15)


15. Ferme dite « Grand H » du château de Grignon
Photo : Didier Rykner
Voir l´image dans sa page

Implantée à l’est du château, elle date de la même époque. Son nom est donné par sa forme. Là encore, malgré la perte d’une partie de la distribution d’origine, le bâtiment « conserve encore plusieurs de ses dispositions anciennes, notamment son implantation, son volume, sa structure et sa construction. Les éléments majeurs de son architecture d’origine sont encore en place, dont son clos et couvert, et en partie sa charpente. L’image de la cour de ferme est préservée, même si en partie modifiée. » 



16. Pigeonnier du château de Grignon
Photo : Didier Rykner
Voir l´image dans sa page

* le pigeonnier (ill. 16)

Le pigeonnier date du XVIIe siècle. Il a été largement transformé à l’intérieur pour l’installation des locaux du club de géologie.

* la ferme intérieure

Datant à l’origine du XVIIIe siècle, ce bâtiment, même s’il a été fortement transformé, et « peut-être intégralement reconstruit au début du XXe siècle » a une « valeur patrimoniale forte […] tenant plus à sa situation dans la composition du site qu’à son architecture ».

* le bâtiment des meules

Construit au XVIIe siècle, il a été fortement remanié intérieurement mais demeure un des bâtiment d’origine du domaine.

- Bâtiments historiques de l’école


17. Pavillon Dehérain de l’école d’agronomie de Grignon
Photo : Didier Rykner
Voir l´image dans sa page

* le pavillon Dehérain (ill. 17)

Le compte-rendu de la CNPA souligne le très haut intérêt patrimonial de ce bâtiment : « Le pavillon Dehérain, construit dès 1896-1898, a connu de gros travaux de réaménagement et de surélévation par André Japy en 1932. Il appartient pleinement à cette dernière époque et conserve quasiment dans son intégralité son vocabulaire architectural et décoratif de grande qualité. L’amphithéâtre et le laboratoire de chimie en font un des bâtiments les plus représentatifs de la fonction de l’école et de son enseignement. Sa valeur patrimoniale est très forte dans toutes ses composantes, qui sont impérativement à préserver. »


18. Bâtiment des grands laboratoires de l’école d’agronomie de Grignon
Photo : Didier Rykner
Voir l´image dans sa page

* le bâtiment des grands laboratoires (ill. 18 et 19)

Là encore, nous cédons la parole à la conservatrice des monuments historiques lors de la CNPA : « Le bâtiment des grands laboratoires a été élevé en 1910 et agrandi en 1924. Il appartient comme le précédent à l’histoire de l’enseignement de l’école avec une architecture monumentale de qualité. Il conserve encore son clos et son couvert, dont une verrière, ses escaliers d’origine et son amphithéâtre. Il est à noter au sous-sol la présence de rails qui permettaient d’acheminer de la terre nécessaire à l’enseignement. L’intérêt patrimonial est indéniable. »


19. Bâtiment des grands laboratoires de l’école d’agronomie de Grignon
Photo : Didier Rykner
Voir l´image dans sa page

* la grande bergerie (ill. 20 et 21)

Elle a été construite en 1836-1837 par l’ingénieur Jean-Barthélémy Camille Polonceau, puis conservée en centre hippique sans que son architecture d’origine ait été altérée. « Cette grande halle, dont la couverture est composée de grandes fermes en bois, représente un système constructif innovant pour l’époque. » Une simple photo montre le très grand intérêt de cette architecture.


20. Grande bergerie de l’école d’agronomie de Grignon
Photo : Didier Rykner
Voir l´image dans sa page
21. Grande bergerie de l’école d’agronomie de Grignon
Photo : Didier Rykner
Voir l´image dans sa page

* le pavillon du directeur (ill. 22 et 23)

Construit en 1867, la description faite par le GRAHAL démontre amplement son grand intérêt : « Le pavillon du directeur, formant une véritable maison « bourgeoise » à la campagne, fut conçue dans la seconde moitié du XIXe siècle, en cherchant un dialogue avec l’architecture du château. Pour son implantation en face du château et pour sa position sur une butte, cet édifice est doté d’une forte valeur symbolique. Véritable nouveau siège du pouvoir, il se mettait en opposition avec le château. Il conserve encore aujourd’hui la plupart de ses dispositions anciennes, dont sa structure, son clos et couvert, ses distributions et son décor. »


22. Maison du directeur de l’école d’agronomie de Grignon
Photo : Didier Rykner
Voir l´image dans sa page
23. Maison du directeur de l’école d’agronomie de Grignon
Photo : Didier Rykner
Voir l´image dans sa page

* le pavillon Vanderwynckt (ancien internat)

Construit en 1919, son intérêt patrimonial est fort. Sur son état actuel, voir ce que nous en écrivons un peu plus loin (ill. 24).

* le domaine conserve encore plusieurs petits bâtiments : le pavillon de la serre, le pavillon dit n° 23, le bâtiment dit n° 21, ainsi que les grandes serres de la fin du XIXe siècle, en ruine, dont le rapport du GRAHAL signale le fort intérêt et dont la conservatrice des monuments historiques dit qu’elle ne semble plus restaurable, ce qui mériterait une étude plus approfondie (rappelons qu’elle est inscrite).

Nous ne parlerons pas ici des bâtiments construits après 1945, qui sortent de notre champ, ne sont pas protégés monuments historiques et sont d’un intérêt très faible, voire sans intérêt, à l’exception de la « résidence Ratineau », un internat, construit en 1949-1950 dans un style encore presque Art déco. Le GRAHAL souligne qu’il « présente un intérêt patrimonial pour la conception fonctionnelle de son plan et de sa structure. Il conserve encore ses façades et sa structure en béton armé, sa distribution et ses circulations rationnelles d’origine (orientation des ouvertures à l’Est ; circulations à l’Ouest) ».

Il faut maintenant s’interroger sur cette volonté de l’État de se séparer d’un des fleurons de son patrimoine. Ce qui nous permet de débusquer pas moins de six scandales dans cette affaire.

Six scandales d’État

1. Le domaine de Grignon est un domaine national qui ne devrait pas être aliéné.

Dans un document daté du 19 février 1976, émanant de la sous-direction des Monuments Historiques et des Palais Nationaux, on peut lire que : « L’École Nationale d’Agriculture de GRIGNON est un Palais National (ancien bien de la Couronne), affecté à l’Agriculture. » Les Palais nationaux ou Domaines nationaux sont, selon l’article L. 621-34 du Code du patrimoine : « des ensembles immobiliers présentant un lien exceptionnel avec l’histoire de la Nation dont l’État est, au moins pour partie propriétaire ». Mieux encore, ils devraient être théoriquement inaliénables et imprescriptibles.

Oui, mais en réalité les domaines nationaux n’ont jamais eu de définition dans la loi, et leur liste exhaustive n’a jamais été expressément établie. La loi relative à la liberté de création, à l’architecture et au patrimoine du 7 juillet 2016 avait au moins comme avantage de prévoir cette définition. Mais depuis qu’elle a été promulguée, il y aura maintenant bientôt presque cinq ans, une seule liste a été publiée, de six domaines nationaux devenant ainsi inaliénables, et dans laquelle on ne retrouve même pas Versailles ou Fontainebleau. Encore, moins, cela va sans dire, Grignon. Si sur le fonds, Grignon est un domaine national qui ne devrait jamais être vendu, dans la réalité des faits, l’État a le droit de s’en séparer. C’est scandaleux, mais c’est ainsi.

2. Le ministère de la Culture a donné un avis favorable contre les arguments patrimoniaux

Une fois la décision de vendre prise, encore faut-il avoir l’avis du ministère de la Culture, qui pour cela doit s’appuyer sur l’avis de la Commission nationale du patrimoine et de l’architecture. Celle-ci a donc discuté de la vente hypothétique du domaine de Grignon dans sa séance du 23 janvier 2020. On lit dans son compte-rendu l’avis de la conservatrice des monuments historiques : « on pourrait être tenté de donner un avis globalement défavorable à cette vente par l’État d’un lieu symbolique de son enseignement, si l’on s’en tenait à l’aspect historique et architectural. » Formidable donc ! Car ce sont ces aspects historiques et architecturaux, justement, qui doivent éclairer le ministre de la Culture.

Oui, mais, toujours selon la conservatrice : « cette vente a été décidée pour financer le projet de déménagement bien avant que les dispositions de la loi relative à la liberté de la création, à l’architecture et au patrimoine du 7 juillet 2016 ne rendent obligatoire la Consultation de la Commission nationale du patrimoine et de l’architecture sur les projets cession d’immeubles protégés au titre des monuments historiques appartenant à l’État ». On lit donc un peu plus loin : « En résumé, l’avis pour une sortie du giron de l’État serait défavorable, s’il ne fallait pas être réaliste. » Et c’est donc ce qui s’est passé. La commission a voté pour (avec un vote étriqué : cinq pour et huit abstentions) cette vente parce qu’il faut être « réaliste » et pas pour des raisons historiques ou architecturales, pour ne pas parler de protection du patrimoine !

Remarquons par ailleurs qu’il est faux d’écrire que la décision de vente avait été prise « bien avant » la loi. En effet, la décision de s’installer à Saclay pour l’Agro n’a été prise que le 24 mars 2015, et le texte de la loi a été déposé pour la première fois à l’Assemblée nationale le 8 juillet 2015, moins de quatre mois plus tard. Personne ne peut croire qu’au ministère de l’Agriculture et encore davantage au ministère de la Culture (pour peu qu’ils aient fait leur travail) l’un ait ignoré l’autre. De toute façon, l’avis du ministère de la Culture était toujours nécessaire, et il aurait dû, bien évidemment, être négatif, s’agissant d’un domaine national.

3. Le ministère de la Culture entérine la sous-protection du domaine

Le domaine de Grignon est seulement « inscrit » monument historique, depuis le 5 juillet 1941. La portée de l’arrêté n’est pas clair puisqu’il fait seulement mention de « l’école nationale d’agriculture ». Ainsi, le directeur de l’architecture, répondant le 26 décembre 1966 à l’architecte des bâtiments de France qui s’interrogeait sur cette inscription, se voyait répondre que « seuls l’ancien Château de Grignon et les deux bâtiments des communs doivent être considérés, en définitive, comme inscrits sur l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques ». En 1983, l’architecte des bâtiments de France (ce n’était plus le même), s’interrogeait encore sur l’étendue de l’inscription. Aujourd’hui, comme cela a été dit lors de la Commission nationale du patrimoine et de l’architecture, on estime que « le site […] est inscrit dans sa globalité au titre des monuments historiques depuis le 5 juillet 1941, sous la dénomination d’École nationale d’agriculture » et que « les contraintes de la protection s’appliquent actuellement à tous les bâtiments ».

Même si, en 1985, devant ces incertitudes, la DRAC a fait établir un plan du domaine de Grignon joint à l’arrêté de protection, incluant dans la protection « l’ensemble du domaine de Grignon intra-muros et la ferme extérieure [3] », cette extension n’est pas régulière et reste fragile car absente de l’arrêté d’inscription d’origine. Des interprétations aussi différentes sont inquiétantes, car elles pourraient ouvrir une brèche une fois que le site aura été cédé à un tiers. Pour cette raison, il serait évidemment nécessaire de classer monument historique au moins le château et ses communs datant du XVIIe siècle, mais aussi une partie des autres bâtiments, notamment ceux datant du XIXe siècle. Or, les discussions de la Commission nationale du patrimoine et de l’architecture lorsqu’a été abordé cette question ont été complètement surréalistes.

En effet, un de ses membres s’est inquiété de la faiblesse de la protection : « le problème essentiel est de savoir si la protection au titre des monuments historiques existante est suffisante », et s’est déclaré « favorable, avant que la cession ne soit effective, à l’engagement d’une procédure de classement pour le château et l’ensemble du domaine ». Ayant eu l’occasion de s’occuper du château il y a longtemps, elle avait en effet vu des « vestiges de décors peints du XVIIe siècle, qui constituent des trompe-l’œil semblables à ceux visibles dans le château de Saint-Marcel-de-Félines (Loire). » Ces vestiges ne sont plus visibles, mais ils peuvent être cachés par des faux-plafonds. Et c’est alors que la conservatrice des monuments historiques explique sans rire que : « la différence essentielle [d’un immeuble inscrit] avec un immeuble classé se situe au niveau des règles en matière de maîtrise d’œuvre, qui imposent le recours à un maître d’œuvre qualifié pour la réalisation de travaux de restauration sur un immeuble classé n’appartenant pas à l’État ». Emmanuel Étienne, sous-directeur des monuments historiques et des sites patrimoniaux a surenchéri rappelant que « l’inscription permet le contrôle scientifique et technique de l’État, comme dans le cas du classement. Le préfet de région est obligatoirement saisi des projets de travaux sur un immeuble inscrit, comme sur un immeuble classé. La différence entre les deux niveaux de protection concerne la maîtrise d’œuvre » ; il « doute qu’un classement soit, dans le cas présent, la solution appropriée ».

Emmanuel Étienne, que nous avons donc interrogé à nouveau sur cette position, n’a pas hésité à confirmer ses dires, dans la réponse suivante, soulignant par ailleurs que « la Commission nationale n’a pas émis de vœu de classement du domaine au titre des monuments historiques » : « Lors de cette séance, la DRAC et la direction générale des patrimoines et de l’architecture ont rappelé que les travaux sur les immeubles inscrits - comme pour les immeubles classés - sont exécutés sous le contrôle scientifique et technique des services de l’État chargés des monuments historiques. Le préfet de région (DRAC) est obligatoirement saisi des projets de travaux sur un immeuble inscrit, comme sur un immeuble classé. La différence entre les deux niveaux de protection concerne principalement la maîtrise d’œuvre : les travaux de restauration d’un immeuble classé doivent être confiés à un architecte spécialisé (architecte en chef des monuments historiques ou architecte du patrimoine ayant au moins 10 ans d’expérience dans le domaine de la restauration du bâti ancien). Le recours à un architecte spécialisé est recommandé pour la restauration des immeubles inscrits, mais il n’est pas obligatoire. »


24. Pavillon Vanderwynckt de l’école d’agronomie de Grignon
La plupart des dispositions et distributions intérieures ont été supprimés malgré le
« contrôle scientifique et technique théorique » de la DRAC
Photo : Didier Rykner
Voir l´image dans sa page

Remarquons trois choses :

- s’il est exact que la commission nationale du patrimoine et de l’architecture « n’a pas émis de vœu de classement du domaine au titre des monuments historiques », c’est parce que d’une part ce n’était pas à l’ordre du jour, et d’autre part qu’aucun vote en ce sens n’a été organisé.
- le ministère de la Culture met en avant le « contrôle scientifique et technique de l’État », faisant croire ainsi que ce contrôle serait exercé sérieusement : qui peut le croire, quand on lit par exemple p. 69 du rapport du GRAHAL, à propos du pavillon Vanderwynct que « la réhabilitation et restructuration lourde (opération de façadisme ?) mises en place vers 2005 pour le transformer en salles de cours, a comporté la perte de la plupart des dispositions et distributions intérieures. » Où était le « contrôle scientifique et technique » de la DRAC qui a laissé faire ces travaux sur un monument inscrit, alors qu’il appartenait encore à l’État, et non à un promoteur privé ?
- il est incroyable de voir deux personnes en charge de la protection du patrimoine au ministère de la Culture, l’une conservatrice à la DRAC Île-de-France, l’autre sous-directeur des monuments historiques et des sites patrimoniaux à la direction générale des patrimoines et de l’architecture, aussi peu au fait du code du patrimoine, qui devrait être leur lecture de chevet ; prétendre que la seule différence entre l’inscription et le classement serait le recours obligatoire dans le second cas à un architecte spécialisé est véritablement ahurissant, car c’est faux, totalement faux ; il est impossible dans le cadre de cet article déjà long d’approfondir ce point, mais ceux que cela intéresse pourront lire notre autre article ici. Refuser de classer un tel monument constitue de la part du ministère de la Culture une faute grave.

À ce propos, il n’est pas inutile de citer un rapport effectué à destination de la commission des monuments historiques (ancêtre de la CNPA) par Pierre Paquet, Inspecteur général des monuments historiques : « M. l’Inspecteur général Pontremoli […] suggère de classer le château afin que Bâtiments Civils et Monuments Historiques puissent ensemble rendre à cette demeure un peu de son luxe d’antan. Excellente pensée à laquelle nous voudrions pouvoir nous rallier sans réserve, mais en ce moment, serait-il sage de la part du service des Monuments Historiques d’augmenter ses charges par ce nouveau classement, alors que, faute de crédit, il ne peut remplir celles qui lui incombent déjà ? Si nous nous trouvions en présence d’un édifice en péril, menacé de transformations importantes, nous n’hésiterions pas à intervenir, mais ici ce n’est pas le cas, le château appartient à l’État et c’est le service des Beaux-Arts qui en assure l’entretien, nous avons donc toute quiétude à son sujet. Dans ces conditions, nous pensons qu’il y a lieu d’inscrire le château et les deux bâtiments des communs sur l’inventaire supplémentaire, et pour le classement d’attendre des jours meilleurs, c’est-à-dire le moment où les crédits du service des Monuments Historiques seront augmentés ».
On sait que l’inscription ne sera effective que huit ans plus tard. Il reste que dès 1933, on estime que le classement devrait s’imposer et si on le refuse, c’est (comme on le fait souvent aujourd’hui), pour des raisons budgétaires, qui ne sont absolument pas ce que prévoit la loi et parce qu’on pense que la protection donnée par la propriété de l’État suffit. Or le domaine sera bientôt privatisé, ce qui impose une protection complète du domaine qui ne peut être que le classement.

4. Le patrimoine mobilier, très important, n’est pas protégé.

Comme toutes les écoles scientifiques, l’Agro a réuni depuis toujours un ensemble mobilier très important et qui a d’ailleurs fait l’objet d’études et d’inventaires. Nous pouvons citer ici, notamment, un document établi de sa propre initiative par Monsieur Jean Vincent, professeur d’AgroParisTech à la retraite, et président du Collectif pour le Futur du Site de Grignon (CFSG), autre association s’inquiétant du devenir de ces lieux. Celui-ci distingue cinq catégories de patrimoines mobiliers matériels [4] :

- les documents d’archives administratives
- les collections du « Musée du Vivant », qui comprennent probablement (l’estimation est à confirmer) plus de 40 000 objets, qui comprennent des collections artistiques, scientifiques, imprimées, historiques, de la vie quotidienne et de l’histoire d’AgroParisTech. On trouve en ligne un aperçu de ces collections, classées selon cette nomenclature, sur ce site. La richesse de ce fonds est impressionnante, qui va des herbiers anciens aux instruments scientifiques, en passant par des plaques de verre photographiques ou des estampes de botanique ; ou encore des images d’Épinal, des estampes japonaises, jusqu’à un fonds d’affiches anciennes.
- les ouvrages, dont un fonds ancien, comprenant en tout plus de 38 000 volumes.
- des « œuvres mémorielles » telles que des monuments funéraires, des statues, des plaques commémoratives,
- du mobilier, appareil de laboratoire, objets décoratifs…


25. Henri Boisgontier (1851-1941)
Rubiacées
Aquarelle et gouache sur papiers marouflés sur toile - 231,5 x 123 cm
Grignon, Musée du Vivant
Photo : Didier Rykner
Voir l´image dans sa page

La bibliothèque du château conserve un partie de ces objets et nous avons pu en voir quelques-uns, comme ces extraordinaires aquarelles gouachées sur toile d’Henri Boisgontier, peintre de paysage, qui fut élève de Louis Français. Ces grandes planches botaniques (234 x 122 cm !), dont Grignon conserve 49 exemples, sont d’une qualité remarquable (ill. 25). Nous avons pu également voir quelques ouvrages de botaniques d’un intérêt évident, notamment pour la qualité des illustrations (ill. 26 à 28).


26. Planche des œuvres complètes
de Jean-Jacques Rousseau
Tome sixième, 1789
Grignon, Musée du Vivant
Photo : Didier Rykner
Voir l´image dans sa page
27. Planche des œuvres complètes
de Jean-Jacques Rousseau
Tome sixième, 1789
Grignon, Musée du Vivant
Photo : Didier Rykner
Voir l´image dans sa page

28. Planche du Nouveau Duhamel ou Traité des arbres et arbustes qui se cultivent en France, tome sixième
Grignon, Musée du Vivant
Photo : Didier Rykner
Voir l´image dans sa page

Si une partie de ces collections est donc actuellement conservée dans des conditions correctes, il n’en va pas de même de l’intégralité du fonds. La manière dont le compte-rendu de la CNPA parle de cet ensemble est éloquente : « objets scientifiques, collections minéralogiques, collections naturelles, herbiers entreposés sans ménagement dans la maison du directeur, cahiers entassés dans le bâtiment Dehérain ». Devant le constat fait par tous les participants à cette commission que la conservation de cet ensemble est menacée, se pose la question de savoir si « une protection au titre des monuments historiques des collections est envisageable ». La réponse de la conservatrice des monuments historiques : « une telle protection, supposant une étude importante, n’a pas été envisagée. » C’est bien dommage, d’autant que depuis plus d’un an que ce constat a été effectué, rien n’a été fait pour y remédier. Certes, comme le précisait Emmanuel Étienne lors de la CNPA, un courrier a été adressé au ministre de l’Agriculture pour lui proposer que le ministère de la Culture apporte « un conseil, une assistance ou une expertise au ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation, ainsi qu’à l’école AgroParisTech, en vue de l’évaluation des collections et de leur préservation ». Aucune réponse n’a été donnée. Cela justifie-t-il de ne rien faire ? Qu’attend la direction générale des Patrimoines et la DRAC Île-de-France pour agir ? Si eux ne font rien, qui le fera ? Que va devenir ce patrimoine après que tous les sites seront réunis à Saclay, où rien n’est prévu pour les accueillir et les conserver ?

Il faut, par ailleurs, dire un mot des monuments sculptés du parc. Comme nous l’avait signalé il y a quelques années Thérèse Burollet, on y trouve notamment : « le monument aux morts des élèves de l’École tués en 1914-1918 (ill. 29), réalisé par un Albert Bartholomé âgé, gratuitement , car le sculpteur était très attaché à la commune de Thiverval (actuellement Thiverval-Grignon) où il était né et avait passé toute son enfance » et le monument aux professeurs Dehérain, Mussat et Sanson par Eugène Léon L’Hoëst (ill. 30). Tout cela n’a même pas été abordé lors de la séance de la CNPA alors que les monuments sont déjà en piteux état.


29. Albert Bartholomé (1848-1928)
Monument aux morts des élèves de l’École tués en 1914-1918
Parc du château de Grignon
Photo : Didier Rykner
Voir l´image dans sa page
30. Eugène Léon L’Hoëst (1874-1937)
Monument aux professeurs Dehérain, Mussat et Sanson, 1904
Parc du château de Grignon
Photo : Didier Rykner
Voir l´image dans sa page

5. Le ministère de l’Agriculture n’entretient plus les bâtiments

Ayant décidé de se débarrasser du domaine et des bâtiments, le ministère de l’Agriculture a cessé, tout simplement, d’entretenir les bâtiments. C’est ce qui ressort des documents auxquels nous avons pu avoir accès, notamment dans le compte-rendu de la CNPA : « Certains bâtiments ne font déjà plus l’objet de travaux et sont étayés, comme le pavillon du directeur. On ne peut donc, sous peine de voir les édifices se détériorer de plus en plus, qu’espérer qu’un repreneur se passionne pour le site. » Donc non seulement le ministère de l’Agriculture n’entretient plus les bâtiments (pourtant, rappelons-le, inscrits monuments historiques), mais le ministère de la Culture (ou plutôt la CNPA, chargé de le conseiller, et dont une grande partie des membres travaillent à ce ministère) en prend prétexte pour autoriser sa vente. Rappelons qu’une des différences, justement, entre l’inscription et le classement, c’est de permettre de faire effectuer des travaux d’office. Ici, c’est impossible pour deux raisons : l’État ne va jamais imposer à l’État de faire des travaux d’office et de toute façon les bâtiments ne sont qu’inscrits, ce qui ne permet pas de travaux d’office [5]. En refusant de les classer, l’État se prive donc d’une arme qu’il pourrait utiliser contre le repreneur qui pourra ainsi laisser les bâtiments se dégrader encore davantage. On comprend pourquoi Emmanuel Étienne ne veut pas classer l’ensemble : cela impliquerait davantage de contraintes pour le repreneur, et donc le prix baisserait…

6. Un critère de prix qui n’est même plus d’actualité

Comme le révèle une enquête de Mediapart parue le 18 décembre 2020, une information confirmée par la mairie de Thiverval dans sa revue d’information de février 2021 : l’État a vendu le site de la rue Claude Bernard (où les Agros faisaient leur deuxième et troisième année) pour 110 millions d’euros, soit presque la totalité de la somme attendue de la vente des sites franciliens d’AgroParisTech (qui était égale à 130,7 millions). L’État n’a donc plus besoin de vendre Grignon, et en tout cas plus besoin de le vendre au plus offrant qui pourrait également être le moins disant du point de vue patrimonial et environnemental. Désormais, le produit de la vente escomptée du domaine pourrait aller, toujours d’après cet article, de 10 à 12 millions d’euros.
Or, les trois critères retenus pour la sélection de l’acheteur sont les suivants, dans l’ordre :
1. Fiabilité du montage juridique et financier
2. Prix
3. Qualité du projet.

Que la fiabilité du montage juridique et financier soit un point important - s’il faut vraiment vendre le domaine - nul n’en doute. Mais comment peut-on faire passer le prix avant la qualité du projet, sinon pour favoriser des projets qui ne seraient pas « de qualité », c’est-à-dire préservant le patrimoine bâti, historique et naturel ?

À la date de l’article, dix acquéreurs potentiels avaient été retenus dont une majorité de sociétés immobilières. Deux projets avaient pour objectif de « valoriser l’intérêt écologique du domaine et sécuriser ses terres agricoles, sans urbanisation », en prévoyant aussi de rouvrir la forêt de Grignon - fermée après la tempête de 1999 - au public. Il s’agissait de celui de l’association Grignon 2000, créée par d’anciens élèves après la tempête de 1999 et de celui de la Communauté de communes Cœur d’Yvelines. Comme l’anticipait Mediapart, ces deux projets ont désormais fusionné et constituent l’un des quatre projets retenus pour ce tour final. Le dernier projet encore en course est celui du Grand Paris Aménagement, en lien avec la région Île-de-France. Celui-ci n’est en définitive pas si éloigné de celui de Grignon 2000 puisqu’il ne cherche pas à faire de spéculation immobilière mais souhaite installer sur le site l’école d’agriculture UniLaSalle, ce qui aurait une cohérence avec la vocation du domaine, en développant le tourisme et en choisissant une affectation hôtelière pour le château.

La maire de Thiverval, Nadine Gohard, nous a confirmé sa position rapportée par Mediapart. Ses propos sont à souligner tant ils vont à rebours de ce que l’on a l’habitude d’entendre chez les élus : « Nous sommes un village rural qui tient à le rester. Nous espérons que le projet choisi respectera notre volonté. Nous avons toujours vécu en bonne intelligence avec les étudiants. Le campus va partir, c’est un fait, et nous avons compris que son installation à Saclay était irréversible. Mais c’est un site qui est tellement lié à l’agriculture qu’il ne faut pas changer cela ». Elle ajoute qu’elle dispose d’un outil puissant pour faire respecter les souhaits de la commune qui sont aussi ceux des habitants : « Notre Plan Local d’Urbanisme dit qu’on ne peut construire que sur la zone déjà construite, et si cela a un rapport avec l’école d’agronomie. Dans les zones N et A (naturelle et agricole), nous ne donnerons jamais l’autorisation de construire ». Un PLU, cela peut se modifier, mais la mairie vient d’être élue et est en place pour au moins cinq ans, ce qui devrait refroidir l’ardeur des promoteurs. Néanmoins, la maire ne cache pas son inquiétude : « Nous sommes le pot de terre contre le pot de fer, un village de 1400 habitants face à l’État. Mais nous résistons. »

En guise de conclusion (provisoire)

Il est possible de sortir par le haut de cette affaire. Il faut donc espérer que l’État va se comporter pour le bien commun, et non pas pour obtenir le plus d’argent possible en détruisant un espace naturel et des terres agricoles, tout en dénaturant un monument historique. Comme l’a dénoncé à plusieurs reprises le Comité pour le futur du site de Grignon dans un blog hébergé par Mediapart, « le gouvernement reste déterminé à vendre au plus offrant, sans égard pour son importance exceptionnelle, ce patrimoine historique, scientifique, naturel et mémoriel situé dans la plaine de Versailles ».

Pourtant, il y a désormais, deux projets qui semblent tenir la route pour une utilisation respectueuse du site dans tous ses composants. Clairement, le projet de la Communauté de commune associée à Agro 2000 nous semble - d’après ce que nous en savons - le plus intéressant, qui prend en compte aussi les collections de l’école pour en faire un musée. Son objectif n’est pas pécuniaire, mais de conserver le site tel qu’il est, en gardant intact le domaine intra-muros, tout en cherchant à développer des activités rentables pour faire vivre l’ensemble.

Ayant une composante privée (d’anciens élèves de l’Agro dont certains sont des investisseurs prêts à mettre plusieurs millions dans le projet) et publique (la Communauté de communes), il est également vu d’un bon œil par le département des Yvelines qui, sans s’engager, a mis à disposition sa société d’aménagement. Le plan de financement est très sérieux, associé aux porteurs du projet des emprunts, notamment auprès de la Banque des Territoires (une filiale de la Caisse des Dépôts et Consignations en charge du financement de projets de collectivités locales). Sollicité, Stéphane Bern a confirmé l’intérêt que sa mission portait à un tel projet « proche de ses valeurs ».

Parmi les deux promoteurs immobiliers figure la filiale d’Altarea, Histoire et Patrimoine, qui a sévi récemment au château de Pontchartrain, en découpant le château en appartements, ce qui est évidemment une catastrophe du point de vue patrimonial (voir les articles). Contactée, elle nous a répondu ne pouvoir parler du projet encore en consultation. Elle a néanmoins tenu à préciser que celui-ci « ne prévoit pas de découper le bâtiment du château en appartements […] nous avons prévu un autre usage pour le château pour justement préserver ses volumes. » Nous n’avons pas d’éléments sur le deuxième promoteur qui serait lié à un fonds de pension.

On ne pourrait pas comprendre que l’État vende à des promoteurs un fleuron de son patrimoine, domaine essentiel du point de vue de l’histoire et de l’architecture, mais aussi de la science, alors qu’il y a une alternative, voire deux, à ce scénario. On comprend d’autant moins l’attitude du ministère de la Culture et de la DRAC Île-de-France qui, en refusant de protéger davantage le domaine et ses collections font indirectement le jeu des promoteurs. Quant au ministère de l’Agriculture...

Voilà donc où en est le processus de vente du domaine de Grignon. Trop avancé pour être annulé et pour que celui-ci reste dans le giron de l’État, mais pas assez pour ne pas en sortir par le haut.

Didier Rykner

Notes

[1Les éléments contenus dans ce chapitre proviennent essentiellement de l’étude menée par le Groupe de Recherche Art Histoire et Littérature (GRAHAL) commandée pour la mise en œuvre de cette cession.

[2Rapport du GRAHAL, p. 41.

[3Voir le rapport du Grahal, p. 7.

[4Une partie de ce patrimoine se trouve sur le site de la rue Claude Bernard, dont il devra partir puisque ce site a déjà été vendu.

[5Ceux-ci, qui consistent à imposer des travaux au propriétaire, ne sont possibles que pour les monuments classés, et pas pour les monuments inscrits.

Mots-clés

Vos commentaires

Afin de pouvoir débattre des article et lire les contributions des autres abonnés, vous devez vous abonner à La Tribune de l’Art. Les avantages et les conditions de cet abonnement, qui vous permettra par ailleurs de soutenir La Tribune de l’Art, sont décrits sur la page d’abonnement.

Si vous êtes déjà abonné, connectez-vous.