Deux tableaux surprenants acquis par Orsay

Didier Rykner

15/7/13 - Acquisitions - Paris, Musée d’Orsay et Hartford, Wadsworth Atheneum - Le Musée d’Orsay a acquis, auprès de la galerie Vincent Lécuyer qui les avait présentés tous les deux à la BRAFA 2013 où nous les avions remarqués (voir l’article) deux tableaux surprenants (ill. 1 et 2), voire déconcertants, réalisés à l’extrême fin du XIXe siècle par des peintres d’histoire français.


1. Henri-Camille Danger (1857-1939)
Fléau !, 1901
Huile sur toile - 180,5 x 144,5 cm
Paris, Musée d’Orsay
Photo : Galerie Vincent Lécuyer
Voir l´image dans sa page
2. Henri-Paul Motte (1846-1922)
La fiancée de Belus, 1885
Huile sur toile - 178 x 122 cm
Paris, Musée d’Orsay
Photo : Galerie Vincent Lécuyer
Voir l´image dans sa page

Déconcertants car on n’est guère habitué à ce type de peinture, non exempte d’un certain kitsch, qui pousse très loin le goût pour une mythologie étrange et quelque peu barbare. On pourrait rapprocher ces toiles, par exemple, de certaines de celles peintes par un Gustave Doré ou encore un Henri Rochegrosse dont une superbe rétrospective - sur laquelle nous reviendrons - est organisée à Moulins. On est, comme souvent dans la peinture d’histoire de la fin du XIXe siècle, déjà très près de l’art cinématographique, anticipant parfois des films beaucoup plus récents. Comme nous l’a écrit Vincent Lécuyer avec humour, Fléau ! de Henri-Camille Danger (ill . 1) est un peu « un genre de Hulk mais en beau garçon ».

Henri-Camille Danger fut élève de Jean-Léon Gérôme et d’Aimé Millet, et obtint le prix de Rome en 1887. Son Fléau !, un géant nu, sorte d’allégorie de la Guerre portant une massue et ayant visiblement tout massacré et incendié sur son passage, a été présenté au Salon des Artistes Français en 1901. Selon le critique de L’Autorité : « Le Fléau de M. Danger est un vaste géant dont le meurtre entretient la santé. Il marche à pas tranquilles par les rues jonchées de cadavres, comme un bon ouvrier qui vaque à son travail ».
Même aujourd’hui, un tableau comme celui-ci surprend. Peut-on tenter une explication à la multiplication des œuvres de ce genre à la fin du XIXe siècle : la peinture d’histoire n’étant plus très à la mode, sans doute certains artistes voulaient-ils frapper les visiteurs par des compositions toujours plus extravagantes ?

Celle de Henri-Paul Motte, un artiste plus jeune d’une dizaine d’années que Henri-Camille Danger, également élève de Gérôme, n’est pas moins intrigante (ill. 2). Également exposée au Salon des Artistes Français (mais en 1885), on y voit une jeune vierge donnée en offrande à Bélus, dieu babylonien ; après un concours de beauté, une jeune fille était désignée, qui restait pendant une journée sur les genoux du Dieu puis était remplacée par une autre.
Le tableau de Motte le plus connu, Richelieu au siège de la Rochelle, illustrait tous les livres d’histoire des écoliers.


3. Henri-Paul Motte (1846-1922)
Le cheval de Troie, 1874
Huile sur toile - 96 x 147 cm
Hartford, Wadsworth Atheneum
Photo : Saint Honoré Art Consulting
Voir l´image dans sa page

On en profitera pour rappeler ici qu’un tableau de cet artiste a été récemment acquis par le Wadsworth Atheneum d’Hartford auprès d’Étienne Bréton à Paris [1]. Nous l’avions évoqué dans notre article sur la BRAFA mais sans le reproduire (ill. 3). Cette œuvre n’est pas moins saisissante que La fiancée de Bélus acquise par Orsay, avec son cheval de bois gigantesque et son effet de nuit. Là encore, nous sommes presque dans une œuvre cinématographique.

Vos commentaires

Afin de pouvoir débattre des article et lire les contributions des autres abonnés, vous devez vous abonner à La Tribune de l’Art. Les avantages et les conditions de cet abonnement, qui vous permettra par ailleurs de soutenir La Tribune de l’Art, sont décrits sur la page d’abonnement.

Si vous êtes déjà abonné, connectez-vous.