Deux acquisitions pour Toulouse : Matylda Rosen et Dagnan-Bouveret

Bénédicte Bonnet Saint-Georges

30/10/18 - Acquisitions - Toulouse, Musée des Augustins - Signé Matylda et daté 1884, un buste d’homme en marbre, probablement le Christ, a été acheté à la Galerie 54 de Paris par le Musée des Augustins de Toulouse (ill. 1 et 2). Il permet de mettre en exergue une sculptrice méconnue du XIXe siècle.


1. Matylda Rosen (1836-1887)
Buste d’homme. Le Christ mourant (?), 1884
Marbre
Toulouse, Musée des Augustins
Photo : Galerie 54
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2. Matylda Rosen (1836-1887)
Buste d’homme. Le Christ mourant (?), 1884
Marbre
Toulouse, Musée des Augustins
Photo : Galerie 54
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Née à Varsovie en 1836, Matylda Rosen s’installa à Paris en 1875 avec son troisième mari, le sculpteur Cyprien Godebski. Ils firent construire un hôtel particulier près du parc Monceau, 75 rue de Prony, où se pressa le Tout-Paris littéraire et artistique : Mallarmé, Gabriel Fauré, les frères Goncourt et quelques autres. Godebski était en outre le père de Misia, future Misia Sert, fille d’un premier lit, qui évoque sa belle-mère dans son autobiographie. Comme le signale Charlotte Riou, il ne faut pas confondre Matylda avec Mathilde Godebski, née de la Fresnaye, qui épousa Cyprien Godebski en troisièmes noces, en 1888, et qui était également peintre et sculptrice.

On ne sait pas grand chose sur sa formation. Sans doute a-t-elle appris la sculpture auprès de son mari et d’autres artistes rencontrés à Paris. Quoi qu’il en soit, elle a exposé tardivement : au Salon de Bruxelles en 1884, elle présenta une Tête d’étude du Sauveur mourant, en plâtre ou en terre cuite ; puis elle en montra la version en marbre au Salon de Paris en 1885, qui est probablement la sculpture acquise par le Musée des Augustins. En 1886, elle exposa en outre une Invocation en plâtre.
S’il s’agit bien de la tête du Christ mourant sur la croix, Matylda Rosen choisit de n’exprimer ni douleur ni extase, mais de montrer Jésus, les yeux mi-clos, dans son humanité. La tête baissée lui permet de jouer avec les mèches de cheveux qui tombent et suggèrent le mouvement de tête d’un homme affaibli ; leur traitement presque décoratif se retrouve dans la barbe très détaillée.
Il reste à savoir si l’œuvre de Matylda Rosen se compose d’un nombre plus conséquent de sculptures. Son désir d’exposer suggère en tout cas qu’elle ne semblait pas pratiquer cet art en simple dilettante.

3. Pascal Adolphe Jean Dagnan-Bouveret (1852-1929)
Portrait d’une élégante, vers 1890
Huile sur toile
Toulouse, Musée des Augustins
Photo : Thierry Mercier
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Autre acquisition, le portrait d’une élégante par Pascal-Adolphe-Jean Dagnan-Bouveret - peut-être sa femme - a été acheté [1] à la galerie Thierry Mercier (ill. 3). Peinte en grisaille, laissée inachevée - volontairement ? - cette étude met en valeur la grâce du visage et des gestes. Peut-être est-elle préparatoire à un portrait mondain non localisé, peut-être a-t-elle été réalisée pour elle-même.
Le geste de la main sur le menton se retrouve chez d’autres figures du peintre, notamment dans une étude, également en grisaille, pour Ophélie, ainsi que dans le tableau Sur les Cimes.
Portraitiste, peintre d’histoire et de genre, Dagnan-Bouveret s’intéressa aussi bien aux scènes de la vie quotidienne, notamment en Bretagne, qu’aux sujets religieux, sa peinture prenant une dimension spirituelle à la fin des années 1890. Il réalisa en outre quelques modèles pour la gravure, qu’il peignit là encore en grisaille ; celui qu’a acquis la Maison Victor Hugo était destiné à illustrer les Contemplations (voir la brève 3/2/14). Le Musée des Augustins avait consacré une exposition à la beauté des œuvres en grisaille (voir l’article).

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