Deux préemptions du Louvre : Gros et Peyron

Didier Rykner 2 2 commentaires

30/10/18 - Acquisitions - Paris, Musée du Louvre - C’est un véritable chef-d’œuvre d’Antoine-Jean Gros (ill. 1) qu’a acquis ce soir le département des peintures du Louvre chez Sotheby’s, lors de la vente Pierre Bergé. Un achat d’autant plus réjouissant que ce tableau nous avait marqué lors de la première vente Bergé-Saint-Laurent. Il n’avait alors pas été adjugé et était donc resté chez le collectionneur. Il vient de se vendre 369 000 € (avec les frais) avant d’être préempté par le Louvre.


1. Antoine-Jean Gros (1771-1835)
David jouant de la harpe pour le roi Saul, 1822
Huile sur toile - 184 x 227 cm
Préempté par le Musée du Louvre
Photo : Sotheby’s
Voir l´image dans sa page

Cette peinture fut commandée en 1821 par le duc d’Orléans, futur Louis-Philippe, pour sa galerie du Palais-Royal. La scène représente un épisode rarement traité, tiré du livre de Samuel : David, après avoir tué Goliath, joue de la harpe pour Saul, afin de le distraire de sa mélancolie et surtout de sa jalousie envers le jeune héros, qui aurait pu être fatale à ce dernier. Le livret du Salon de 1822, où il fut exposé, le présente sous le titre suivant : David introduit près de Saül pour dissiper par l’harmonie de sa harpe les sombres idées dont ce roi était tourmenté.
Cette œuvre est typique des contradictions qui se faisaient jour, de plus en plus, chez Gros, entre son néoclassicisme issu de David et le romantisme naissant qui avait déjà donné des chefs-d’œuvre comme le Radeau de la Méduse du Salon de 1819, peint par Géricault qui d’ailleurs fut également marqué par Gros. Si les figures du tableau ont encore largement un canon classique, l’expression de Saul, mais aussi l’atmosphère générale de la composition dont les coloris rouges et l’arrière-plan semblent symboliser l’état d’esprit de ce dernier, donnent à cette œuvre une connotation romantique qu’il est difficile d’ignorer. L’ensemble rappelle aussi certaines scènes ossianesques, fréquentes dans la peinture de l’époque.


2. Pierre Peyron (1744-1814)
Les jeunes Athéniens et les jeunes Athéniennes tirant au sort pour être livrés au Minotaure
Plume et encre de Chine, lavis d’encre de Chine, sanguine - 46 x 85 cm
Préempté par le Musée du Louvre
Photo : SVV Millon
Voir l´image dans sa page

Le département des Arts graphiques, qui a acheté récemment une petite feuille de Gros 20% plus cher que cette grande toile du même peintre (voir cet éditorial), a pour sa part préempté le 15 octobre dernier, chez Millon, une œuvre de Pierre Peyron (ill. 2), le rival malheureux de David.
S’il s’agit d’une grande feuille, celle-ci ne s’est vendue que 42 900 € (avec les frais) ce qui peut s’expliquer par sa qualité assez faible pour l’artiste et son état très moyen. Il s’agit d’une étude pour Les jeunes Athéniens et les jeunes Athéniennes tirant au sort pour être livrés au Minotaure, une esquisse exécutée par Peyron lors de son séjour à l’Académie de France à Rome au Palais Mancini. Seule l’esquisse fut peinte, l’artiste n’ayant jamais mené à bien un tableau de ce sujet, malgré plusieurs commandes. Quelques dessins pour cette composition, parfois d’assez grande taille comme celui-ci, sont conservés, mais montrent une composition plus poussée et des figures habillées alors qu’ici elles sont nues. Il est donc probable qu’il s’agisse ici d’une première pensée.

Vos commentaires

Afin de pouvoir débattre des article et lire les contributions des autres abonnés, vous devez vous abonner à La Tribune de l’Art. Les avantages et les conditions de cet abonnement, qui vous permettra par ailleurs de soutenir La Tribune de l’Art, sont décrits sur la page d’abonnement.

Si vous êtes déjà abonné, connectez-vous.