Charlotte Vignon quitte New York pour Sèvres

Charlotte Vignon
Photo : George Koelle
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3/2/20 - Nomination - Sèvres, Musée national de la Céramique - Si l’on parle souvent des conservateurs français qui partent faire carrière aux États-Unis, on évoque plus rarement les voyages en sens inverse. C’est pourtant le parcours que s’apprête à suivre Charlotte Vignon, qui travaillait depuis plus de vingt ans outre-Atlantique, où elle était depuis septembre 2009 curator of Decorative Arts à la Frick Collection de New York. Parmi les multiples expositions qu’elle a pu y superviser ou y organiser, l’une s’intéressait aux collections de porcelaines d’Henry Clay Frick et portait un titre qui semble aujourd’hui prophétique : From Sèvres to Fifth Avenue : French Porcelain at The Frick Collection. Charlotte Vignon va en effet passer de la Cinquième Avenue au musée national de céramique à Sèvres, dont il est prévu qu’elle prenne la direction à la fin du mois de février.

Après ses études d’Histoire de l’art à la Sorbonne, où elle étudia notamment le menuisier en sièges Louis-Charles Carpentier, Charlotte Vignon se tourna rapidement vers les États-Unis tout en continuant en parallèle de travailler à sa thèse consacrée aux célèbres marchands Duveen Brothers, qu’elle soutint en 2011 et qui vient de faire l’objet d’une publication recensée dans le numéro de janvier du Burlington Magazine ainsi que d’un article qui a l’avantage d’en offrir un résumé en français dans la dernière livraison de la Revue de l’Art. Avant de rejoindre la Frick, où elle fut d’abord Andrew W. Mellon Curatorial Fellow entre 2007 et 2009, elle exerça au département des sculptures européennes et des arts décoratifs du Cleveland Museum of Art ainsi qu’au Metropolitan Museum of Art de New York, tout en bénéficiant également de bourses de recherches au Getty Research Institute ou à la Huntington Art Collection and Library.

En douze ans passés à la Frick Collection, Charlotte Vignon a su remettre sur le devant de la scène les collections d’objets d’art du musée new-yorkais surtout connu pour ses toiles de maître. Comme dans tout musée américain, elle dut s’occuper de créer puis de gérer un groupe de mécènes soutenant les projets en lien avec les arts décoratifs et mener à bien des levées de fonds nécessaires aux acquisitions comme aux expositions. Musée de chefs-d’œuvre, réunis avec soin par son fondateur et sa fille, la Frick Collection n’achète qu’avec parcimonie : il convient de mentionner l’achat du Vase Japon en porcelaine de Sèvres (voir la brève du 26/10/2011) puis celui de l’aiguière de Saint-Porchaire (voir la brève du 16/3/15) et de la paire de candélabres de Pierre Gouthière (voir la brève du 6/4/16) auprès de la galerie Kugel à Paris. C’est d’ailleurs dans les salons des prestigieux marchands parisiens qu’eut lieu l’étape française de la grande exposition dédiée à l’orfèvre Johann-Christian Neuber (voir l’article) dont le joyau était bien sûr l’extraordinaire Table de Teschen qui fut ensuite acquise par le Musée du Louvre (voir la brève du 2/2/15). Pierre Gouthière fut de son côté célébré par une exposition qui fut présentée au Musée des Arts Décoratifs de Paris (voir l’article) à la suite de la Frick Collection.

La nouvelle directrice du musée de Sèvres s’apprête donc à entrer en fonctions avec la volonté affichée de faire bénéficier le musée national de céramique de son expérience américaine, ce qu’on ne peut que saluer. Si le nom de Sèvres est célèbre dans le monde entier, tel n’est pas toujours le cas du musée aux richissimes collections, qui ne bénéficie pas toujours du rayonnement qu’il mérite. Englobé dans l’établissement mal nommé « Cité de la Céramique », le musée national de céramique peine parfois à exister, le dialogue entre patrimoine et création qui caractérise Sèvres - au même titre que le Mobilier national - n’étant pas toujours à son avantage. Ces dernières années, on a pourtant pu y admirer une éblouissante exposition sur la sculpture à Sèvres au XVIIIe siècle (voir l’article) qui pourrait servir de modèle pour les prochaines années, que l’on espère donc fructueuses sur le plan scientifique avec des expositions, des colloques, la très attendue numérisation des archives de la manufacture ainsi que de belles acquisitions. Sèvres ne manque pas d’occasions pour enrichir ses formidables collections, certaines saisies avec bonheur (voir la brève du 10/10/18), d’autres inexplicablement manquées (voir la brève du 17/10/19) malgré le soutien précieux et fidèle de la Société des amis du musée national de céramique avec laquelle la nouvelle directrice aura probablement à cœur de travailler. Ayant œuvré aux coté de mécènes dans un musée de collectionneurs, nul doute que Charlotte Vignon saura attirer ceux-ci vers Sèvres et ses trésors encore trop méconnus. C’est en tous cas l’espoir que suscite sa nomination.

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