Un chef-d’œuvre de Jean Bourdichon pour le Getty

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15/7/24 – Acquisition – Los Angeles, The J. Paul Getty Museum – Lorsqu’il s’agit de « trésors nationaux » ayant quitté la France, il est parfois compliqué de se réjouir de voir des chefs-d’œuvre rejoindre de prestigieuses institutions internationales au lieu de venir enrichir les collections publiques françaises comme cet avis du 14 juin 2019 avait pu, un temps, le laisser espérer. On nous rétorquera assurément que le Getty a bien fait de réunir ces deux superbes enluminures de Jean Bourdichon, si précieuses dépouilles d’une commande royale du XVIe siècle : les Heures de Louis XII, peintes à Tours au début de son règne mais rapidement passées outre-Manche puis dépecées.


1. Jean Bourdichon (vers 1457-vers 1521)
Vierge de pitié, vers 1498-1499
Tempera et or sur parchemin
24,5 x 17 cm
Los Angeles, The J. Paul Getty Museum
Photo : Getty Museum
2. Jean Bourdichon (vers 1457-vers 1521)
Louis XII en prière, vers 1498-1499
Tempera et or sur parchemin
24,3 x 15,7 cm
Los Angeles, The J. Paul Getty Museum
Photo : Getty Museum

La Vierge de pitié (ill. 1) et Louis XII en prière (ill. 2) constituaient le diptyque ouvrant les Heures de Louis XII, dont on ne connaît plus aujourd’hui que des vestiges réunis à l’occasion d’une exposition organisée au Getty Museum puis au V&A, à Londres, en 2005-2006 mais plusieurs feuillets avaient également pu « revenir » à Tours en 2012 (voir l’article) où ils firent l’objet d’une longue notice de Pierre-Gilles Girault dans le riche catalogue de l’exposition « Tours 1500 Capitale des arts ». Si le Louvre avait su saisir l’opportunité d’acquérir en 2004 L’Adoration des Mages qui avait appartenu à Bernhard H. Breslauer par le biais de la galerie Les Enluminures, c’est bien le Getty Museum qui réussit à s’emparer - entre 2003 et 2004 - des quelques fragments de ce livre d’heures proposés sur le marché en commençant par la splendide Bethsabée.


3. La Vierge de pitié classée « trésor national »

Rarement soupçonnable de lyrisme excessif, le très sérieux Journal officiel résumait lui-même (ill. 3) les raisons qui justifièrent l’interdiction de sortie du territoire même si le livre resterait toujours impossible à reconstituer : l’arrêté du 6 juin 2019 précise ainsi qu’il importe d’en « conserver des éléments significatifs, tels que son premier feuillet récemment réapparu sur le territoire national ». Hélas, cela ne fut qu’un vœu pieux comme l’a triomphalement annoncé le Getty Museum plus de cinq ans après. La chose n’est d’ailleurs pas sans rappeler le destin d’un autre manuscrit essentiel, qui offrait en plus l’avantage d’être resté intact depuis le Moyen Âge (voir l’article) !

Comment ne pas en tirer les conclusions qui s’imposent ? Une provenance française offrait à l’État tout un arsenal de moyens juridiques et financiers destinés à faciliter la conservation des « trésors nationaux » lorsqu’ils réapparaissent discrètement au fil des ventes aux enchères normandes : comme l’expliquait Nicholas Herman dans l’article essentiel qu’il consacrait au feuillet redécouvert dans le huitième numéro de Colnaghi Studies Journal, celui-ci avait été proposé à Rouen comme une « école française du 19e siècle » en janvier puis en février 2018, où il fut acquis par la galerie Les Enluminures qui le vendit au Getty Museum, où il sera présenté en février 2025. Les amoureux de la Renaissance française pourront de leur côté se consoler à Paris avec Le Baiser de Judas, exposé au Musée Marmottan grâce à M. Daniel Wildenstein.

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