Un tableau divisionniste acquis par Orléans

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8/3/23 - Acquisition - Orléans, Musée des Beaux-Arts - Acquise auprès de la galerie Terrades à Paris, la toile de l’orléanais Louis Bouglé (ill. 1) a pris place au niveau -1 du Musée des Beaux-Arts d’Orléans. Rattachée à la ville par son auteur mais aussi par son sujet, La Loire à Orléans, elle étoffe les salles 1870-1940, en cours de redéploiement, d’une première œuvre divisionniste, le post-impressionnisme tout comme l’impressionnisme n’étant pas représenté dans les collections du musée. Depuis quelques jours, est présenté à ses côtés le Portrait de Louis Bouglé par Henri de Toulouse-Lautrec (ill. 2), prêté par le Musée d’Orsay dans le cadre des célébrations du 150e anniversaire de l’impressionnisme. Parallèlement à l’exposition Paris 1874. Inventer l’impressionnisme qui ouvrira à la fin du mois, le musée parisien consent le prêt de cent soixante dix-huit œuvres impressionnistes, « pré- », « para- » ou « post- » impressionnistes à trente-quatre musées répartis dans treize régions. Outre le portrait par Toulouse-Lautrec, le Musée des Beaux-Arts d’Orléans accueille une toile d’Auguste Renoir, Julie Manet au chat. Alors que cette dernière sera présentée pour une durée de trois mois, le Portrait de Louis Bouglé demeurera exposé un an aux côtés du paysage nouvellement acquis.


1. Louis Bouglé (1864-1924)
La Loire à Orléans, 1891
Huile sur toile - 35 x 27,5 cm
Orléans, Musée des Beaux-Arts
Photo : Musée des Beaux-Arts d’Orléans

Comme le précisent les notices du musée [1] et de la galerie Terrades, Louis Bouglé, plus connu sous le nom de L.B. Spoke, est passé à la postérité pour le rôle déterminant qu’il joua à la fin du XIXe siècle dans l’essor du cyclisme - coureur cycliste, entraîneur, chroniqueur, représentant français du fabricant anglais de la chaîne Simpson et propriétaire d’un important magasin de cycles boulevard Haussmann à Paris - plus que pour sa production artistique qui demeure mal connue. Peu de ses œuvres sont identifiées à ce jour, toutes datées entre 1889 et 1891 et toutes issues de fonds familiaux, notamment d’une branche orléanaise d’où provient La Loire à Orléans. À l’instar d’une petite vingtaine d’œuvres pointillistes de l’artiste, elle réapparut sur le marché de l’art orléanais en mai 1997, proposée à la vente par l’étude Binoche et Maredsous. Elle avait alors rejoint une collection particulière parisienne qui l’avait peu après prêtée au Palazzo Martinengo à Brescia pour l’exposition Impressionisti. Da Corot à Renoir présentée de décembre 1998 à avril 1999.


2. Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901)
Louis Bouglé, 1898
Huile sur panneau - 60,1 x 51,0 cm
Paris, Musée d’Orsay
Photo : RMN-GP(Musée d’Orsay)/Franck Raux

La biographie de Louis Bouglé n’est pas mieux connue que son œuvre. S’il est précisé sur différents sites consacrés au cyclisme qu’il passa une partie de sa jeunesse aux États-Unis, il semblerait que ses séjours américains soient plus tardifs, peut-être même postérieurs à 1891. Nous ignorons tout de sa formation artistique, probablement autodidacte, et de ses contacts éventuels avec les divisionnistes. Il est cependant attesté qu’il constitua par l’intermédiaire de Théo Van Gogh une collection moderne, comptant notamment des œuvres de Monet et de Pissarro. De même, on sait qu’il reçut d’Émile Seurat, frère aîné de Georges, une étude au crayon pour La Grande Jatte aujourd’hui conservée au British Museum. Enfin plusieurs portraits, dont celui de 1898 prêté par Orsay, et une collaboration pour une affiche lithographiée pour les chaines Simpson témoignent du lien qui l’unit à Toulouse-Lautrec, autre fervent cycliste. Bouglé y est représenté casquette et culotte de golf « assis sur le quai à Arromanches » ainsi que le précise le second titre du panneau.

Comme le précise Olivia Voisin, signée et datée de 1891 au dos - « L. Bougle F[eci]t 1891 » -, La Loire à Orléans témoigne de l’intérêt précoce de Bouglé pour le divisionnisme, montrant quelques mois après la mort de Seurat une parfaite maîtrise de ses préceptes. Autre annotation au revers, « La Loire à Orléans / octobre 91 / 11h du matin. Vent N.E. », rend compte de l’intérêt tout impressionniste du peintre pour les effets atmosphériques qu’il cherche à capter dans une vue atypique préférant le fleuve à la cathédrale. La toile peut ainsi être rapprochée d’œuvres contemporaines de Signac, tel Concarneau, calme du soir, opus 220 (Allegro Maestoso), daté de 1891 et conservé par le Metropolitan Museum à New York, autre parfaite démonstration de l’utilisation de la technique post-impressionniste pour rendre compte de la fugacité des effets atmosphériques. Ajoutons pour finir, que Louis Bouglé, outre le cyclisme et la peinture, s’illustra dans un autre domaine, la pêche au lancer, dont il fut une figure renommée avant la Première Guerre mondiale, participant à de nombreux concours internationaux, remportant plusieurs prix et élaborant un moulinet qui porte toujours son nom.

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