Aquarelles et dessins de Jean-Pierre Laurens préemptés par le Musée de l’Armée

Julie Demarle

4/6/19 - Acquisition - Paris, Musée de l’Armée - Le Musée de l’Armée a préempté, lors de la vente Marie-Saint Germain du mercredi 29 mai à l’hôtel Drouot, un ensemble d’aquarelles et de dessins de Jean-Pierre Laurens pour 20 000 euros (sans les frais). Il demeurait en mains privées chez les descendants de l’artiste.

Fils du peintre et sculpteur Jean-Paul Laurens, Jean-Pierre Laurens fut l’élève de Léon Bonnat et exposa au Salon des Artistes Français à partir de 1899. Il est passé à la postérité pour ses portraits. Citons, sans souci d’exhaustivité, ceux de sa femme et de son ami Charles Péguy conservés par le Centre Pompidou, le portrait de Madame Charles Péguy du Musée des beaux-arts d’Orléans ou bien encore le portrait de son père au Petit Palais. En 1914, il fut mobilisé dans un régiment d’infanterie. Rapidement blessé et fait prisonnier, il fut détenu en Allemagne de 1915 à 1917 avant d’être interné en Suisse puis rapatrié en France en 1918.


1. Jean-Pierre Laurens (1875-1932)
Portrait de jeune prisonnier. Wittenberg, 1915
Aquarelle sur papier - 19 x 24,5 cm
Paris, Musée de l’Armée
Photo : Musée de l’Armée
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2. Jean-Pierre Laurens (1875-1932)
Portrait de tirailleurs sénégalais au repos
Aquarelle sur papier - 47,5 x 65 cm
Paris, Musée de l’Armée
Photo : Musée de l’Armée
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L’ensemble graphique que vient de préempter le Musée de l’Armée - une cinquantaine d’aquarelles, de dessins au crayon, à l’encre noire ou à la sanguine et de lithographies - fut réalisé lors de sa captivité entre 1915 et 1918, essentiellement au camp de Wittenberg, premier lieu de sa détention, mais aussi probablement au camp de travail en Courtande rejoint en 1917. A l’exception de L’escorte, les lithographies acquises constituent un album intitulé Prisonniers de Guerre, publié a posteriori. La Bibliothèque nationale de France, l’École des Beaux-Arts de Paris, la Bibliothèque Kandinsky ou l’Historial de la Grande Guerre en conservent d’autres exemplaires. A la différence de ces derniers, il est ici accompagné de certains des dessins préparatoires aux dix-sept estampes éditées. Une affiche de l’exposition de l’École des Beaux-Arts de Paris consacrée à Jean-Pierre Laurens en 1957 complète ce lot. Elle suggère que la dizaine d’aquarelles et de dessins montés sur des fonds au format similaire y était exposée.


3. Jean-Pierre Laurens (1875-1932)
Prisonniers de guerre français
à l’intérieur d’un Stalag

Aquarelle sur papier - 101,5 x 66 cm
Jean-Pierre Laurens (1875-1932)
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4. Jean-Pierre Laurens (1875-1932)
L’Escorte, 1918
Aquarelle sur papier - 59 x 44 cm
Paris, Musée de l’Armée
Photo : Musée de l’Armée
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Deux sujets principaux se détachent de ce corpus : les portraits de soldats prisonniers - toutes nationalités confondues, français de métropole et des colonies, belges, britanniques et russes (ill. 1 et 2) - et les scènes d’intérieur témoignant de leur vie quotidienne commune et confinée (ill. 3). Une grande attention est portée aux expressions dans une veine réaliste parfois caricaturale (ill. 4). Les aquarelles déploient des camaïeux sourds d’ocres, de gris, de bleus et de verts.

Cet ensemble vient compléter le fonds relatif aux prisonniers de guerre en Allemagne pendant le premier conflit mondial, encore peu développé dans les collections du Musée de l’Armée. Il s’adjoint aux estampes du journaliste et critique d’art André Warnod (1885-1960) et du peintre-graveur Claudius Denis (1878-1947), eux aussi mobilisés en 1914 puis respectivement détenus dans les camps de Merseburg et de Guströw. Rapatriés en 1915 et 1916, leurs albums - Prisonnier de guerre, notes et croquis rapportés d’Allemagne et Souvenirs de ma captivité chez les barbares -, à la différence de la production graphique de Jean-Pierre Laurens, ne couvrent pas l’ensemble du conflit. Tous trois livrent des images qui sont tout à la fois propagande et témoignage, mêlant aspects réels et clichés. En illustrant la grande - et contrainte - diversité culturelle des camps, ils documentent un temps suspendu où le rapport d’altérité est provisoirement repensé. La dynamique d’opposition ne concerne plus les occidentaux et les extra-occidentaux mais les captifs de toute origine - soldats des armées alliées - et l’ennemi allemand.

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