Deux tableaux, un d’un élève de Vouet, l’autre de François Boucher, acquis par Versailles

Didier Rykner 5 5 commentaires

5/6/19 - Acquisitions - Versailles, Musée national du château - Lors de la vente Cornette de Saint-Cyr qui a eu lieu le 28 mai dernier à Paris, le château de Versailles a brillamment acquis un grand tableau peint par un élève de Simon Vouet représentant une Allégorie de la victoire sur la Fronde (ill. 1). L’œuvre était, assez étrangement, estimée seulement 6 à 8 000 euros. Elle s’est finalement vendue pour 87 100 € avec les frais, un prix qui reste très raisonnable [1] pour une peinture importante qui retrouvera probablement un jour un nom d’auteur.


1. Entourage de Simon Vouet (1590-1649)
Allégorie de la victoire sur la Fronde, vers 1645
Huile sur toile - 146 x 128 cm
Versailles, Musée national du château
Photo : Cornette de Saint-Cyr
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Celui-ci reste pour l’instant un mystère, même si sa qualité d’élève de Simon Vouet est évidente. Guillaume Kazerouni, grand spécialiste de cette école, nous a indiqué que ce tableau appartient à un groupe cohérent qui était naguère attribué à Nicolas Chaperon. Il le rapproche notamment d’un grand Christ en croix avec Marie-Madeleine (ill. 2) exposé en 2017 dans l’exposition de la collection Desjardins (voir l’article) qui appartient à cet ensemble. Il caractérise la manière de ce peintre de la manière suivante : « ses contours sont un peu cernés, très dessinés, avec une ligne un peu plus cassante que dans d’autres tableaux de l’entourage de Vouet [2] ».


2. Entourage de Simon Vouet (1590-1649)
Christ en croix avec Marie-Madeleine
Huile sur toile
Québec, Archevêché
Photo : Didier Rykner
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Le sujet - qui explique sa judicieuse acquisition par Versailles - fait donc allusion à la victoire contre la Fronde. Une femme au centre (s’agit-il d’Anne d’Autriche ou plutôt d’une figure de la France ?) ordonne à ses compagnes de lapider et de projeter au fond d’un puits une personne dont on ne voit que le bras qui essaye de se retenir à la margelle. Il s’agit probablement d’une personnification de la Fronde qui a déposé ses armes que l’on voit en bas du tableau.


3. François Boucher (1703-1770)
Portrait d’Alexandrine Jeanne le Normant d’Étiolles
Huile sur toile - 53 x 45 cm
Versailles, Musée national du château
Photo : Galerie Alexis Bordes
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Le château de Versailles, dont la politique d’acquisition ces derniers temps est excellente, tant en ce qui concerne les meubles que les objets ou les peintures, a également acquis une huile sur toile de François Boucher représentant Alexandrine Jeanne le Normant d’Étiolles, la fille de la Marquise de Pompadour (ill. 3). Celle-ci lui a été offerte par la Société des Amis du château de Versailles avec le concours de la Fondation du Patrimoine. Nous avions pu voir cette œuvre récemment chez Alexis Bordes qui l’a vendue au château, et nous avions été frappé par son exceptionnelle qualité, comme par sa fraîcheur. Dans un état parfait, il s’agit sans aucun doute d’un des plus beaux portraits d’enfant de Boucher. Le tableau est d’autant plus émouvant que la petite fille, âgée alors de cinq ans et qui partit de Versailles l’année de réalisation de cette œuvre pour être placée au couvent des dames de l’Assomption à Paris, mourut cinq ans plus tard d’une péritonite, ce dont Madame de Pompadour ne se remit jamais. L’œuvre, qui sera accrochée dans les appartements de Madame de Pompadour (uniquement accessibles en visite guidée) sera présentée temporairement, à partir de vendredi 7 juin, dans les appartements de Mesdames, en accès libre.

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