Un Van Gogh pour Bois-le-Duc

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24/10/24 - Acquisition - Bois-le-Duc, Noordbrabants Museum - Son surnom, « la Joconde du Brabant » ne joue pas en sa faveur. La comparaison de la Tête de femme par Van Gogh avec la souriante et raffinée Mona Lisa est un peu rude, d’autant que le maître hollandais considérait lui-même qu’un « tableau de paysans ne doit pas sentir le parfum [1] ». Il n’empêche, cette peinture réalisée en 1885 lorsque l’artiste se trouvait dans le Brabant-Septentrional est une œuvre majeure du début de sa carrière.


1. Vincent van Gogh (1853-1890)
Tête de femme. [Gordina de Groot], 1885
Huile sur toile montée sur panneau - 41,3 x 32,6 cm
Bois-le-Duc, Noordbrabants Museum
Photo : Noordbrabants Museum / P. Cox

La femme représentée s’appelle Gordina de Groot. L’œuvre a rejoint les collections publiques néerlandaises et se trouve désormais au Noordbrabants Museum. L’histoire de son achat souligne l’absurdité à laquelle sont parfois confrontés les conservateurs - en France comme à l’étranger - qui n’ont pas toujours les fonds nécessaires pour acquérir une œuvre mise aux enchères et qui finissent par l’acheter, peu de temps après, un prix bien supérieur, pour ne pas dire astronomique. Le Noordbrabants Museum espérait en effet emporter cette peinture lorsqu’elle fut proposée par Christie’s à Londres le 28 février 2023. Estimée entre 1 et 2 millions de livres, elle fut adjugée 4,8 millions (5 ,8 millions euros) au marchand londonien Daniel Katz, qui l’a prêtée et finalement cédée au musée pour... 8,6 millions d’euros. L’État néerlandais a assuré plus de 75 % de la somme, le reste a été trouvé par le biais d’une souscription publique.
Le tableau, qui n’avait pas été exposé depuis 1943, avait été acheté en 1903 auprès de Christiaan Oldenzeel, marchand d’art de Rotterdam, par Henri Daniel Pierson, banquier établi à La Haye. Il est ensuite resté dans la famille, détenu par les descendants de Pierson installés en Suisse.


2. Vincent van Gogh (1853-1890)
Tête de femme. [Gordina de Groot], 1885
Huile sur toile - 42,7 x 33,5 cm
Amsterdam, Van Gogh Museum
Photo : Van Gogh Museum

Entre 1883 et 1885, Van Gogh séjourna auprès de sa famille à Nuenen où son père était pasteur. Il captura le quotidien des paysans et des tisserands de la région dans des peintures aux couleurs sombres et aux coups de brosse expressifs. Une série de tableaux décline des têtes de paysans saisies de face ou de profil dans un cadrage serré. L’artiste cherchait à traduire « des visages rudes et plats, aux fronts bas et aux grosses lèvres, pas affilées, mais pleines et semblables à celles des tableaux de Millet [2] ». Parmi eux, Gordina de Groot fut représentée à plusieurs reprises, dotée de cette coiffe blanche qui plonge son visage en partie dans l’ombre.
Avant le tableau de Daniel Katz, le Noordbrabants Museum avait acquis en 2019 une représentation de cette jeune fille vue de profil sur un fond exceptionnellement clair. Le Musée Van Gogh conserve quant à lui une effigie (ill. 2) très comparable à la nouvelle acquisition du musée de Bois-le-Duc : Gordina de Groot porte la même coiffe, moins monumentale néanmoins, à cause du cadrage plus large, mais aussi des boucles d’oreille qui tranchent avec la simplicité de sa mise. Peut-être est-ce elle, également, dans le tableau acheté par la National Gallery de Londres en 2014 (voir la brève du 2/1/14).
La paysanne apparaît en outre parmi les célèbres Mangeurs de pommes de terre, elle est d’ailleurs le seul modèle du tableau dont l’identité soit connue. Dans cette composition, l’artiste a voulu représenter ses figures « sans pitié, et la couleur avec laquelle elles sont faites maintenant est à peu près celle d’une pomme de terre bien poussiéreuse naturellement non épluchée » . Le Musée Van Gogh avait consacré en 2021 une exposition aux Mangeurs de pommes de terre, intitulée avec malice « Erreur ou chef d’œuvre ? », qui revenait sur les critiques de l’époque. À son tour, le Noordbrabants Museum a prévu une exposition sur ce célèbre tableau, du 26 juillet au 23 novembre 2025, dans laquelle figurera sa nouvelle acquisition. Puis la Tête de femme rejoindra l’Aile Van Gogh, en cours d’aménagement, qui devrait ouvrir ses portes en 2026. La peinture vient ainsi compléter un bel ensemble de tableaux à la beauté rugueuse réalisés par l’artiste dans le Brabant-Septentrional autour de 1885, loin encore des couleurs chatoyantes et de la touche vibrante qui firent le succès du peintre. Au cours de cette première période, il ne s’intéressa pas seulement aux paysans, mais représenta aussi les paysages de la région ainsi que des natures mortes (voir la brève du 19/9/18).

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