Un tableau d’Edward Mitchell Bannister pour Worcester

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1/6/23 - Acquisition - Worcester, Art Museum - L’esclavage était aboli depuis près de trente ans lorsque Edward Mitchell Bannister peignit ce tableau qui semble à première vue traduire une nature idyllique ou du moins un paysage de campagne pittoresque baigné d’une lumière rose. Au second plan néanmoins, des ouvriers agricoles afro-américains ramassent les foins. Bannister fut influencé par l’art de Millet qui sut si bien exprimer selon lui « la vie triste et sans complaisance qu’il voyait autour de lui - et avec laquelle il sympathisait si profondément [1] ». Mais cette peinture ne représente pas seulement le monde paysan dans l’Amérique de la fin du XIXe siècle, elle se teinte d’une nuance politique et dénonce indirectement les vaines promesses de la période de Reconstruction après la guerre de Sécession, en suggérant une oppression raciale encore vive et l’exploitation des travailleurs à Rhode Island, en particulier dans le South County où se trouvaient la plupart des plantations de l’État.


Edward Mitchell Bannister (1828–1901)
Les Ramasseurs de foin, vers 1893
Huile sur toile - 44,5 × 59,7 cm
Worcester, Art Museum
Photo : WAM

Cette toile est l’une des plus célèbres du peintre afro-américain. Conservée dans la collection du Dr. Nicholas Bruno, elle a finalement été achetée en 2023 par le Worcester Art Museum qui ne possédait pas d’œuvre de Bannister. Si celui-ci défendit les droits des Afro-Américains, il n’aborda que rarement le sujet dans ses peintures. Cela lui fut reproché, notamment par les artistes de la Renaissance de Harlem durant l’Entre-deux-Guerres. Mais comment montrer l’identité afro-américaine tout en s’adaptant aux goûts de l’époque et vivre de son art ?
Indépendamment de son sujet et de son auteur, cette peinture intitulée Les Ramasseurs de foin présente des qualités artistiques propres et témoigne de l’influence à la fois de l’École de Barbizon et de l’Hudson River School. Elle est d’ailleurs visible actuellement dans une exposition temporaire proposée par le musée jusqu’au 25 juin, « Aux frontières de l’impressionnisme », puis rejoindra les collections permanentes.

Né au Canada, Edward Mitchell Bannister vécut en Nouvelle-Angleterre, d’abord à Boston puis à Providence. Il travailla sur des bateaux et dans des salons de coiffure avant d’épouser la peinture. Artiste en partie autodidacte, il étudia malgré tout au Lowell Institute, suivant les cours d’anatomies du sculpteur William Rimmer, et se lia à cette époque avec le portraitiste John Nelson Arnold .
Un mécène lui apporta une aide précieuse, le docteur John van Salee de Grasse, médecin afro-américain qui lui commanda ses premières œuvres, marines et portraits. 
Il gagna sa vie en tant que photographe, et finit par imposer sa peinture. À Boston, il côtoya la communauté artistique afro-américaine, notamment la sculptrice Edmonia Lewis, ainsi que les portraitistes William Simpson et Nelson A. Primus.
Bannister peignit des portraits, quelques scènes de genres et des natures mortes, de rares peintures d’histoire également, mais ce furent ses paysages qui firent son succès. Il découvrit l’école de Barbizon par l’intermédiaire des œuvres de William Morris Hunt, qui voyagea en Europe dans les années 1850, rapporta des peintures françaises et exposa ses propres tableaux à Boston dans les années 1860. L’Hudson River School influença aussi Bannister, en traduisant une nature sauvage, idéalisée, dans laquelle l’homme vit en harmonie. Ses paysages néanmoins tendent davantage vers le pittoresque et ne cherchent pas à traduire la grandeur nationaliste.
Installé à Providence à partir de 1871, il fut membre du mouvement abolitionniste, enseigna à Rhode Island School of Design et fonda le Providence Art Club avec George Whitaker et Charles Walter Stetson. Il remporta le premier prix de peinture lors de l’Exposition universelle de Philadelphie en 1876 avec une oeuvre aujourd’hui perdue Sous les chênes (Under the Oaks).

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