Un Manfredi pour le Met

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12/9/23 - Acquisition - New York, Metropolitan Museum of Art - Une seule solennité pour deux saints : Pierre et Paul sont fêtés le même jour, considérés comme les deux piliers de l’Église, l’un étant la pierre sur laquelle elle est bâtie, l’autre l’apôtre des Gentils. Ils eurent pourtant quelques frictions, notamment au sujet de l’intégration des non-juifs dans la communauté chrétienne et de l’abandon de certaines pratiques juives. Malgré tout, ils furent très tôt représentés côte à côte, ce dont témoignent de célèbres icônes du XIIe siècle.


Bartolomeo Manfredi (1582-1622)
Saints Pierre et Paul, années 1620
Huile sur toile - 55,6 × 71,8 cm
New York, The Metropolitan Museum of Art
Photo : The Metropolitan Museum of Art

On les retrouve au XVIIe siècle sur un tableau de Bartolomeo Manfredi acquis par le Metropolitan Museum qui les montre à mi-corps, sur un fond neutre, apparaissant dans un fort clair-obscur. L’un tient une clef, l’autre une épée, deux attributs en partie dans la pénombre qui permettent de les reconnaître. La composition dynamique donne l’impression que les deux saints se retournent vers le spectateur. Leur visage en partie éclairé est marqué par le temps, et rien n’indique leur sainteté.
Manfredi qui rencontra Caravage à Rome et fut l’un de ses plus proches suiveurs, donna une interprétation de son art. Il mit en exergue un certain nombre de sujets et d’effets plastiques récurrents, définissant une formule caravagesque qui fut ensuite reprise par de nombreux artistes et diffusée dans toute l’Europe, notamment à Utrecht et Anvers ainsi qu’en France. Le tableau du Metropolitan Museum illustre bien ce que Joachim von Sandrart appelait la « Manfrediana methodus ». Parfois critiquée, cette expression fit couler beaucoup d’encre ; Olivier Bonfait y revient dans son ouvrage Après Caravage. Une peinture caravagesque ? (voir l’article).

Plusieurs œuvres de Bartolomeo Manfredi étaient visibles dans l’exposition « Corps et ombres. Caravage et le caravagisme européen » en 2012 (voir l’article), puis dans celle du Petit Palais en 2015 intitulée « les Bas-fonds du baroque » (voir l’article), ou encore au Musée Jacquemart-André la même année, pour « De Giotto à Caravage. Les passions de Roberto Longhi » (voir l’article). Plus récemment, on a pu en admirer certaines dans l’exposition consacrée à Cecco del Caravaggio (voir l’article).

La double effigie des saints Pierre et Paul, entrée en 2023 au Metropolitan Museum, faisait partie du legs d’Alexis Gregory disparu en 2020. Elle rejoint dans les collections une toile du maître illustrant Le Christ chassant les marchands du temples ; une autre avait été déposée en 2015 qui représentait Midas se lavant à la source du Pactole (voir la brève du 5/2/15).
Fondateur de Vendôme Press, une maison d’éditions américaine spécialisée dans les beaux-arts, la musique, l’architecture, Alexis Gregory fut aussi le créateur du Prix Vendôme, prestigieux concours de piano, et d’une fondation dédiée aux beaux-arts et à la musique. Il fut membre du conseil consultatif de Sotheby’s et du comité de visite des peintures du Metropolitan Museum of Art. On lui doit en outre divers ouvrages, L’Âge d’or du voyage, 1880-1939, Fortune : Les grandes familles, de Rothschild à Rockefeller et Splendeurs en héritage : Palais et Châteaux des grandes familles d’Europe ou encore Légende de Venise. Il constitua aussi une importante collection de bronzes de la Renaissance italienne et de peintures italiennes des XVIIe et XVIIIe siècles ainsi que des peintures françaises du XVIIe au XIXe siècles. Il était Chevalier de la Légion d’honneur et officier de l’Ordre des Arts et des Lettres.

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