Vol d’un tableau d’Emil Nolde

Bénédicte Bonnet Saint-Georges
Emil Nolde (1867-1956)
Le Christ à Emmaüs, 1904
Huile sur toile - 80 x 70 cm
Danemark, église d’Ølstrup
Photo : D. R.
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14/3/14 - Vol d’œuvres d’art - Danemark, église d’Ølstrup - Le vol a été découvert le 11 mars dernier [1] : Le Christ à Emmaüs d’Emile Nolde - peintre originaire à la fois d’Allemagne et du Danemark [2] - a disparu de l’église d’Ølstrup où il se trouvait et pour laquelle il avait été réalisé en 1904.
Nolde, à cette époque, commençait sa carrière d’artiste indépendant, comme le rappelle Andreas Fluck dans le catalogue de l’exposition de 2009 [3]. La commande, qui lui avait été passée par un oncle de sa femme Ada, était assez précise puisque le peintre devait s’inspirer des Pèlerins d’Emmaüs de Rembrandt, qu’il avait pu voir au Louvre lors de son séjour à Paris en 1900.

Si la Bible, et plus particulièrement le Nouveau Testament, tient une place importante dans l’œuvre d’Emil Nolde, l’interprétation qu’il en fit ne correspondait pas aux critères esthétiques du clergé, dictée par une foi primitive et paysanne, loin de ce qu’il appelait le « dogme sclérosé ».
Il prit soin de définir lui-même le corpus de ses peintures religieuses, dressant en 1951 la liste manuscrite de cinquante-cinq œuvres. Syvain Amic [4] souligne que le tableau de l’église d’Ølstrup n’en fait pas partie, sans doute parce qu’il s’agissait d’une commande, obéissant à des contraintes. Selon le peintre, tout commence avec La Cène, suivie de la Pentecôte, œuvres réalisées en 1909, dans lesquelles il définit une formule picturale et une force expressive qui lui sont propres avec ces masques inquiétants en guise de visages, ces coloris violents et tourmentés. Il tendra ensuite vers une simplification des formes et des couleurs franches disposées en larges aplats.
En 1930, il négligeait déjà son Christ à Emmaüs lorsqu’il écrivit à Hans Fehr :« N’est-il pas singulier qu’aucune de mes peintures religieuses n’ait trouvé place dans une église ? […] L’Église n’a pas rempli sa tâche. […] ». Il ajouta que, lorsqu’il était enfant, il avait promis à Dieu qu’une fois adulte il Lui écrirait un chant pour le Livre des cantiques. « Je n’ai jamais tenu parole, mais j’ai peint beaucoup de tableaux et sans doute plus de trente religieux ; sauront-ils remplacer cette promesse ? » [5].
Une rétrospective Emil Nolde vient d’être inaugurée au Städel Museum, elle se tient du 5 mars au 15 juin 2014.

English version

Bénédicte Bonnet Saint-Georges

Notes

[1Nous avons été informés par un lecteur, que nous remercions. Le vol est traité par la presse danoise.

[2Le traité de Versailles modifia la frontière entre les deux pays. Nolde, le village natal d’Emil, devient danois. Par ailleurs, le peintre séjourna au Danemark.

[3« Emil Nolde de (1867-1956) », Paris, Galeries nationales du Grand Palais, du 25 septembre 2008 au 19 janvier 2009. Musée Fabre de Montpellier du 7 février au 24 mai 2009.

[4Catalogue de l’exposition p. 177.

[5Catalogue de l’exposition p. 133.

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