Une superbe exposition d’œuvres médiévales et de la Renaissance chez Brimo de Laroussilhe

Didier Rykner

8/1/19 - Marché de l’art - Paris - La galerie Brimo de Laroussilhe présente jusqu’au 26 janvier l’une des expositions les plus belles qu’on puisse imaginer chez un antiquaire, avec des œuvres qui pourraient faire l’orgueil de grands musées (et qui probablement un jour le feront). Cet ensemble, qui donne lieu à l’édition d’un catalogue tout aussi remarquable, ne présente pas hélas le fragment du Jubé de Chartres découvert il y a plusieurs années : la justice, qui porte parfois mal son nom dans notre pays, a en effet obligé l’antiquaire à céder l’œuvre à l’État. Une spoliation légale donc, dont nous avons démontré plusieurs fois ici (voir les articles) le caractère inique.


1. Île-de-France, fin du XIVe siècle
Deux chiens couchés sur un élément de draperie
Marbre - 26,5 x 13 x 9,5 cm
Galerie Brimo de Laroussilhe
Photo : Galerie Brimo de Laroussilhe
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Cela n’empêche pourtant pas la galerie de présenter des fragments d’œuvres ayant appartenu à des monuments royaux. Tel est le cas d’une sculpture de deux chiots (ill. 1) qui faisait partie du gisant du monument des entrailles de Blanche de France qui était conservé à la Révolution dans l’abbaye de Pont-aux-Dames. Si la date de la disparition de ce fragment est sans doute antérieure à la Révolution (un dessin exécuté pour Gaignères au début du XVIIIe siècle ne montre pas cet élément), l’origine ne fait pas de doute, la confrontation avec la seule partie subsistante du gisant, aujourd’hui déposée par le Louvre au Musée de Cluny (la tête n’existe plus, elle a disparu du Louvre à une époque indéterminée après lui avoir été donnée en 1843…), ayant permis de raccorder parfaitement les deux parties.


2. Sous la direction de Pierre de Thury
Île-de-France, entre 1422 et 1429
Culot provenant du tombeau de Charles VI et d’Isabeau de Bavière
Marbre - 28 x 23,5 cm
Galerie Brimo de Laroussilhe
Photo : Galerie Brimo de Laroussilhe
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Un autre morceau de tombeau royal, détruit cette fois à Saint-Denis en 1793, est également présenté dans l’exposition. Il s’agit d’un culot provenant du tombeau de Charles VI et d’Isabeau de Bavière (ill. 2), dont la disposition d’origine est une nouvelle fois connue par un dessin réalisé pour Gaignières. De ce monument subsiste aujourd’hui, outre celui-ci, les deux gisants qui sont retournés à Saint-Denis, et trois fragments : deux au Louvre proviennent des montants latéraux, et un troisième dans une collection américaine, une statuette de moine tenant un livre qui faisait partie du soubassement.


3. Paris, vers 1423-1430
Dieu le Père, L’Annonciation, La Crucifixion, sainte Anne et saint Georges,
le Commanditaire (probablement Jean de Lancastre) entouré de sainte Catherine, sainte Barbe et saint Étienne

Or, émaux translucides sur or de basse-taille - 6,7 x 4,8 cm
Galerie Brimo de Laroussilhe
Photo : Galerie Brimo de Laroussilhe
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D’autres objets absolument extraordinaires sont présentés dans cette exposition. Nous en retiendrons particulièrement deux. Le premier est une plaque en or du XVe siècle sur laquelle sont incrustés des émaux translucides qui forment ainsi un tableau de la Crucifixion, avec Dieu le Père, plusieurs saints et des scènes de la Vie de la Vierge (ill. 3). De petite taille, la préciosité et la beauté de cet objet est difficile à décrire et même à reproduire en photo. Ne serait-ce que pour voir cette œuvre d’une technique rarissime, voire unique dans cette configuration, il faut se rendre toutes affaires cessantes dans cette galerie.


4. Limoges, vers 1190-1200
Plat inférieur de reliure : le Christ en majesté
Cuivre champlevé, émaillé et doré, âme de bois - 33,2 x 19,2 x 2,3 cm
Galerie Brimo de Laroussilhe
Photo : Galerie Brimo de Laroussilhe
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Le seconde est une plat inférieur de reliure en émaux limousins de la fin du XIIe siècle (ill. 4) représentant le Christ en Majesté. Celle-ci, qui ne représente que la moitié de la reliure d’origine (le plat supérieur, représentant la Crucifixion appartient à une collection particulière), est particulièrement complète puisqu’il s’agit d’un ais entier, à savoir l’intégralité de l’âme de bois dans laquelle était insérée la plaque centrale, et sur laquelle était clouées des plaquettes émaillées rectangulaires qui forment les bords de la reliure.

Devant l’importance de tous ces objets dont chacun mériterait d’entrer dans une collection publique (notamment au Louvre), nous avons interrogé Marie-Amélie Carlier qui dirige la galerie pour savoir quelles étaient ses ventes aux musées français. Eh bien, depuis l’affaire du jubé, pas une seule, comme si à l’injustice de cette restitution se rajoutait une punition pour avoir osé s’opposer à la toute puissance de l’administration française. En réalité, la véritable victime de cet ostracisme mesquin, ce n’est pas la galerie qui trouvera toujours à vendre ces œuvres à des collectionneurs privés ou à des musées étrangers, mais bien les musées et le patrimoine français. Des notions que certains responsables ont du mal à comprendre.

Galerie Brimo de Laroussilhe, 7 quai Voltaire, 75007 Paris. Tél : + 33 (0)1 42 60 74 76. Exposition du 23 novembre 2018 au 26 janvier 2019. Site internet.

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